Je ne prétends pas rédiger une grande critique, mais il me semble nécessaire que quelqu’un se charge de vous convaincre de jouer à ce jeu.

Ces dernières années le jeu vidéo dit de niche, en particulier en passant par la science fiction, se pense de plus en plus autotélique (coucou Outer Wilds). Et quand je dis "se pense", je parle autant des créateurs qui pensent leurs jeux comme des œuvres que de l'interprétation et la réception qu'en font les joueurs.

L'autotélisme c'est le fait que les jeux vidéos n'ont plus besoin de s'appuyer sur ce que leurs images ont de picturales, leurs bandes sons de musicales ou leurs mises en scènes de cinématographiques, c'est l'autonomie d'un art encore contesté, et c'est sans surprises par l'intermédiaire de la science fiction et de l'horreur trop souvent cataloguées séries B que ce qui pourrait passer pour une révolution s'avère être quelque chose de bien plus durable: une évolution. Sans surprises parce que, comme le jeu vidéo, la science fiction et l'horreur autant dans le cinéma que la littérature ont connu le manque de légitimité et le mépris ambiant que connait actuellement le jeu vidéo.

Et bien si vous faites partie de ceux qui recherchent l'art vidéoludique et que vous lisez ces lignes, sachez que vous ne perdez pas votre temps, bien au contraire. Endoparasitic est typiquement de ces jeux dont on peut sentir à chaque étape de la découverte qu'ils ont été conçus avant tout par des joueurs. En ressort alors un jeu pertinent, surprenant mais court, qui je l'espère donnera lieu à quelque chose de plus vaste. Des mécaniques (nous dirions conventions, si cet art était plus légitimé) aussi évidentes et fondamentales que l'inventaire demandent ici aux joueurs de tout apprendre une nouvelle fois, de manière logique, intuitive et résolvant une des plus anciennes dissonances ludo-narratives (cf Ludonarrative Dissonance in Bioshock, Clint Hocking) que cet art ait connu. Un geste qui peut sembler anodin mais qui révèle en fait une puissance inimaginable, qui place sur un piédestal comme épreuve artistique immersive ce qui a été trop longtemps une simple nécessité, contraignante pour les créateurs comme pour les joueurs. Et tout ça, juste avec un inventaire. Il reste encore tout un jeu à découvrir.

En bref, si vous êtes ici pour jouer entre les pixels (et vous allez en manger, du pixel, avec Endoparasitic) comme on lit entre les mots, comme on écoute entre les notes ou regarde entre les plans, ne passez pas à côté de ce jeu qui a trop à offrir pour rester dans l'ombre.

Farango
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le 10 nov. 2023

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