Final Fantasy VII: Remake Intergrade
7.7
Final Fantasy VII: Remake Intergrade

Jeu de Square Enix (2021 · PlayStation 5)

Final Fantasy VII Remake est un produit intéressant : répondant à une demande très populaire de mettre au goût du jour LE JRPG de toute une génération, il est conçu pour être un peu plus audacieux qu’un simple lifting graphique, mais le point de départ de plusieurs jeux chargés de remanier l’original.


Ne se contentant pas seulement de raconter ce qui n’est, au final, que l’introduction du jeu d’origine, il modifie, allonge et surtout pose ses pions pour raconter ce que l’on nous promet être une histoire totalement inédite de Cloud et compagnie.

« Promet » est le mot important de la phrase. En effet, exception faite des tout derniers instants du jeu principal, l’aspect narratif annonce du changement et le prépare, mais montre assez peu ces grandes modifications tant promises. À ce titre, la fin de ce premier opus est frustrante, le joueur prenant conscience qu’il n’a joué qu’à une très longue intro d’une future trilogie dont il n’a aucun moyen de savoir si le temps et l’argent investis vaudront le coup.


Cela ne veut pas dire que les modifications introduites dans cet opus soient inintéressantes ou vides de sens, bien au contraire. Parfaitement conscient de l’importance du VII originel, l’ensemble du jeu se voit accompagné d’un commentaire métatextuel prenant la forme de capes noires flottantes (les « fillers » selon Aerith, les « serpillères volantes » selon Barret), dont le rôle est de s’efforcer de remettre le joueur et les personnages sur les rails du jeu d’origine quand un changement survient. Mais c’est surtout la présence bien plus marquée de Sephiroth qui va appuyer le propos du jeu. Si l’on frise le fan-service de le voir aussi tôt, sa présence est expliquée par le scénario et surtout joue un double sens. En effet, il semble être presque conscient d’être dans un remake, et sa joie apparente ainsi que son attitude face à ses retrouvailles avec Cloud participent à cette drôle d’impression que quelque chose ne va pas, que le jeu et les personnages sont, eux aussi, au courant qu’ils sont réunis avec les joueurs après tout ce temps.


Cette impression va s’accentuer tout au long du jeu, mais ce côté-là du scénario étant l’une des réussites du remake, je vous laisse le découvrir par vous-mêmes. Cependant, cela m’amène à un constat : j’ai du mal à voir quelqu’un n’ayant pas fait le jeu d’origine apprécier pleinement ce remake. Contrairement à toute la publicité autour du jeu et aux déclarations de Square Enix nous promettant un jeu accessible, le métatexte, ainsi que le fait que cette trilogie annoncée fait bel et bien partie de la fameuse « Compilation of FF VII »*, rendent cette promesse caduque. Le fait de faire intervenir plus tôt, ou d’une manière détournée, des personnages et concepts apparus dans différents opus de la Compilation en est une preuve supplémentaire.


Si j’ai apprécié tout ce côté mystérieux de l’intrigue, j’avoue ne pas avoir été transporté plus que ça par ce freinage constant des enjeux pour nous garder le plus longtemps possible à Midgar. L’ensemble du jeu est gonflé artificiellement pour rallonger la durée de vie. Que ce soit par de longs couloirs remplis de monstres, des mini-jeux qui sont carrément forcés au sein de la quête principale (je pense aux squats, minables dans leur exécution), ou surtout des chapitres entiers.


À ce titre, le chapitre 9 est un cas d’école. En effet, là où le remake aurait pu grandement s’améliorer, c’est pour toute la partie autour de Wall Market et de son Don Corneo, qui aurait gagné à être coupée tellement elle était déplacée déjà à l’époque : le personnage du Don était déjà assez malsain et n’avait pas sa place dans le contexte de l’épisode d’origine, Cloud se travestit, transformant un personnage énigmatique en ressort comique sans transition, et l’ensemble de l’ambiance autour de cet événement est traité de manière légère alors que l’on parle tout de même de violences et d’extorsions sexuelles.


