Temps de jeu : 90 heures
Mon deuxième Guild Wars
Test rédigé pour Le Red Blog [#52]
Depuis plusieurs années, les MMORPG semblaient prisonniers de leurs propres conventions. Entre quêtes répétitives, farming parfois excessif et mécaniques héritées du titanesque et éternel World of Warcraft, rares sont les productions capables de réellement remettre en question les fondations du genre. Avec Guild Wars 2, paru sur PC le 28 août 2012, ArenaNet ne se contente pas seulement de proposer un nouveau monde persistant. Ici, le studio tente de réinventer la manière dont les joueurs interagissent avec l'univers, avec les autres aventuriers et avec leur propre progression. Après plusieurs dizaines d'heures passées sur les terres de la Tyrie, Guild Wars 2 ne se présente pas seulement comme une bonne alternative aux MMORPG plus classiques. Il s'agit là d'une des œuvres les plus ambitieuses que le genre ait connues, rien de moins.
Pas question. Zhaïtan ne passe pas de test.
L'univers de Guild Wars 2 prend place deux cent cinquante ans après les événements du premier opus. Le monde a profondément changé, marqué par l'éveil des Dragons Ancestraux qui menacent l'équilibre même du continent. Humains, Charrs, Norns, Asuras et Sylvaris coexistent désormais dans une Tyrie immense et particulièrement riche. Dès les premières minutes, le joueur est frappé par le soin apporté à la construction du monde. Chaque région possède sa propre identité visuelle, son histoire et ses problématiques. Les plaines verdoyantes de la Kryte contrastent avec les terres dévastées d'Ascalon ou les laboratoires excentriques des Asuras. La véritable réussite d'ArenaNet réside dans l'impression constante d'évoluer dans un univers vivant : là où la plupart des MMO empilent les donneurs de quêtes statiques, Guild Wars 2 remplace en grande partie ce système par des événements dynamiques.
Alors que la majorité des MMORPG reposent sur le traditionnel schéma « accepter une quête, tuer dix monstres, revenir voir le PNJ », Guild Wars 2 privilégie des événements qui apparaissent naturellement dans le monde. Une ferme est attaquée ? Des centaures lancent un assaut ? Un convoi marchand doit être escorté ? Les joueurs présents peuvent immédiatement participer. Le système va encore plus loin puisque les événements s'enchaînent selon leurs résultats. Une défense ratée peut entraîner la capture d'un fort par les ennemis, tandis qu'une victoire débloquera de nouvelles opportunités. Le monde évolue sans attendre le joueur et donne enfin l'impression d'exister indépendamment de lui, offrant une philosophie qui transforme complètement l'exploration. La liste d'objectifs laisse place à des aventures émergentes, durant lesquelles on se surprend régulièrement à détourner sa route simplement parce qu'une bataille éclate au loin.
Arrête ton Charr
Autre changement majeur, la progression de notre personnage dans Guild Wars 2 ne se résume pas au farming de monstres et de quêtes. Chaque action effectuée rapporte de l'expérience : explorer une zone, découvrir un panorama, récolter des ressources, participer à un événement ou même aider un autre joueur blessé contribue à la progression. En résulte un leveling étonnamment naturel ; le joueur avance à son rythme, sans jamais ressentir l'obligation de suivre un chemin imposé. Le système d'ajustement automatique du niveau constitue également une excellente idée. Un personnage de haut niveau qui retourne dans une région de départ voit ses statistiques adaptées afin que le contenu conserve un minimum d'intérêt, permettant aux anciennes zones de rester ainsi fréquentées et vivantes. Cette approche est censée favoriser la coopération entre vétérans et nouveaux joueurs.
ArenaNet a également tenté d'apporter davantage de narration à son MMORPG grâce au système d'histoire personnelle. Dès la création du personnage, plusieurs choix biographiques influencent le déroulement de certaines missions et déterminent les premiers chapitres de l'aventure. L'idée est excellente et permet de renforcer l'attachement à son héros. Les différentes races bénéficient d'introductions distinctes et plusieurs décisions modifient effectivement certains événements, mais malheureusement, le résultat n'atteint pas toujours les ambitions affichées. Les embranchements finissent souvent par converger en un même point, tandis que l'écriture et la mise en scène manquent parfois de souffle face aux standards des meilleurs RPG solo. L'ensemble reste néanmoins largement supérieur à ce que proposaient la plupart des MMO contemporains lors de sa sortie.
Il est l'Orr, l'Orr de se renouveler
Côté combats, Guild Wars 2 adopte une approche beaucoup plus nerveuse que nombre de ses concurrents. Les déplacements permanents, les esquives actives et la nécessité de surveiller constamment son environnement apportent une dimension action particulièrement agréable. Le joueur ne peut pas simplement rester immobile en attendant la fin d'un temps de recharge. Les classes se distinguent également par leur originalité, évitant de tomber dans le classique trio « tank, DPS, healer ». Le gardien, l'envoûteur ou l'ingénieur proposent des mécaniques suffisamment uniques pour encourager à la création de plusieurs personnages. L'idée d'associer certaines compétences aux armes équipées fonctionne admirablement bien, puisque changer d'arme revient souvent à modifier profondément son style de jeu.
S'il est agréable, le système manque parfois d'un peu de lisibilité lors des affrontements massifs, et tend à se répéter inévitablement au bout de quelques heures de jeu. Guild Wars 2 repose sur une philosophie simple, celle de ne jamais faire des autres joueurs des obstacles. Tout est conçu pour favoriser l'entraide : par exemple, les ressources peuvent être récoltées par plusieurs personnes, tandis que les récompenses d'événements sont distribuées individuellement, que les monstres ne sont pas « réservés » au premier attaquant, ou encore que les joueurs peuvent réanimer des inconnus rencontrés au détour d'un chemin. Cette approche réduit drastiquement la toxicité souvent associée aux MMO compétitifs ou dont le leveling se traverse bien trop souvent de manière solitaire et égoïste. On aide spontanément les autres parce que le jeu nous encourage à le faire, et ça, c'est une réussite remarquable.
Conclusion
Guild Wars 2 est l'un de ces rares jeux capables de faire évoluer durablement leur genre. ArenaNet a compris que le MMORPG pouvait être plus accessible, plus dynamique et plus coopératif sans sacrifier une certaine profondeur. Son monde vivant, son système d'événements dynamiques révolutionnaire, sa progression libérée des contraintes habituelles et son gameplay particulièrement nerveux en font une expérience toujours fascinante et suffisamment originale aujourd'hui. En dépit d'un scénario ne tenant pas toujours de ses promesses et certaines activités finissant inévitablement par se répéter, Guild Wars 2 est parvenu à redéfinir nombre de conventions tout en offrant des dizaines d'heures de contenu de qualité. Une superbe alternative au genre pour les anciens, mais aussi une porte d'entrée recommandée pour les néophytes du genre.