Après Coromon (2022) terminé l’été dernier, c’est au tour de Cassette Beasts (2023) d’être jugé par le conservateur et patriote le plus en vogue de la plateforme. À croire que les gens ont un besoin viscéral de jouer à Pokémon… sans jouer à Pokémon. Ces jeux ont l’air de bien marcher sur Steam, et les avis sont souvent très positifs. Globalement, ce segment a clairement le vent en poupe, surtout depuis la sortie de Palworld (2024), cette relecture un peu jobarde de Pokémon en 3D, ou la tentative avortée toute récente de Pickmon (2026) qui vient de se prendre une plainte au cul pour sa proximité un peu trop flagrante avec la franchise de Nintendo. Ouais, clairement, tout le monde veut marcher sur les plates-bandes de Nintendo et sa poule aux œufs d’or. Et je pense que c’est une réponse, parmi tant d’autres, à l’insatisfaction croissante causée par la médiocrité des jeux Pokémon 3D sortis ces dernières années.
Cassettes Beasts n’est pas en 3D, vous l’aurez remarqué, mais il reprend la formule des jeux mythiques en 2D. La particularité du titre de Bytten Studio, c’est le ton mélancolique omniprésent et la relative originalité du monde dans lequel on évolue. Dans Cassettes Beasts, on ne s’embête pas avec la vraisemblance d’un univers dans lequel des humains s’affrontent par monstres de poches interposés, ici, on vous dit que vous avez un baladeur cassette et qu’il faut copier les monstres en face de vous sur une cassette vierge, à l’ancienne. Quoi ? C’est bizarre ? Cette question posée à l’intérieur même du jeu est balayée d’un revers de main, ici, dans ce monde mystérieux, il ne faut pas chercher les réponses à toutes les questions. On accepte les règles, point. Même si dit comme cela vous pourriez avoir légitimement des doutes sur la qualité de l’écriture, détrompez-vous. Le scénario mature et l’ambiance sonore et visuelle sont les points forts du titre.
La première chose à pointer en termes de qualité est la bande originale. Pour un jeu du genre, RPG au tour par tour à base de monstres de poche, c’est très très original et surtout très bien senti. Vous avez une musique chantée, entraînante, tantôt électro/rock tantôt balade à la guitare acoustique. Une musique enveloppante et ambiante qui donne un aspect très nostalgique à ce Cassette Beasts. Ma piste préférée reste sans hésiter celle des boss, « Same Old Story », que je vous conseille d’écouter sur YouTube pour vous faire une idée. « Shot in the Dark » est également excellente.
Côté maîtrise du pixel, je reconnais un travail de qualité quand j’en vois un avec ce mélange 2D/3D réussi permettant d’exploiter la profondeur du monde ouvert dans lequel on évolue. Un monde ouvert maîtrisé puisque, fidèle à la franchise Pokémon, vous serez bloqué naturellement par des capacités manquantes (les fameuses CT à l’époque). Celles-ci viendront en avançant dans l’histoire principale ou en capturant un max de monstres. J’ai particulièrement apprécié l’exploration des différents biomes. Dans ce type de jeu, le design des bestioles revêt toujours une importance capitale. Qu’en est-il ? Encore une fois, du très bon travail en particulier le travail des pixels sur les monstres. Ils sont originaux mais ressemblent à quelque chose. Le système d’évolution ne déçoit pas, mais mieux encore, il est possible de fusionner deux monstres entre eux pendant les combats. N’importe quels monstres entre eux ! Une transformation temporaire renforçant vos dégâts, votre endurance au mal et donnant une dimension épique à certains combats majeurs. Le rendu final est toujours très bien rendu et on imagine le mal de crâne que cela a dû procurer aux développeurs quand on sait qu’il y a 128 bestioles. Le nombre de fusions possibles est délirant, je vous laisse faire les mathématiques.
Qu’en est-il de la maniabilité ? Hors combat, le personnage au départ se traîne pas mal ce qui devient rapidement pénible. Je trouve que la gestion du sprint/ruée aurait dû être plus maniable, enfin le saut et le « vol » manque de précision dans les contrôles selon moi. Attention, rien de catastrophique, mais j’ai plusieurs fois pesté contre les commandes durant mon aventure.
Les combats quant à eux sont très bien pensés, bien plus techniques qu’un Pokémon ou un Coromon. Il n’y a pas d’équivalent avec ces jeux. Ils se déroulent presque toujours en 2 vs 2, et parfois même en 3 vs 3. Ce n’est pas du tout le même feeling que dans un Pokémon classique. Gérer deux monstres en simultané, anticiper les réactions entre leurs types, décider quand et avec qui fusionner rend les affrontements beaucoup plus dynamiques, tactiques et chaotiques. C’est clairement l’un des meilleurs systèmes de combat jamais vus dans un Pokémon-like.
