On a là un assez bon jeu de stratégie en tour par tour, même si malheureusement il soufre d'un certain nombre de défauts de la série des Civilization. Ces défauts ne sont malheureusement pas solutionnés ni par les opus successifs (on retrouve des défauts de Civ 4 et Civ 5), ni par les patchs correctifs, ni par les multiples DLC.
Pour présenter la série des Civilization en quelques mots : il s'agit d'un jeu de stratégie en tour par tour dans lequel vous interprétez une civilisation et son leader. Vous partez de la préhistoire (-4000) pour aboutir en fin de partie à un monde légèrement futuriste (2100). L'originalité de la série repose sur plusieurs facteurs :
- chaque partie est différente ! La durée de vie est potentiellement infinie ;
- la recherche scientifique et culturelle vous fera passer d'une petite tribu d'hommes des cavernes désorganisée à une société moderne puissante et bien organisée, en passant par toutes les étapes historiques intermédiaires (ère classique, moyen-âge, renaissance, ère industrielle...) ;
- la diplomatie est importante et complexe. Pour gagner, vous n'êtes pas forcés de déclarer la guerre aux autres civs. Il est tout à fait possible de faire du commerce, de nouer des alliances... Souvent les parties finissent par opposer 2 ou 3 blocs de civilisation amicales entre elles, avec en plus quelques civilisations qui la jouent solo et sont mises au ban de l'échiquier diplomatique mondial pour leurs crimes passés ;
- la partie "gestion" des jeux civilisation est très complexe. Outre trois ressources de base (nourriture, or et production), une foule d'autres métriques joue sur le développement de votre civilisation et doivent être optimisés si vous ne souhaitez pas qu'un jour vous vous retrouviez à affronter des fusils avec des arcs ! Science, religion, culture, tourisme, loisirs, habitations, eau potable, risques de catastrophes naturelles, faveurs et griefs diplomatiques ...;
- plusieurs types de victoires sont possibles. Nulle obligation de conquérir toute la map pour gagner, vous pouvez remporter la victoire de 4 autres manières : en convertissant toutes les civs à votre religion, en devenant hégémonique d'un point de vue culturel, en devenant le leader du monde par la voie diplomatique, ou alors en gagnant par la science, en envoyant des vaisseaux de colonisation dans l'espace.
- Différents types de cartes sont jouables (de forme aléatoire ou pré-déterminée, genre carte réelle de l'Europe ou du monde), ainsi que quelques scénarios.
Le jeu étant très riche et complexe, nous allons passer en revue les différents aspects.
Le prix du jeuest proprement abusif. Pour pouvoir jouer à un jeu complet et jouable, vous n'avez pas d'autre choix que d'acheter à prix d'or le jeu de base ainsi que les extensions et les DLC qui permettent d'avoir un jeu comprenant toutes les civilisations, les mécaniques de jeu finalisées, toutes les cartes... Firaxis nous avait déjà fait le coup avec Civ 5, et clairement on est de nouveau avec Civ 6 dans ce type de merchandising abusif qui vous pousse à payer le prix de 2 ou 3 jeux pour disposer d'un jeu effectivement jouable.
Les graphismes sont un des points qui a fait couler le plus d'encre. Civ 5 était un jeu aux graphismes relativement "réalistes", que personnellement j'aimais beaucoup. Civ 6 a fait un choix osé : des graphismes "cartoonesques". Personnellement je n'ai pas du tout accroché avec les graphismes de civ 6. L'aspect cartoonesque des Leaders leur donne un côté moche et ridicule, là où le réalisme de Civ 5 leur donnait un côté classe. Sérieusement prenez Chaka Zulu ou Alexandre le Grand dans Civ 5 : ils respirent la majesté ! Dans Civ 6 : ils ont l'air idiots. Je crois comprendre que ce choix graphique a été fait pour rajeunir le public du jeu. Mouais... C'est pas parce qu'on est jeunes qu'on est allergiques aux trucs réalistes, à condition que ce soit bien fait. Ajoutons que la carte du monde n'est pas très lisible, bien moins que dans Civ 5 en tout cas.
Bref, les graphismes sont très bofs.
Au vu de ces graphismes "cartoonesques" la taille et la config graphique minimale du jeu me semblent incompréhensibles. Pourquoi le jeu prend-il autant de gigas sur l'ordi? Pourquoi la carte graphique de mon laptop de 2012 n'était pas suffisante ? On pourrait penser que les graphismes cartoonesques pousseraient à de la sobriété graphique. En fait, non, c'est l'inverse. Si on zoome sur la carte de jeu, on réalise que tout est hyper détaillé et franchement beau. OK pourquoi pas, mais sérieusement, qui joue au jeu en mode zoom maximum ?
