Temps de jeu : 160 heures
Test rédigé pour Le Red Blog [#57]
Dans un marché du MMORPG particulièrement concurrentiel, rares sont les titres qui parviennent à se faire une place en proposant une formule véritablement originale. Avec Devilian, le studio Ginno Games mise sur un mélange entre MMORPG traditionnel et hack’n slash nerveux, où l’action occupe une place centrale. Son principal argument ? La possibilité pour les joueurs de se transformer en créatures démoniaques afin de décupler leur puissance et d’affronter des hordes d’ennemis dans des combats particulièrement dynamiques. Porté par une direction artistique sombre et un système de progression inspiré des grands noms du genre, Devilian ambitionne de séduire aussi bien les amateurs de loot que les adeptes de coopération et de compétitions entre joueurs. Mais cette orientation très axée sur l’action suffit-elle à renouveler l’expérience MMO ? Entre contenu, gameplay, aspects techniques et modèle économique, nous avons passé le titre au crible afin de déterminer s’il mérite une place parmi les références du genre. Lancé fin décembre 2015, le titre a été mis à mort en mars 2018, faute de joueurs fidèles.
Le Diable s’habille en Diablo
Promesse d’un Hack’n Slash aux accents de MMO, Devilian est arrivé il y a peu sur le marché des jeux en ligne. Avant de se lancer dans une aventure sur fond d’invasions infernales, la première – mauvaise – surprise nous vient de son créateur de personnage. Si le joueur a la permission de modifier la couleur de peau et le visage de son avatar, le choix du sexe lui est imposé selon la classe adoptée. Lesdites classes sont au nombre de quatre : le Guerroyeur (guerrier), le Méphistombre (assassin), l’Armageddine (ingénieur) et la Maléficieuse (magicienne). Soit une classe au corps-à-corps pour trois à distance. C’est peu. Si les effets visuels et les noms des compétences changent, la sensation de jouer la même classe s’avère parfois frappante tant leur unicité se montre quasiment inexistante.
Nala, le monde dans lequel les joueurs évoluent, est visuellement réussi. Sa direction artistique, notamment dans sa palette de couleurs, se rapproche parfois de celle de Diablo III, sans pour autant y tomber totalement. Les différentes régions, parmi lesquelles on retrouve pêle-mêle les classiques biomes volcaniques, forestiers ou enneigés, sont cohérentes malgré leur grande variété. Mieux, elles donnent même envie de progresser dans l’aventure pour découvrir de nouveaux ennemis, équipements et paysages. L’histoire, très classique, s’inspire quant à elle fortement de Diablo mais peine à être immersive, notamment à cause de ses quêtes répétitives ou inintéressantes. On passera les dialogues sans broncher, tant ils sont inutiles.
Satan bouche un coin, non ?
Les activités dans Devilian se découpent en deux parties : la phase de leveling et le contenu haut niveau. Si la phase de leveling se fait sans accroc et se montre plaisante notamment grâce à son système de combat dynamique, il faut toutefois reconnaître la pauvreté des quêtes disponibles, lesquelles se résument à tuer, activer ou parler. Les donjons sont sympathiques sans être transcendants, souffrants d’une cruelle répétitivité, là où les donjons d’archidiable se montrent plus inspirés, voire assez bons. Atteindre le niveau maximum peut se faire sans forcer en l’espace de deux ou trois jours. Lorsque le joueur atteint la fin du jeu, il aura le droit d’enchaîner quatre même donjons en boucle pour récolter un équipement de meilleur qualité, le reste des instances n’étant même pas recyclés pour varier les plaisir. Ceux qui désirent optimiser leur temps de rendement se concentreront sur un seul d’entre eux.
Le joueur contre joueur est mortellement ennuyeux, lent et stupide ; les mécaniques de jeu sont entièrement basées sur une chaîne de contrôles de foule. Ce cas est particulièrement présent en vingt contre vingt où les parties frôlent la vingtaine de – longues – minutes. Les seules autres activités du joueur seront du farm pur et dur avec, pêle-mêle, des gemmes à améliorer pour les statistiques de ses objets, des talismans à renforcer ou encore de l’expérience à engranger en échange de points de caractéristiques supplémentaires, un peu à la manière d’un niveau de Parangon sur Diablo III. L’ensemble et lassant et peu satisfaisant, même pour un hack’n’slash. Le jeu promet quelques touches de gameplay novateur, comme une forme de Devilian à activer. Il ne s’agit là que d’une transformation physique et une amélioration temporaire de caractéristiques. Les rares compétences qu’elles apportent sont elles aussi plus ou moins similaires à celles que les joueurs possèdent de base ; elles sont utiles lors de situations critiques, mais pas franchement amusantes.
Le péché de trop
Pour se mesurer aux autres en PvE, il existe la Tour des Abysses, un donjon sous forme de tour à plusieurs étages. Amusant et récompensant gracieusement, ce petit coin lassera toutefois aussi vite que le reste du contenu. Pour finir, on se permet de s’attarder sur le modèle économique adopté par Trion pour l’exploitation de Devilian. Dans l’ensemble, celui-ci est plus que correct puisque vous pouvez tout avoir gratuitement en dehors des éléments cosmétiques. Toutefois, si son compte Trion n’est pas vérifié (on demande cinq euros d’achat dans une de leurs boutiques virtuelles), le joueur sera limité dans ses échanges avec les autres joueurs. Impossible donc d’utiliser les échanges commerciaux, courriers ou autre discussions instantanées s’il n’est pas amis avec son correspondant. Malgré ces restrictions, force est de reconnaître qu’il n’y a rien de vraiment gênant, puisque le joueur pourra rejoindre une guilde, devenir ami ou utiliser sa banque.
Conclusion
Si Devilian est assez beau et dispose d’un gameplay relativement agréable, on est en droit de se demander où réside l’intérêt du titre. Certainement pas dans son pan PvP ou dans son contenu de haut-niveau réservé aux plus gros acharnés de farm, ni même dans son challenge ou son originalité. Du MMO coréen, Devilian n’en aura gardé que le pire à travers ses quêtes répétitives et son scénario inintéressant. Son univers, trop inspiré de Diablo, le rend également assez générique malgré une excellente direction artistique et une bande-son qui fait le boulot. S’il n’a pas été mentionné plus haut, il faut également souligner le bestiaire, très varié. Dommage en revanche que le chara design des personnages soit aussi grossier, en plus de limiter les classes à un genre défini. Reste que le jeu est vraiment gratuit et offre une bonne expérience pop-corn si vous ne saviez pas quoi faire de votre semaine de congés.