Quinze ans après le meurtre de l'impératrice Jessamine Kaldwin et du sauvetage de sa fille Emily (et de la couronne) par Corvo Attano, une nouvelle menace plane sur le royaume de Dunwall. La sorcière Delilah Copperspoon revient du Grand Vide (une dimension mystique hors du temps) et veut s'arroger le pouvoir avec l'aide ses collaborateurs politiciens, incantatrice et scientifiques. Emily va devoir faire preuve du même courage que son père jadis pour reprendre le contrôle de la situation...Succès en poche et accueil triomphal (nominations en pagaille, récompenses au Game Developers Choice Awards et à la British Academy of Film and Television) Dishonored s'est fait un nom et celui d'Arkane Studios porté aux nues. Quatre ans plus tard, on remet ça ? Et comment !
Oui, la formule est rodée et ce serait bête d'en changer. Mais les équipes de développement en ont encore sous le coude. Le deuxième volet va pousser la licence dans ses retranchements. Comme sur le premier, le choix demeure l'une des principales sources de plaisir. Vous aimez la jouer frontale ou en discrétion, avec des pouvoirs à la pelle ou juste avec votre kit et votre couteau ? L'option est désormais possible (la première rencontre avec l'outsider vous donne ce choix). Une fois de plus, les magiciens d'Arkane ont tellement bien travaillé leur level design que vous aurez toujours les moyens de parvenir à vos fins, avec une multitude de voies, certaines privilégient l'approche au sol d'autres la verticalité. Quoique vous choisissiez, le trajet sera un poil plus complexe que sur le précédent, l'IA des ennemis ayant été revue à la hausse. Rien de mirobolant mais échapper à leur champ de vision demande un peu plus de réflexion sur la façon ou le timing, et le plus sadique c'est que leur boucle de garde pourra changer si vous avez pour habitude de recharger votre partie après une alerte. Il sera donc moins facile de prédire leur comportement. Il faudra également compter avec les robots mécaniques qui remplacent les tallboys du prédécesseur. Des robots de 3 mètres dont les radars de recherche se situent à l'avant ET l'arrière. Prière d'éviter le combat (ils sont très forts) mais il y a des astuces pour les passer.
La peste n'est plus de mise, l'atmosphère est un peu moins lugubre mais l'univers n'en demeure pas moins dangereux. Des mouches de sang ont remplacé les rats (encore un peu là), et bâtissent leur nids dans les appartement délabrés et sur les cadavres. Les gardes sont plus nombreux qu'auparavant et il faudra aussi se méfier des autres au sens large car des gangs ou des sorcières trainent dans les rues et pourraient vous tomber dessus. Soit en vous appâtant soit en vous surprenant au coin d'une ruelle. Si l'ambiance est moins saisissante que par le passé et que les décors sont assez similaires, les niveaux eux ont gagné en envergure (ils étaient déjà conséquents dans le 1er) et chacun aura sa patte. Hormis la première mission (une mise en bouche pour se familiariser avec le gameplay), les autres seront d'un niveau égal avec leurs petits défis comme retrouver les runes/charmes d'os ou braquer les marchés noirs. Avec quelques idées pour surprendre le joueur, par exemple un joli moment de tension dans le laboratoire du docteur Hypathia. Mais arrêtons-nous sur LE coup de génie de Dishonored 2 et il tient en deux grands moments qui élèvent l'ambition au seuil de la dinguerie.
Je ne saurai dire lequel est mon préféré, mais ce qui est sûr c'est que j'ai rarement vu de telles initiatives avec d'un côté un Manoir Mécanique qui se transforme à chaque fois qu'on actionne un levier, et de l'autre l'infiltration dans un château sur deux temporalités (présent, passé) à la Prince of Persia : L'âme du guerrier. Le premier a l'avantage de poser un défi à plusieurs solutions puisque vous pourrez résoudre le casse-tête (il y a plus d'une combinaison) ou le blouser. Sans oublier d'aller dire 2/3 trucs à votre cible et récupérer un vieil ami sur le chemin. Une belle journée de boulot, comme on dit. De son côté, la mission à la croisée des époques pousse tellement loin les capacités graphiques qu'on constatera les seules baisses de framerates à cet endroit. Et que vos pouvoirs seront temporairement remisés au placard, mais il faut savoir que vous trimballerez un cadran vous permettant de voyager dans le temps ET d'observer le passé/futur tandis que vous frayez dans l'autre dimension. En sachant que vos actes dans une dimension se répercutera sur l'autre. Ces deux étapes marquent le parcours comme nul autre. Et je dis sans occulter la mission chez le Duc avec une stratagème rigolo impliquant un sosie. Ou ce final où Emily doit retourner dans le Dunwall qu'on a découvert dans le 1er. Alors, ça y est le chef-d'œuvre est atteint ?...Non, de peu.
Encore une fois, Arkane cale au même endroit, l'histoire en elle-même. Vous pourriez me dire "on s'en fout, c'est l'univers qu'on aime". Un argument qui me semble de moins en moins pertinent alors que les jeux vidéos jouent de plus en plus de cette proximité avec le 7ème Art. Mais déjà, laisser l'option d'incarner Emily ou Corvo ne change rien à la narration, ce qui déjà est un camouflet. Mais quand Emily, d'ailleurs plus intéressante que son père, faut mine de se remettre en question sur sa légitimité et que cet aspect est balayé en fin de récit, il y a de quoi être frustré. Son association à un autre personnage aurait pu aussi offrir plus et non, tout cela réglé en 2 min. Enfin, l'antagoniste Delilah ouvrait des perspectives qui aurait pu la rendre plus subtile. Que nenni, on se contentera d'en faire une demi-sœur jalouse un point c'est tout. Comme pour le premier, on termine avec le sentiment que la démonstration de force est démesurée par rapport à la platitude de cette histoire. Le succès fut moindre et malgré la parution d'un DLC (La mort de l'Outsider, pas mal du tout), Dishonored est au point mort depuis bientôt 10 ans. En période de remakes et remasters à tout va, pourrait-on espérer voir un 3ème opus venir ?