En revanche, les musiques et bruitages du jeu sont un gros point fort à mes yeux. J'adorais toutes les musiques de Civ 5, et là avec Civ 6 on est clairement encore un niveau au-dessus ! J'apprécie tout particulièrement les thèmes musicaux de Robert Bruce et Mathias Corbin, mais y'en a plein d'autres qui sont sympas aussi.
Le contenu du jeu (cartes, scénarios, mods) me laisse un sentiment mitigé. Concernant les cartes, certaines cartes historiques permettent de placer les Civ réelles à leur emplacement historique. C'est un ajout très sympa. Par contre c'est très dommage car il y a clairement moins de cartes que dans Civ 5 ! Concernant les scénarios : il y a très peu de scénarios, et ces derniers ne sont pas très intéressants je trouve. Encore une fois : grosse régression par rapport à Civ 5 qui avait d'excellents scénarios (Partage de l'Afrique, Vers la Renaissance, Nouveau Monde) ou même par rapport à Civ 4 (si on remonte un peu) qui avait lui aussi d'excellents scénars.
Les mods en revanche sont plutôt cool. J'aime notamment bien celui avec les âges sombres et celui avec les clans barbares.
Nous allons passer à la partie principale du jeu : le gameplay. Il y a beaucoup de choses à dire, à la fois positives et négatives.
L'interface n'est pas très satisfaisante. On est à la fois agressé par plein d'informations et en même temps on a l'impression de manquer de plein de choses. Civ 6 a été incapable de nous proposer des interfaces lisibles permettant par exemple de visualiser toutes ses unités, la production des villes, les routes commerciales, ou un classement des civilisations. Certes ces interfaces existent bien pour Civ 6, mais elles ne sont pas lisibles, en pratique je ne m'en sers pratiquement pas.
La guerre et la gestion des unités sont plutôt dans la continuité de Civ 5, avec une carte hexagonale et des unités non-stackables. Globalement, je trouve que la gestion des unités n'est pas très réussie. En cause : une carte peu lisible (routes, collines, fleuves pas très apparents) qui va vite vous agacer quand vous déplacez des unités, ainsi qu'une IA qui est aux fraises dès qu'il s'agit de faire la guerre. La stupidité de l'IA se révèle pleinement en temps de guerre. On retrouve malheureusement le même défaut qu'il y avait dans Civ 5 : l'IA n'est capable de déployer qu'une seule stratégie guerrière efficace, à savoir masser plein de troupes pour attaquer une de vos villes par surprise. Souvent, l'IA arrivera à vous piquer une ou deux villes ainsi. Par contre, sur le long terme, l'IA n'arrivera jamais à vous battre à la guerre ou à protéger efficacement ses villes (sauf écart technologique énorme, par exemple si vous jouez dans les niveaux de difficulté élevé). C'est vraiment dommage qu'ils n'aient pas programmé un aspect "ligne de défense" chez l'IA pour lui apprendre à défendre ses villes. Globalement, votre pire ennemi à la guerre ne sera pas l'IA, mais la déloyauté des villes conquises (dans les premiers âges). Je tempère légèrement mon propos : l'IA réussit quand même parfois bien à vous embêter, parfois elle concentre ses attaques sur une unité blessée et arrive à la dégommer.
Côté unités aériennes : elles sont surpuissantes (surtout les bombardiers). Les unités navales ne jouent par contre qu'un rôle secondaire. Des unités de soutien ont aussi été introduites, c'est une plutôt une bonne idée. Les sièges de villes sont beaucoup plus faisables et rapides que dans Civ 5 (où ils étaient bien laborieux), par contre il faudra avoir le matériel adéquat si la cité a des gros murs !
En fin de partie, les Robots Géants de la Mort sont vraiment très sympas à jouer. Avec eux, les choses avancent ! Encore une fois, dommage que l'IA soit si nulle avec ses propres Robots Géants de la Mort. Vous n'aurez aucun mal à les défoncer car l'IA les utilise très mal.
