Final Fantasy XVI : la flamme de la saga brûle-t-elle encore ?


Il fut une époque où la sortie d'un nouveau Final Fantasy était synonyme de grand événement vidéoludique. Que ce soit durant les générations 8, 16 ou 32 bits, Square savait bouleverser le marché avec des jeux qui repoussaient les limites, que ce soit sur le plan graphique, musical ou à travers des univers oniriques capables de faire vivre à chaque joueur une expérience inoubliable. On peut même dire que la saga a largement contribué à faire reconnaître le jeu vidéo comme un véritable art, capable de raconter des histoires aussi riches et marquantes que celles du cinéma.


Seulement voilà, après un âge d'or et dans un marché en perpétuelle évolution, Square a progressivement abandonné sa formule mythique au tour par tour pour tenter de séduire un public toujours plus large et faire face à une concurrence de plus en plus féroce. Mais à vouloir plaire au plus grand nombre, l'éditeur ne se serait-il pas perdu en chemin ?


Pour ma part, le dernier grand Final Fantasy reste sans doute le dixième épisode, qui fut d'ailleurs un véritable événement sur PS2. Malheureusement, j'ai le sentiment que la saga a ensuite amorcé un lent déclin. Que ce soit le douzième opus et son système de combat aux allures de MMORPG, le treizième qui tentait de revenir à certaines bases, ou encore le quinzième qui surfait sur la vague des mondes ouverts avec un univers particulièrement clivant pour les fans, force est de constater que Square peine à retrouver la formule qui a fait sa renommée. Même si les remakes de Final Fantasy VII ont quelque peu redonné ses lettres de noblesse à la licence, on est tout de même loin de la belle époque.


Alors, Final Fantasy XVI déroge-t-il à la règle ? Malheureusement, non ! Mais peut-être que cet épisode aura malgré tout réussi à raviver un peu la flamme. Et, osons l'espérer, à laisser entrevoir un avenir plus radieux pour la saga.


Une histoire sombre et mature qui fait mouche


Final Fantasy XVI nous plonge dans un univers médiéval fantastique particulièrement sombre, mature et parfois violent. Une orientation assez inédite pour la franchise, qui n'avait jusqu'ici jamais poussé aussi loin cette dimension.


On y incarne Clive Rosfield, un personnage profondément torturé après avoir vu son royaume familial trahi et détruit par sa propre mère, mais aussi et surtout après avoir assisté à la mort de son jeune frère, qu'il avait pourtant pour mission de protéger.

À travers plusieurs royaumes plongés dans la guerre, le jeu nous entraîne dans une histoire où le pouvoir, la vanité, la trahison, le meurtre et la cupidité occupent une place centrale. Le monde de Valisthea est régi par la magie, elle-même liée à de puissants cristaux qui permettent aux différents royaumes d'exploiter leurs pouvoirs. À cela s'ajoutent les Primordiaux, des entités dévastatrices dont les porteurs représentent de véritables armes de destruction.


Et c'est probablement là que Final Fantasy XVI réussit le mieux. Son histoire constitue indéniablement l'un de ses plus grands atouts. Certes, le scénario peine quelque peu à démarrer et nous balance énormément d'informations dès les premières heures, au risque de perdre le joueur. Mais une fois l'intrigue installée, difficile de ne pas se laisser embarquer dans cette aventure.

J'insiste sur ce point, car le principal défaut du jeu se trouve justement ailleurs : dans son gameplay, qui accuse malheureusement un sérieux retard.


Un gameplay qui a oublié ses racines


Fini le tour par tour, fini la gestion stratégique de son équipe et fini le contrôle des différents personnages qui composent notre groupe. Ici, Square fait le choix d'une orientation beaucoup plus proche d'un Devil May Cry. Un choix qui n'est d'ailleurs pas surprenant puisque l'un des concepteurs du système de combat a travaillé sur cette célèbre licence.

Sur le papier, pourquoi pas ! Après tout, renouveler une formule n'est pas forcément une mauvaise chose. Mais encore faut-il proposer quelque chose de convaincant.


