C'est drôle que Control soit sorti exactement la même année que Jedi Fallen Order, tant les deux titres partagent de similarités (enfin dans leur construction, pas tellement dans leur récit ni leur ambiance).
De l'action TPS, light RPG, light plateformer, comparable parfois dans les animations et les effets visuels, et même la construction de leurs mondes semi-ouvert avec différentes zones à explorer se font écho... et surtout, des supers pouvoirs sortis tout droit de Star Wars dans les deux cas ! Et à ce petit jeu, c'est bizarre à dire mais Control est presque une meilleure simulation de Jedi que Fallen Order.
Le gameplay est véritablement jouissif, et plus on débloque de pouvoirs et d'améliorations d'armes, plus c'est fun. Jesse parait même trop surpuissante face à ses ennemis (aux designs et comportements trop convenus du début à la fin, ce qui est bien dommage). Mais on ne boude vraiment pas son plaisir, tant cela donne lieu à des affrontements à 1 contre 5, 10, 20, 30 ennemis dans lesquels on fait voler en éclat les ennemis comme le décor, très destructible. Une arme dans une main, les pouvoirs dans l'autre, un classique du jeu vidéo (vous savez, à la Bioshock), mais qui fonctionne parfaitement ici, donnant lieu à des combats nerveux et badass au possible, avec des animations fluides et de toute beauté ! Les sensations quand vous décollez dans les airs, amenant à vous un chariot élévateur pour le propulser sur un ennemi, hop, vous esquivez de peu une grenade que vous retournez à l'envoyeur, puis vous prenez possession du malheureux lorsqu'il s'écroule au sol, pour qu'il se retourne contre son camp et élimine les derniers ennemis, pendant que vous construisez un bouclier devant vous avec quelques éléments du décor. Tout simplement jubilatoire.
Control c'est aussi un scénario, à la Remedy. C'est de la Science-fiction mais dans l'ambiance on est presque sur un croisement entre du David Lynch et du Denis Villeneuve. C'est nébuleux, froid, et le lore immense "derrière" l'histoire semble finalement plus intéressante que l'histoire en elle-même (N'était-ce pas déjà le cas de Alan Wake ?). C'est un regret de voir une narration, très prometteuse au début, devenir finalement plus laborieuse et décousue qu'autre chose, alors que l'univers dépeint durant l'aventure offrait tant de possibilités. D'autant que si le croisement Lynch/Villeneuve peut vous paraitre alléchant, le tout est quand même assez bourrin dans son exécution. De plus, si la "fausse" fin est très cool, la vraie fin est décevante et trop anti-climatique ("ah c'est fini ?"). Dans les autres reproches qui me viennent en tête, le jeu nous partage également beaucoup trop les pensées de Jesse, et le tout manque de personnages intéressants. Je ne retiendrais même que Darling, sorte de Michael Scott (mais très intelligent) que l'on découvre aux travers d'enregistrements de courtes vidéos, pouvant tour à tour être drôle, étrange, ou même inquiétant. Globalement, la construction du récit a quelque chose de cahoteux (dans sa narration comme dans sa mise en scène, avec des cinématiques de qualité inégale), ce qui fait que je ne me suis jamais senti tout à fait emporté par l'histoire.
La Direction Artistique de cette immense "Ancienne Maison" est des plus réussie, et se trouve notamment sublimée par une gestion des lumières absolument magnifique. L'architecture brutaliste du bâtiment donne une vraie atmosphère au titre, dure et glaçante. Et quelle palette de couleurs également. Le moteur physique convaincant est la cerise sur cet appétissant gâteau (et est une feature globalement bien trop sous-cotée par les développeurs qui pensent que les joueurs préfèrent des décors beaux et fixes, à un environnement réaliste au comportement crédible). En plus de ça, le jeu est diablement bien optimisé !
Je n'en dirais pas autant de son level-design en revanche. Le jeu lorgne vers le Metroidvania, mais parcourir le bureau est souvent trop alambiqué. Les différentes zones du jeu manquent trop de personnalité. Être dans le coin recherche, maintenance, ou exécutif, ne fait finalement pas grande différence (surtout au vu du "bestiaire" trop pauvre et identique dans chaque zone). Les quêtes secondaires ne valent pas toutes le coup. Certaines sont aussi passionnantes que l'histoire principale, d'autres sont assez nulles, aux conclusions bâclées. Le jeu manque aussi de "grands" moments (comme la séquence du labyrinthe, juste incroyable, mais malheureusement un peu seule dans le jeu). Enfin, son aspect un peu "RPG" n'est pas génial génial : les mods de hauts niveaux tombent bien trop vite, certains étant parfaitement inutiles, et j'aurais aimé plus de variation dans l'utilisation des pouvoirs, le jeu aurait pu proposer un arbre de compétences à plus de ramification.
Et un mot sur le VF, sur laquelle j'ai tenu 15 minutes avant de recommencer le jeu en VO. Synchro labiale ratée, et la performance sur le personnage principal ne m'avait de toute façon pas paru transcendante..
En résumé, Control est un jeu original et c'est déjà une bonne chose ! Il est doté d'un gameplay excitant, dans un univers particulièrement soigné dont on sent que le lore a été creusé. Dommage alors que son scénario soit déroulé de manière si "biscornu". Et que son level-design n'ait pas reçu le même soin que celui apporté à la direction artistique. Sa fin laisse le joueur sur sa faim (hé hé). En dépit de ses grandes qualités, le jeu semble parfois manquer de finition et d'audace, sur le fond comme sur la forme, comme s'il avait refusé d'aller au bout de ses idées, Il y a comme un goût amer à voir que Control est juste un très bon jeu, alors qu'il aurait pu être un très grand jeu. Allez, 7,5 dans sa version de base, et 8 avec les deux DLC :)