ATTENTION : MA CRITIQUE SPOILE SANS VERGOGNE LA TRILOGIE DEPONIA
Disons-le clairement : Deponia Doomsday n'est pas un Deponia.
La trilogie Deponia contait les mésaventures de Rufus, un salopard égocentrique souhaitant à tout prix quitter sa planète poubelle pour se rendre à Elysium, lieu de paradis au-dessus des nuages. En chemin, il rencontrera Goal, femme d'Elysium dont il tombera éperdument amoureux. Durant toute son aventure, Rufus cherchera à tout prix à atteindre son but. ("Goal" en anglais, vous voyez le topo ?)
Et il n'y arrivera jamais.
Deponia est une œuvre qui parle d'obsession, du fait de s'efforcer à atteindre égoïstement un but inaccessible. La fin de Deponia parle donc de lâcher prise. Rufus lâche même littéralement prise : il se sacrifie pour sauver la femme de sa vie. Il comprend enfin que son rêve égoïste ne se réalisera jamais.
Cette fin n'a pas laissé indifférent... Nombreux sont ceux qui ont crié au scandale. Les gens ne parvenaient pas à accepter le destin de Rufus. Tous voulaient une happy ending où notre héros finissait sur Elysium en compagnie de sa dulcinée.
Le problème, c'est que cette fin n'aurait pas correspondu à ce que signifiait Deponia.
Et c'est donc là qu'arrive ce Deponia Doomsday. (Oui, j'y arrive.)
Je disais plus haut que ce jeu n'était pas un Deponia. Pourquoi ça ? Parce qu'il n'a absolument pas le même but. Oui, on retrouve tous les personnages des épisodes précédents mais, cette fois, le jeu développe une toute autre thématique.
Rufus voyage dans le temps pour essayer de modifier son destin tragique. Le jeu s'adresse donc directement aux fans, leur donnant l'opportunité de changer ce qui est arrivé, de modifier cette fin qu'ils ont tant détestée.
Deponia Doomsday est donc un jeu qui parle de frustration, une œuvre s'adressant directement à ses fans. L'histoire racontée n'est plus celle de Rufus et de Deponia : elle est, en réalité, celle du joueur et de son parcours pour changer le cours des choses, pour enfin obtenir ce qu'il aurait souhaité.
Oui, nous rejoignons cette idée de but inaccessible, de volonté égoïste... Mais cette fois, ce n'est pas de Rufus dont il s'agit. C'est bel et bien du joueur lui-même.
Deponia Doomsday n'est donc pas une suite à la trilogie : il s'agit d'une œuvre à part entière, traitant d'un sujet profond qui force le joueur à se remettre en question. C'est l'épisode de trop, celui que tout le monde souhaitait mais que personne n'attendait vraiment, un paradoxe, un jeu conscient qu'il n'aurait jamais dû exister.
Est-ce que la sage Deponia méritait vraiment une happy ending ?
Est-il nécessaire d'avoir une suite à une saga déjà terminée ?
Faut-il à tout prix, dans une œuvre, donner à son public ce qu'il attend ?
Poki réussi donc un coup de maître en utilisant sa série phare pour créer quelque chose de totalement différent.
Alors, oui, nous pouvons voir ça comme un gros doigt d'honneur levé, comme la réponse énervée d'un auteur incompris.
Mais n'est-ce pas justement ça qui fait de Deponia Doomsday son génie ?