Et c'est là que le bât blesse. Le système de combat se révèle finalement assez pauvre et répétitif. On passe une bonne partie de l'aventure à marteler la touche Carré, avec de temps en temps la touche Triangle pour lancer une attaque magique. Les possibilités restent extrêmement limitées et l'on est très loin de la profondeur que l'on pouvait espérer d'un système inspiré du beat them all.


C'est d'autant plus regrettable que les invocations, qui ont toujours occupé une place centrale dans la saga, auraient pu offrir une véritable richesse au gameplay. Les différentes capacités liées aux Primordiaux permettent certes de varier les affrontements, mais sans jamais réellement bouleverser la formule.


Et que dire de la magie ? Exit les différentes écoles élémentaires, les sorts de soin, les altérations d'état et toute cette dimension stratégique qui faisait le charme des anciens épisodes. Ici, on oublie presque totalement l'aspect RPG pour foncer tête baissée dans les affrontements. C'est efficace quelques heures, mais terriblement lassant sur la durée.


Final Fantasy XVI donne finalement l'impression de vouloir être un jeu d'action avant d'être un jeu de rôle, sans pour autant parvenir à rivaliser avec les références du genre. Un constat assez triste lorsqu'on sait à quel point la licence a pu proposer des systèmes de combat inventifs et particulièrement riches par le passé.


Mais le gameplay n'est malheureusement pas le seul élément à décevoir...


Des quêtes annexes d'un autre temps


Les quêtes secondaires sont, elles aussi, particulièrement décevantes. On retrouve des missions dignes d'un jeu vieux de quinze ans : aller chercher quelques fleurs dans un champ, aider un marchand attaqué par des loups ou encore effectuer des allers-retours sans grand intérêt.


Aucune véritable originalité, une mise en scène souvent inexistante et surtout un manque flagrant d'écriture dans une grande partie de ces missions. On a parfois davantage l'impression de remplir une liste de tâches que de vivre une véritable aventure.

Le constat était déjà assez similaire dans Final Fantasy VII Rebirth, mais difficile de ne pas faire la comparaison avec des productions comme Red Dead Redemption 2 ou The Witcher 3, qui ont depuis longtemps montré ce que pouvaient apporter des quêtes secondaires bien écrites, avec de véritables histoires et des personnages intéressants.


En 2023, proposer encore ce genre de missions aussi peu inspirées donne franchement l'impression que Square n'a pas beaucoup évolué sur cet aspect.


Autre point regrettable : la difficulté. En mode normal, le jeu est beaucoup trop facile. On avance sans véritable difficulté et les affrontements ne demandent que rarement de réfléchir à sa stratégie. Pour ceux qui souhaitent un minimum de challenge, il faudra se tourner vers le mode difficile, ce qui est tout de même dommage pour une difficulté standard aussi peu stimulante.


Une réalisation à la hauteur, mais inégale


Heureusement, tout n'est pas à jeter, loin de là !

La bande originale est plutôt réussie, même si elle n'atteint pas forcément la maestria musicale de certains épisodes précédents. On retrouve néanmoins de très beaux morceaux qui accompagnent efficacement les différents moments de l'aventure.

Graphiquement, les cinématiques sont absolument magnifiques, parfois même bluffantes. C'est particulièrement vrai lors des affrontements entre Primordiaux, qui offrent des séquences visuellement impressionnantes. Ces combats constituent d'ailleurs, à mes yeux, les véritables moments de bravoure du jeu. Spectaculaires, démesurés et parfaitement mis en scène, ils donnent parfois l'impression d'assister à un véritable blockbuster vidéoludique.


En revanche, le level design est beaucoup plus inégal. Les environnements manquent parfois d'inspiration et l'exploration n'est pas franchement passionnante. On aurait aimé davantage de liberté, de surprises et de véritables récompenses pour les joueurs qui prennent le temps de sortir des sentiers battus.


