Refaire God of War 15 ans après permet de réaliser à quel point celui-ci doit tout à sa mise en scène. Santa Monica Studio saisit pleinement son sujet mythologique pour en faire une ode au gigantisme et à la démesure qui en impose encore aujourd'hui. Un superbe écrin qui à l'époque aura fait passer le jeu pour meilleur qu'il ne l'est vraiment chez la presse comme chez les joueurs. Car côté gameplay on reste dans du très classique qui n'invente pas grand chose et ne fait que suivre la voie dévoilée par le premier Devil May Cry. God of War fait même pâle figure comparé au troisième opus du beat 'em up de Capcom, infiniment plus aboutis et maîtrisé. Car les combos de Kratos ne sont guère intéressants et rien ne nous pousse à les effectuer sachant que bourriner la touche carré en balançant de temps à autre un pouvoir fait tout autant voir mieux le taff (surtout si comme moi vous êtes mauvais aux beat 'em up). A cela s'ajoute l'absence de lock parfois bien frustrante et qui nous rappelle que Dante lui l'avait déjà dès sa première apparition.
Toutefois si l'incroyable production et les excès graphiques parviennent à cacher ces quelques faiblesses, ils restent impuissants à le faire pour ce game-design que le temps n'aura clairement pas épargné. Ainsi God of War contient quelques monstrueuses aberrations, principalement ses phases de plates-formes à qui le soft accorde une place bien trop généreuse. Dépassées et vieillottes, certaines se permettent même de faire couler le sel de la frustration (
les deux tours à escalader dans les Enfers. Même si pour ma part j'aurais surtout souffert d'aller chercher les coffres sur les poutres en mouvement
). Ici le poids des années se fait sévèrement sentir et inscrivent God of War dans son époque là où certains de ses concurrents ( à commencer par Devil May Cry 3 justement) restent encore hautement pertinents aujourd'hui.
Le temps passe, les jeux s'affinent, et God Of War est revenu transfiguré en 2018. Toutefois certaines choses demeurent et la saga réédite l'exploit originel: flatter la rétine pour faire illusion.