Promesse d’un Final Fantasy à l’ancienne, cet épisode Résonance s’avance sur le terrain de la HD-2D pour faire vibrer la fibre nostalgique. Il s’agit en fait d’un recyclage du jeu mobile Final Fantasy Brave Exvius dans la même logique que ce que fut Octopath Traveler 0 l’an passé. On vire l’aspect gatcha et on retravaille la progression globale afin de rendre une copie à même d’être un JRPG praticable d’un bout à l’autre, dans la plus pure tradition du genre.
En ayant proposé en amont une démo de 4 heures, Square Enix semble démontrer une certaine confiance sur les qualités de son bébé. La mission n’est pas simple puisqu’il s’agit de redorer le blason d’une série phare qui peine à fédérer de façon unanime depuis bien trop longtemps…
Au premier contact, difficile de ne pas succomber au charme de ce FF Resonance tant tout l’enrobage emporte les vieux de la vieille qui s’émerveillait de l’intro de Final Fantasy 6 en son temps. La nostalgie est chatouillée dans le bon sens.
La HD-2D n’a jamais été aussi belle et dynamique, les musiques sont plus que correcte, le système de combat au tour par tour bénéficie des dernières avancées en la matière (le stagger auquel on n’échappe décidemment plus).
Tout laisserait supposer qu’il est enfin de bon ton de sabrer le champagne devant un Final Fantasy qui ne trainerait pas dans la boue son illustre héritage.
Pourtant c’est précisément la que je viens jouer les troubles fête puisque la proposition ne me convainc pas vraiment…
Je vous pose la question : Qu’est ce qui faisait un bon Final Fantasy finalement ? N’était ce qu’un ensemble de marqueurs visuels et sonores mêlés à du tour par tour ? Est-ce que la magie ne tenait finalement qu’à ça ? A de simples critéres qui pourraient être compris même par une IA ?
Pour ma part si je devais définir ce qui a fait des dix premiers épisodes de si grands jeux c’est avant tout une âme à part entière, quelque chose d’intangible qui dépassait la somme de ses éléments. Et c’est précisément ce qui manque cruellement à cet épisode dont les personnages, les situations ou encore l’univers ne racontent rien ou presque. Les villes n’ont aucune personnalité et ne sont que des lieux pratiques comportant d’autres marqueurs (auberge, magasins et suite du « scénario »). On enchaine les événements qui ne sont que des resucées de clichés JRPG qu’on empile les uns sur les autres. L’ensemble manque de cohésion, de crédibilité pour n’être que mécanique. Même la boucle de gameplay (ville-donjon-annexe) est bien trop visible, appuyant d’autant plus l’aspect ultra séquencé de l’aventure au détriment d’un périple qui semblerait plus naturel. Chaque chapitre a exactement la même structure, nous renvoyant l’aspect très jeu vidéo de l’ensemble. Un chapitre = un cristal élémentaire, un nouvel allié, 3 visions sur le continent concerné, un antagoniste de la bande des six juges, une invocation, un monstre dans sa grotte… et on recommence.
Pourtant, manette en main, c’est plutôt imparable. Les combats sont dynamiques et les effets sonores / visuels sont gratifiants nous faisant avancer quoi qu’il arrive. C'est ça qui dangereux justement... c'est malheureusement agréable à jouer. Et même que c'est tout ce que c'est. Un système de combat agréable.
On pensera ce que l’on veut du fan service qui à mes yeux reste un process qui manque d’élégance (à fortiori avec des CGI incrustés sur de la HD-2D) mais utilisé ici avec « parcimonie » même si on est jamais loin du grossier. Les « visions », nom donné aux personnages des anciens FF, ne sont en fait que des archétypes, jobs ou ensemble de compétence pour les réduire à leur plus simple utilité. On augmente notre affinités avec elles, puis on panache les compétences actives / passives pour faire du sur mesure et casser le système. Sur le papier, d’un point de vue mécaniques de jeu c’est précisément tout ce que j’adore.
Final Fantasy Resonnance c’est précisément ça. De la belle mécanique qu’on a posée sur des éléments rétros fédérateurs mais qui ne lui insuffleront pas pour autant l’ambition artistique, thématique et scénaristique de ses ainés.
S’il a au moins le mérite de ne pas salir une fois de plus un nom prestigieux il est par contre inquiétant que son accueil se fasse si dithyrambique. Car il pourrait ouvrir la porte à une mouvance certes respectueusement rétro mais dénuée de toute part créative étant à même de marquer des vies comme au temps de jadis.
A mesure que les chapitres défilent on est toujours plus en pilote automatique. Aucun personnage ne se fendra d’une réflexion existentialiste d’un Vivi de FF IX. Aucune thématique n’embrassera une problématique de notre monde comme le fut l’écologie d’un FFVII pour ne citer que lui. Aucun lieu ne sera empreint d’une culture forte et passionante comme le fut Spira de FFX. Aucun antagoniste ne ressortira du lot comme un Kefka de FFVI.
Rain rejoint Cloud et Lightning parmi les héros sponsorisé par Météo France. D’une platitude abyssale à l’image de ceux qui l’accompagnent… Final Fantasy Resonance est la version fast food de l'esprit des 6 premiers opus. Vite digéré, vite évacué. Si mettre des pixels, une world map et du tour par tour suffit à crier au retour triomphant de ce qu’était Final Fantasy alors je serai le vieux con de ce monde la.
Not my Final Fantasy sorry.
La vraie pépite rétro JRPG est ailleurs, avec moins de cynisme et plus de cœur.