Citizen Sleeper premier du nom, m'avait complètement eu, avec son chara design hyper fin et élégant, son histoire prenante et son système de jeu addictif, j'étais tombé sous le charme. Alors forcément quand le deuxième opus est arrivé je me suis vite jeté dessus, avant de me casser un peu les dents. J'ai mis quelques mois à y revenir avec de l'envie, je vais essayer d'en expliquer les raisons et mon rapport au jeu.
Bon, la première chose, c'est qu'on est très loin d'être dépaysé dans ce nouvel épisode, la patte graphique n'a pas bougé d'un pouce, pour notre grand plaisir. On y retrouve des personnages hauts en couleur, toujours très bien dessinés ainsi que des environnements (vaisseau, station…) simples mais super jolis à explorer.
On est à nouveau aux commandes d'un "dormeur", une nouvelle page blanche en fuite face à un vilain qui veut notre peau. Sur le papier, le scénario est étonnamment similaire au premier jeu, c'est d'ailleurs assez décevant. L'univers développé dans Citizen Sleeper aurait mérité d'être approfondi, or ici on est pas vraiment surpris, l'avantage du confort d'être comme dans ses chaussons, mais on pourra regretter le manque de renouveau d'une équipe qui a pourtant montré toute sa qualité d'écriture et de créativité.
Quant au système de jeu, lui, il a été poussé, la base reste la même mais a été repensée pour complexifier la gestion des dés d'action. Entrent en jeu dorénavant le stress lorsqu'on fait face aux échecs sur certaines actions et in fine la détérioration des dés, menant à l'impossibilité de les utiliser. Quand on est pas empêché d'utiliser un dé, on peut faire face à la possibilité qu’il puisse être "hacké", symbolisant l'état détérioré de notre dormeur (le dé n’a que 20% de chance de réussite).
Sur le papier, c'est très bien, on nous propose quelque chose de revisité, en partant du principe que le système de jeu du premier jeu est bien maîtrisé et que le joueur a besoin d'une expérience complexifiée et reflétant davantage l'état de notre personnage. Sur le papier donc, parce que souris en main la réalité est plus relative, ma première run du jeu a été très frustrante, je me suis senti beaucoup trop limité, trop vite, sans vraiment avoir les ressources pour me faciliter la vie. S'en sont suivis un détachement de l'histoire et un manque d'accroche au jeu en général. D'autant plus que les dés ne sont pas la seule facette du jeu qui s'est compliquée, puisque le scénario et la narration se veulent moins linéaires et plus incontrôlables de manière à refléter une fuite de notre personnage face aux dangers.
Le jeu cherche à nous mettre une pression constante, avec des cycles limités pour accomplir certaines tâches, dans le but de nous faire vivre l'expérience de quelqu’un qui vit avec la mort aux trousses. Sur le papier, une nouvelle fois, on a envie d'acheter, c'est alléchant d'être placé au cœur d'une histoire qu'on sait très bien écrite. Dans la réalité du jeu, l’enchaînement effréné d’événements m'a mis dans une position compliquée, j'ai eu le sentiment de perdre le fil de l'aventure et de passer à côté de certaines parties sans obtenir de "compensation" scénaristique en retour. Surtout qu'en ayant fait maintenant 2 runs, je peux voir ce que je rate, sans en comprendre la raison, et cela fait naître un petit sentiment d'injustice qui est difficile à avaler.
Je passe du temps à souligner les mauvaises choses, c'est que le jeu reste très bien construit, l'histoire intéressante et les personnages attachants et originaux (Bliss). On prend du plaisir quand on réussit nos missions et le côté addictif d'un "petit cycle en plus" fonctionne toujours, moyennant la frustration de composer avec nos dés "hackés".
J'avais vraiment trouvé le premier Citizen Sleeper parfaitement maîtrisé, et bien que ce nouvel opus soit réussi, il me semble pécher un peu dans les nouveautés qu'il a essayé de mettre en place. Il y a eu des ambitions, tout en gardant une base très solide, qui ont dénaturé l'expérience tellement fluide que j'avais eue dans le premier jeu. C'est dommage.