Par ailleurs, Les monstres peuvent équiper jusqu’à 16 autocollants (attaques/capacités), dont certains sont passifs. Chacune des capacités est éligible à un niveau de rareté aléatoire, chaque rareté donne des bonus supplémentaires à la compétence en question. Typiquement, imaginez l’attaque « Charge » de Ratata. Vous trouvez la capacité au niveau normal, bah c’est juste charge. Au niveau rare, si vous trouvez cette attaque dans le décor, chez un marchand ou après un combat (oui, on gagne des attaques, les fameux autocollants, après un combat) et bien ce sera toujours l’attaque charge mais avec un bonus de 12% de regain de vie en fonction des dégâts infligés, et un gain de 35% de dégât supplémentaire lors de votre prochain tour. Voilà, vous avez un exemple de capacités améliorées par des passifs aléatoires supplémentaires. Ce n’est pas un détail, vous allez chercher à optimiser au max vos monstres en les dotant d’attaques dopés aux hormones. Par ailleurs, cela rend chaque partie unique. Idem pour les anomalies appelées « Shiny » dans l’univers de Pokémon. Ils existent dans Cassette Beasts : le monstre non seulement est ultra rare de par son aspect visuel mais surtout il est bien plus fort côté statistiques.
Maintenant, je vais tempérer un peu cet enthousiasme. La première chose qui m’a gêné, c’est la difficulté de certains combats et l’aspect parfois punitif du jeu. Malgré un système technique, la stratégie fine est souvent inutile : la plupart du temps, le jeu récompense surtout le bourrinage. On matraque comme un golbute les trois meilleures capacités et on tape. Les effets de statut et les stratégies plus élaborées tombent souvent à l’eau face à des adversaires insensibles ou à cause d’interactions incompréhensibles. Je vous ai épargné le volet des types jusqu’ici. Il y en a 14 au total, et le jeu ne se contente pas d’un simple système pierre-feuille-ciseaux. Il repose sur des réactions chimiques et physiques qui créées des « buffs » et « debuffs ». En effet, le feu brûle le plastique (effet poison), l’eau éteint le feu (création de vapeur), le métal rouille au contact du poison, l’électricité va paralyser les monstres métalliques avec un effet de conduction entre monstres, etc. Quand on ajoute les fusions (qui combinent deux types), les interactions deviennent nombreuses et parfois très confuses. C’est original sur le papier, mais ça complexifie énormément les combats en pratique.
Le système de capture, pourtant central, n’est pas très réussi. Il nous oblige à se faire tartiner la gueule pendant que le deuxième coéquipier continue l’affrontement. L’idée de limiter au strict minimum les consommables (potions de soin, anti-poison, anti-gel, anti-sommeil) est franchement mauvaise. Certes, il est possible d’augmenter les réserves, mais bonne chance ! Il va falloir farmer comme un porc. C’est d’ailleurs pour ça que le jeu est sensiblement plus difficile que la moyenne du genre.
Enfin, et pour terminer, au final je n’ai pas trop aimé le ton du jeu. Ceci est très subjectif mais, l’ambiance, les échanges entre les personnages, cette douceur faussement innocente. Je n’aime pas. Par ailleurs, l’aspect romance qui permet d’améliorer les fusions entre personnages ne m’a pas convaincu. Je trouve cela gadget même si cela a un intérêt pratique dans les combats. Pour les amateurs de jeux avec une bonne durée de vie et une rejouabilité post-générique intéressante, vous êtes au bon endroit. Cassettes Beasts a énormément de contenus à offrir une fois l’histoire principale terminée. C’est impressionnant.
Que dire au final de ce Pokémon-like ? C’est un très bon jeu, sans hésiter, mais qui m’a vraiment frustré durant les combats parfois confus et pas très faciles à prendre en main au départ. La volonté des développeurs de limiter les consommables est étrange, et faire garder un monstre par le personnage secondaire est particulièrement pénible et oblige à des manipulations laborieuses. Heureusement, Cassette Beasts possède un écrin superbe pour un jeu du genre avec un très joli travail du pixel, une ambiance musicale marquante et un monde ouvert en 3D plutôt réussi et agréable à parcourir. Pas très fan du propos latent ni du ton désabusé général du jeu, il saura en revanche trouver son public (jeune, je présume). Meilleur que Coromon, sans hésiter. Je vous recommande tout de même l’aventure. Ah, je ne l’ai pas dit au cours de cet avis, mais les boss déchirent.