J'avoue sans honte avoir découvert la série par des shorts YouTube – profusions de beaux abdos et de regards embrasés, l'algorithme sait où aller me chercher. Et, faible que je suis, je démarre la série en ne m'attendant qu'à un délire plus-ou-moins érotique et avant tout destiné à des femmes hétéros.
Il faut dire que c'est exactement ce qu'est Heated Rivalry... mais ce serait bien dommage de s'arrêter à ça.
Adaptation de romans érotiques canadiens (écrits, en effet, par une hétéro) par Jacob Tierney (Letterkenny et Shoresy, qu'on ne saurait assez recommander), la série raconte pour l'essentiel l'histoire tumultueuse, érotique, charnelle et romantique entre deux joueurs de hockey professionnels, Shane Hollander (Montréal, canadien) et Ilya Rozanov (Boston, russe).
À partir d'un point de départ facile – le lustre du désir interdit, pour ces deux mâles coincés dans un milieu peu ouvert à tout écart vis-à-vis d'une certaine masculinité « canonique », pour ne pas dire toxique – où j'ai eu du mal à entrer en résonance avec ces deux personnages, tant Ilya est un ours malpoli et Shane un jeune premier niaiseux, le récit se développe de manière honnête et franche, en suivant le cheminement complexe de ces garçons, à mesure qu'ils découvrent que si le désir est une chose, l'amour en est une autre, peut-être autrement plus difficile...
À ce titre, le troisième épisode, en faisant un pas de côté sur un autre couple – la rencontre électrique entre Scott Hunter, capitaine de l'équipe de New York et Kip Grady, qui lui sert un excellent smoothie à la myrtille (et supplément banane) – apporte un contrepoint salutaire : une relation saine et équilibrée, un vrai coup de foudre romantique et surtout, un personnage authentiquement out, qui expose la nocivité de ces secrets imposés. Nourris de cette escapade, les deux derniers épisodes sont deux petits bijoux d'intimité, et atteignent une certaine vérité de ces personnages, bien au-delà d'une simple érotisation des corps qui, pour agréable soit-elle, n'est que le produit d'appel.
J'ai toujours eu du mal avec les comédies romantiques, dont je trouve les ficelles trop grosses et les mécaniques trop visibles. Il s'avère que ce n'est qu'une question d'identification aux personnages : peu d'œuvres ont réussi à me mettre dans des états d'excitation comme la fin du cinquième épisode...
Heated Rivalry, si on la place aux côtés d'autres fictions récentes (Heartstopper, Fellow Travelers, Pillion... Looking et Sense8 pour remonter quelques années en arrière), montre que la mise en scène de relations homosexuelles est enfin un projet artistique viable en soi, dans la démonstration de toutes ses facettes et spécificités – la facilité du sexe contre la difficulté de l'intimité, l'attrait de formes de relations hors des standards hétéronormés, la peur du placard, toujours réelle même si elle n'est plus omniprésente comme par le passé... Et ça, quand c'est proposé dans une série aussi joliment filmée et excellement interprétée, ça fait du bien.