Exit 8
6.7
Exit 8

Jeu de Kotake Create et Playism (2023 · Nintendo Switch)

D'aucuns parlent d'une crise du jeu vidéo, la faute à des millions engloutis dans des formules rincées et pour lesquels il y a de moins en moins de joueurs prêts à dépenser le temps et l'argent nécessaires pour s'y frotter. Et à côté de ça, vous avez des jeux comme cet Exit 8 qui coûte 4 balles sur le Nintendo eShop, qui vous prendra plus ou moins une heure (voire plus), selon que vous soyez doués ou non et qui vous laissera avec le sentiment d'avoir joué une partie originale, distrayante et fraîche.


Le principe est simple et n'a pas dû nécessiter de grandes ressources pour être développé : on est dans un couloir de métro, on avance en direction de la sortie, mais à chaque coude pris, on se retrouve avec un étrange sentiment de déjà-vu : mêmes affiches, mêmes portes, même gars qu'on croise... On est prisonnier d'une boucle. Pour sortir, une seule solution : continuer à avancer si la boucle se répète parfaitement et rebrousser chemin si jamais une anomalie se produit. Si on réussit notre coup plus de huit fois d'affilée, on a gagné : la sortie s'offre à nous.

Simple, original, efficace.


Efficace parce que, l'air de rien, pour réussir un neuf à la suite, soit il faut avoir beaucoup de chance (ce qui a failli être mon cas dès le début de ma partie, on en reparlera), soit il faut être très attentif.

Pour réussir, il faut prendre son temps, bien tout scruter, et enfin peser et assumer sa décision au risque de tout reprendre à zéro.

Or, ça produit forcément son effet. L'atmosphère étant clinique et minimaliste et notre attention étant maximale, on se laisse facilement surprendre. Plus que ça, la dissonance devient facilement malaisante. Mieux encore : c'est la normalité qui devient vite pesante. Car surprendre une anomalie nous conforte soudainement dans notre choix de faire demi-tour. Par contre, tant qu'on n'a rien repéré d'étrange, il y a toujours ce doute de ne pas être encore parvenu à repérer le truc qui cloche...


Malgré tout, quand bien même ce jeu est-il court, frais et bon marché – ce qui nous conduit forcément à nous montrer fort conciliant à son égard – il n'empêche que sa formule présente aussi ses limites.

Premier problème – et c'était celui que j'évoquais plus haut – rien n'empêche que, sur un coup de pot, on passe à côté de l'expérience.

En ce qui me concerne, pour ma première partie, j'ai su enchaîner huit succès sur ce que je croyais être des suppositions exactes mais qui étaient en fait des découvertes de détails qui ne m'avaient pas interpellés auparavant. Résultat : j'ai failli plier le jeu en moins de dix minutes en me disant « tout ça pour ça ? »


Fort heureusement pour moi, je me suis donc planté à la huitième étape. Mais en recommençant, je me suis vite retrouvé face à un autre problème du jeu : savoir où porter son attention...

Parce que les consignes de début du jeu peuvent se révéler trompeuses. Puisqu'il nous est dit que la moindre anomalie doit nous conduire à rebrousser chemin, pour ma part, ça m'a par exemple conduit à bien prendre la peine de vérifier tous les horaires, les dates, les détails de chaque affiche. Or, des affiches, il y en a six. Et autant les checker une seule fois n'est pas un problème en soi, mais le refaire à chaque nouveau couloir, ça finit par gonfler, surtout quand on apprend qu'après une inspection minutieuse, une anomalie nous a malgré tout échappée.


Et ça, c'est encore un autre problème : le jeu ne nous dira jamais ce qui nous a échappé. Est-ce lié au nombre de néons et de plaques au plafond ? Aux pictogrammes japonais sur les portes ? Aux distances entre les objets ?

Très rapidement, la foule de choses à considérer – faute de consignes plus restrictives sur ce qu'il convient d'observer – finit par bouffer l'attention et la patience.

Passées deux heures à me bouffer des retours à zéro que je ne comprenais pas, j'ai fini par en avoir ras-le-cul. J'ai cherché une soluce. Je suis alors tombé sur un fil Reddit où j'ai appris, par exemple, que les affiches ne changeaient jamais dans leurs détails, que certaines anomalies mettaient un certain à se manifester, ou bien encore que les anomalies ne se répétaient jamais sur une même session, si bien qu'à trop insister sans réinitialiser on se corsait forcément l'affaire.