Le rythme général est également assez problématique. Les dix premières heures sont plutôt poussives et les dix suivantes peinent encore à donner suffisamment envie de poursuivre l'aventure. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si plusieurs joueurs de mon entourage n'ont pas trouvé le courage d'aller jusqu'au bout.

Et c'est bien dommage, car le jeu finit heureusement par dévoiler ses meilleures qualités.


Une dernière partie qui sauve l'aventure


C'est véritablement dans ses dernières heures que Final Fantasy XVI prend une autre dimension. L'histoire gagne considérablement en intérêt, les enjeux deviennent plus importants et l'écriture des personnages secondaires prend enfin toute son ampleur.


Sur ce point, le jeu atteint même un excellent niveau. Les relations entre les personnages, leurs motivations et leur évolution donnent une véritable épaisseur à l'univers. On finit par s'attacher à cette galerie de protagonistes et à s'investir pleinement dans leur destinée.


Quant à Clive, il fait clairement partie des grandes réussites de cet épisode. Son parcours, ses traumatismes et son évolution personnelle en font un personnage particulièrement attachant. À travers son aventure, on retrouve cette capacité qu'a toujours eue Final Fantasy à nous faire vivre une histoire humaine derrière les enjeux fantastiques.


L'inspiration de Game of Thrones est d'ailleurs assez évidente. Entre les luttes de pouvoir, les trahisons, les complots politiques et la violence omniprésente, Final Fantasy XVI assume pleinement son orientation plus adulte. Et force est de constater que cette approche fonctionne plutôt bien !


C'est finalement dans sa narration que cet épisode retrouve une partie de la grandeur de ses prédécesseurs. Une histoire sombre, parfois tragique, portée par des personnages que l'on n'a pas envie de quitter.


Conclusion : un Final Fantasy qui cherche encore son identité


Alors, que retenir de ce Final Fantasy XVI ?


Difficile de ne pas ressentir une certaine frustration. D'un côté, nous avons un univers particulièrement réussi, une histoire captivante dans sa seconde moitié, des personnages attachants et des affrontements contre les Primordiaux absolument mémorables. De l'autre, un gameplay beaucoup trop simpliste, des quêtes annexes indignes d'une production de cette envergure, une difficulté mal équilibrée et un rythme qui met beaucoup trop de temps à décoller.


Au fond, j'ai surtout l'impression que Square cherche encore à savoir ce que doit être Final Fantasy aujourd'hui. À force de vouloir suivre les tendances du marché et de se réinventer à chaque épisode, l'éditeur semble avoir progressivement oublié certains éléments qui ont fait le succès de sa saga.


Attention, je ne suis pas contre le changement, bien au contraire. Une licence doit savoir évoluer pour ne pas finir par tourner en rond. Mais évoluer ne signifie pas forcément abandonner tout ce qui faisait son identité. Et c'est précisément ce qui me dérange avec cet épisode : Final Fantasy XVI est un bon jeu, parfois même un excellent jeu dans sa narration, mais il peine à convaincre en tant que Final Fantasy.


Il nous offre quelques grands moments de jeu vidéo, une histoire qui mérite largement le détour et un personnage principal que l'on n'oubliera pas de sitôt. Mais il laisse aussi ce sentiment étrange d'une licence qui semble avoir perdu une partie de son âme en chemin.


Final Fantasy XVI n'est donc pas le grand retour que j'espérais, mais il n'est certainement pas non plus un mauvais épisode. Il possède suffisamment de qualités pour nous rappeler pourquoi on aime cette saga, tout en nous rappelant cruellement ce qu'elle a parfois perdu.


Espérons simplement que Square saura tirer les leçons de cet épisode et trouver enfin le bon équilibre entre modernité et héritage. Car au fond, ce que les fans attendent, ce n'est pas nécessairement un retour au tour par tour ou une copie des anciens épisodes. C'est simplement de retrouver cette magie, cette ambition et cette identité qui faisaient de chaque nouveau Final Fantasy un événement.


Et ça, aucun changement de gameplay ne devrait jamais nous le faire oublier.



antoine7130
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il y a 1 jour

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