Malheureusement, le remake décide de dédier un chapitre entier à cette séquence. Celui-ci concentre ce qui m’énerve le plus dans ce jeu : il est bien plus long que les chapitres précédents (et qu’une bonne partie de ceux qui suivent, d’ailleurs), il s’attarde de manière bien trop appuyée sur des clichés sexistes (l’ensemble du caractère des femmes et de leur traitement durant ce moment précis), transphobes (la séquence de danse et de transformisme) et, globalement, déplacés pour un jeu de ce type (la séquence de massage, gênante et hors de propos au possible). Je sais que certains trouvent que c’est un bel hommage à la séquence originale. À titre personnel, le chapitre aborde mal des thématiques auxquelles je suis assez sensible ; il figurera donc parmi les moments de jeu vidéo que je ne veux jamais revivre.


Bonheur suprême, c’est également le moment où la musique atteint son maximum de mauvais goût. Je ne pense pas à la séquence de danse qui, niveau musique et même gameplay, se tient, mais à l’ensemble des musiques d’ambiance dans les rues de Wall Market, dans le couloir avec les bandits nous y menant ou encore dans la demeure de Don Corneo. Bref, ce chapitre fut une torture pour moi à regarder, à écouter et à jouer. À un point tel que le chapitre suivant, dans les égouts, fut bien plus supportable à mes yeux.


Transition toute trouvée : j’ai rarement fait face à une bande-son aussi en dents de scie. Les musiques originales connaissent des réorchestrations magnifiques et pertinentes, mais d’autres sont tellement répétitives et énervantes que le ressenti final n’est pas très bon. Je note tout de même la générosité de nous faire chercher, à travers le jeu, des vinyles remixant les musiques originales. La plupart de ces remixes sont discutables, mais ils ont le mérite d’exister.


Graphiquement, le jeu transcende l’original en étant à la fois respectueux des designs d’origine et d’une belle modernité concernant les mouvements et expressions faciales des personnages principaux et secondaires (les PNJ étant parfaitement figés et oubliables pour la plupart).


Le gameplay des combats est également une belle évolution de ce que proposait Crisis Core (pour rester dans l’univers de FF VII), étant à la fois agréable, pêchu et, au final, un beau compromis entre le système du jeu d’origine et les propositions modernes ayant sacrifié la contemplation du JRPG d’antan au dynamisme d’aujourd’hui.


Concernant l’épisode DLC centré sur Yuffie, c’est grâce à lui si la note n’est pas plus basse. Débarrassé de la lourdeur de l’intrigue principale, possédant un mini-jeu sympathique et pas trop long, il bénéficie surtout de son personnage principal. Yuffie est drôle, naïve, mais aussi particulièrement déterminée et humaine. Si elle est accompagnée par un personnage dont je ne ferai pas semblant d’avoir retenu le nom, elle permet d’exploiter de manière naturelle certains aspects de l’univers moins abordés dans l’intrigue principale et de mettre en lumière des personnages issus de la fameuse Compilation of FF VII. Son gameplay est bien plus nerveux et fun que celui de Cloud, permettant d’avoir un aperçu de son évolution dans les suites. Bref, du tout bon, qui a la gentillesse de ne pas être trop long et de se déguster rapidement, sans longueur supplémentaire.


Histoire de conclure cet avis qui devait être bien plus court, je ressors de ce Final Fantasy relativement satisfait. Si l’intrigue m’intéresse, j’espère que la suite saura mieux jongler avec ces qualités (l’univers, le métatexte, le gameplay) sans s’embourber dans les défauts présentés plus haut. Au final, ce qui me motive à continuer l’aventure dans l’univers de FF VII nouvelle édition, c’est bel et bien cette manière qu’a Square Enix d’aborder un remake. Ils ne cherchent pas à produire un copier-coller de l'original, mais à dialoguer avec lui, avec le souvenir qu’ont les joueurs de cette expérience unique et irremplaçable de découvrir un jeu pour la première fois. Une fois de plus, le jeu le sait et sa conclusion, bien que frustrante, l’illustre d’une jolie façon.

« Rien ne remplacera les souvenirs, il faut s’en faire de nouveaux ».



*Compilation of FF VII : ensemble de jeux et de produits transmédias faisant partie intégrante de FF VII et ayant pour objectif de l'enrichir, sans jamais le remplacer. Parmi les ajouts les plus connus de cette compilation figurent « Crisis Core » (préquelle originellement sortie sur PSP, centrée sur Zack), « Advent Children » (film servant en quelque sorte de conclusion à l’histoire de Cloud) ou encore « Dirge of Cerberus » (jeu PS2 centré sur Vincent).


Keptyouwaitinguh
7

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Créée

le 15 juil. 2026

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