C'est tout con, mais c'est la seule information dont j'avais besoin pour me rendre à nouveau ma partie agréable. J'ai gagné sitôt j'ai considéré cet élément (même si j'ai encore eu un peu de chance, on en reparlera). Comme quoi, il aurait juste suffi de ces quelques consignes supplémentaires-là pour que je passe un meilleur moment.

(Même si, d'un autre côté, je comprends le choix qui consiste à ne pas trop nous en dire. Peut-être aurait-il fallu rajouter une ligne d'indice à la plaque de consigne en début de couloir... Je dis ça, je ne dis rien...)


Alors certes, une fois terminée notre partie, on nous annonce qu'on ne l'a pas forcément fini le jeu. On nous dit combien d'anomalies on n'a pas repérées et on nous invite à toutes les débusquer.

En soi, c'est une proposition qui ne mange pas de pain et qui sait se faire challengeant pour qui a envie de poursuivre une aventure bien courte, même si, pour ma part, je n'ai pas senti l'envie de m'y lancer.

En fait, l'expérience Exit 8, telle que je l'ai vécue, me suffit amplement.

J'ai apprécié l'esprit de perdition, le rapport étrange que le jeu distille par rapport à la normalité et aux espaces quotidiens et, surtout, je vais garder à l'esprit ce jeu doté d'une indéniable identité.

Et quand bien même l'ensemble n'aura-t-il pas non plus été pleinement transcendant, je trouve que la proposition que ce jeu pose sur la table présente pour énorme mérite de rappeler ce que pas mal de joueurs viennent chercher dans le jeu vidéo : pas forcément des cartes qui s'étalent à perte de vue, de paramétrages à gogo et d'effets de lumière ray-tracés. Juste une idée, une identité et surtout l'absence de scories superflues pour gonfler artificiellement une expérience de jeu dépourvue de l'essentiel.

À méditer pour les développeurs, mais aussi pour nous, les joueurs. Peut-être que, pour nous aussi, il serait temps de privilégier le fait de mettre quelques sous sur des petits jeux inspirés comme celui-là plutôt que des liasses sur des ogres qui ont perdu de vue – et deepuis longtemps de vue ce que c'était de vraiment jouer...

Créée

le 11 juil. 2026

Critique lue 47 fois

Critique lue 47 fois

1

D'autres avis sur Exit 8

Exit 8

Exit 8

8

unii

6 critiques

Eerie Shibuya

Voici la définition de l'étrange.pas de fioritures, pas de musiques , pas de jumpscare.Juste vous et votre sens de l'observation de votre environnement.Simple et efficace.

le 12 déc. 2023

Exit 8

Exit 8

6

SuperBreizhMan

43 critiques

Exit 8 : chercher encore cette peur qui nous fait nous sentir vivant

J'ai découvert Exit 8 un peu par hasard, en lisant des avis sur SensCritique. Un de ces petits jeux dont on ne sait pas forcément quoi attendre, mais qui finit par accrocher quelque chose de très...

le 17 juin 2026

Exit 8

Exit 8

6

WanHero

246 critiques

Le jeu des 8 anomalies

Exit 8 est un jeu d'aventure indépendant sorti en 2023, développé et édité par Kotake Create. Le principe de The Exit 8 est d'une simplicité enfantine : vous êtes coincé dans un couloir de métro...

le 11 mars 2026

Du même critique

Tenet

Tenet

4

lhomme-grenouille

2945 critiques

L’histoire de l’homme qui avançait en reculant

Il y a quelques semaines de cela je revoyais « Inception » et j’écrivais ceci : « A bien tout prendre, pour moi, il n’y a qu’un seul vrai problème à cet « Inception » (mais de taille) : c’est la...

le 27 août 2020

Ad Astra

Ad Astra

5

lhomme-grenouille

2945 critiques

Fade Astra

Et en voilà un de plus. Un auteur supplémentaire qui se risque à explorer l’espace… L’air de rien, en se lançant sur cette voie, James Gray se glisse dans le sillage de grands noms du cinéma tels que...

le 20 sept. 2019

Disclosure Day

Disclosure Day

2

lhomme-grenouille

2945 critiques

Minority Brainrot

Vous aimez Steven Spielberg ? Le grand ? Le vrai ?Eh bien, mettez la main sur Rencontre du Troisième type et (re)voyez-le vous.Revoyez-le vous parce que – je vous le dis – ce n’est pas avec ce...

le 10 juin 2026