Les ressources et la gestion des villes sont le sujet le plus complexe. Quand j'ai lancé mes premières parties, je me sentais agressé par le nombre d'informations que je recevais et le nombre de métriques qu'il fallait surveiller. D'opus en opus, la série des Civ ne fait que se complexifier. Avec Civ 6, on a beaucoup de fonctionnalités déjà existantes mais qui ont été retravaillées et rendues beaucoup plus complexes : la gestion du bonheur (avec les activités), la religion, l'espionnage, le commerce, la loyauté, les doctrines culturelles, le système des Ages d'Or / âges sombres, les gouvernements, le système des personnages illustres, l'accumulation des ressources stratégiques...Ouaip, ça fait beaucoup... Il y a aussi des choses complètement nouvelles avec les Quartiers (principale nouveauté du jeux), les Gouverneurs et le systèmes des Eureka (qui est très cool). Globalement, chaque sujet est plutôt réussi individuellement et il y a plein de bonnes choses. Par contre, le fait qu'il y ait tant de sujets fait que l'on a l'impression de subir et de ne rien comprendre aux premières parties que l'on joue. Après un certain temps, la courbe d'apprentissage fait son œuvre et on commence à mieux s'en sortir. Malheureusement, c'est là qu'on réalise que Civ 6 est pratiquement devenu un jeu de gestion plutôt qu'un jeu de stratégie. Le gameplay est complètement tourné vers la gestion et l'optimisation des villes, le reste (diplomatie / guerre) passe alors au second plan et vient presque parasiter votre partie ! Jamais dans un jeu Civ je n'ai eu autant envie d'être seul sur la Map... (Et pourtant les IA sont faciles à défoncer si vous faites la guerre). Un petit mot sur le système des ouvriers et des aménagements de terrain qui ont été repensés : clairement Civ 6 a su faire les bons choix. Fini les ouvriers qui construisent des routes sur chaque case façon Civ 4, et maintenant on peut même construire des canaux et des tunnels sous les montagnes - dans la pratique c'est relativement inutile mais je trouve ça cool quand même :)
Concernant la Diplomatie, le bilan est mitigé. Dans le jeu Civ 6 Vanilla, la nullité de la Diplomatie était honteuse. J'avais rarement vu des IA aussi stupides dans un jeu de stratégie ! Déclarations de guerre sans queue ni tête, haine millénaire envers le joueur humain pour des motifs idiots... Bref on atteignait des sommets d'irrationnalité. Avec les extensions, la Diplomatie a été habilement retravaillée (système des griefs et des faveurs) et a enfin abouti à quelque chose de relativement correct. Les congrès mondiaux ont été repris de Civ 5, je les trouve un peu trop complexes et pifométriques mais ça reste assez sympa. Avec le système des Griefs, on a enfin des IA qui "passent l'éponge" relativement vite, on peut avoir des retournements de situation relativement rapides.
Les Cités-Etats, feature de la série qui est apparue dans Civ 5, sont de retour dans Civ 6. J'aime bien leur dynamique avec les quêtes et les émissaires, ainsi que leur personnalisation avec chacune son pouvoir particulier. Globalement, c'est très sympa et bien réussi. Les bonus des cité-états sont très déséquilibrés (Auckland est surpuissante alors que d'autres sont totalement inutiles) aussi ça pousse à faire les bons choix diplomatiques. Dans le même ordre, les Barbares sont bien plus costauds et agressifs que dans les opus précédents, il faut parfois envoyer des armées entières pour arriver à se débarrasser d'un campement barbare!
Concernant la difficulté globale : l'IA n'est pas trop nulle en stratégie. Elle est assez capable de remporter une victoire scientifique, religieuse, diplo ou culturelle. D'ailleurs, parfois elle va vous placer une victoire surprise sans que vous l'ayez vu venir ! A la longue en revanche, vous arriverez très bien à bloquer la victoire de l'IA (espions pour saboter ses spatioports par exemple).
En revanche en tactique guerrière, l'IA est assez nulle (cf vu plus faut). En urbanisme, l'IA est nulle aussi. En conquérant une ville de l'IA, vous arracherez les cheveux devant la stupidité extrême de la manière dont elle a construit ses quartiers !
On peut régler le niveau de difficulté, mais j'ai l'impression (comme dans Civ 5 d'ailleurs) que le niveau de difficulté ne joue que sur les bonus in-game de l'IA et non sur son intelligence (elle va démarrer avec 2 colons, farmer les ressources plus vite, etc...)... Je rêve du jour où les développeurs de Firaxis arrêteront d'être paresseux sur ce point et arriveront à programmer une IA vraiment intelligente...
Concernant les progrès technologiques et culturels, le jeu va enfin un peu plus loin que Civ 4 et 5 en proposant des Robots Géants, des villes flottantes, des gouvernements futuristes, etc... mais ça reste timide et j'aurais aimé que ça aille encore plus loin et qu'il y ait une réelle possibilité de jouer "futuriste" en fin de partie (éventuellement décochable pour les joueurs qui n'aiment pas).
En résumé, ce jeu n'est vraiment pas parfait. Principaux reproches : graphismes moches, une IA nulle, une interface pas ouf et une jouabilité compliquée à prendre en main. Après, cela reste un jeu sympa sur lequel on est capable de passer des centaines d'heures ("Allez encore un tour!"), même si on finit par se lasser. Je regrette vraiment que l'aspect gestion ait pris une place hégémonique dans le Gameplay, au détriment de la Diplo / de la Guerre.
J'espère qu'un jour le futur Civ 7 saura relever la barre !