Hitman: Absolution
6.7
Hitman: Absolution

Jeu de IO Interactive, Nixxes Software et Square Enix (2012 · PlayStation 3)

Hitmarathon : 6/6


Après le succès de Blood Money, quatrième épisode de la série en 6 ans, IO Interactive prend un peu de distance avec sa franchise culte et se lance dans d'autres projets, comme le diptyque Kane & Lynch. En 2009, Eidos se fait racheter par le géant japonais Square Enix, qui provoque une vague de reboots et soft-reboots sur les licences de l'éditeur britannique. Une troisième Lara Croft sera donc l'héroïne de Tomb Raider 2013, Deux Ex connaîtra un prequel du nom de Human Revolution, tandis que Thief 2014 est une suite aux trois premiers épisodes, mais 400 ans plus tard. Et si Hitman Absolution, sorti 6 ans après Blood Money, en est bien une suite directe, cela n'empêche pas le gameplay de la série d'être repensé de A à Z, pour attirer un nouveau public.


Autant donc commencer par là. Absolution est considéré comme le vilain petit canard de la franchise, et je me retrouve dans la plupart des reproches qui lui sont faits. Les niveaux qui étaient autrefois de grands bacs à sable qu'on pouvait approcher de différentes manières sont désormais mortellement linéaires, où on n'a jamais aucun intérêt à revenir dans une pièce précédemment visitée. Chaque niveau a un début et une fin, éventuellement quelques cibles sur la route, mais peu de raison de dévier de la voie principale, à moins d'être un chasseur de trophées.

Ce n'est pas nécessairement négatif, et ça permet parfois d'avoir des missions originales pour la série, comme des missions où on doit échapper à un assaut de la police ou de l'Agence, de préférence incognito. Mais pour les missions plus traditionnelles, c'est frustrant, et on n'a jamais autant de plaisir sur Absolution que sur les trois précédents jeux.


Outre cette nouvelle approche du level-design, le principal ajout du jeu est une jauge d'instinct, sorte de vision détective de Batman Arkham qui vous permet de voir les ennemis à travers les murs et d'identifier les objets avec lesquels vous pouvez interagir. C'est un des éléments qui contribue à une certaine impersonnalité du jeu, mais ce n'est pas ce dont je veux parler ici.

En effet, la jauge d'instinct a une deuxième fonctionnalité, qui consiste à passer incognito si vous portez un costume. Car, comme dans les précédents jeux, les gardes peuvent vous repérer si vous portez le même costume qu'eux (normal, ils connaissent leurs collègues et voient que vous êtes un intrus). Sauf que dans les précédents jeux, ils ne le faisaient que si vous passiez suffisamment près d'eux. Dans Absolution, ils peuvent vous repérer de l'autre bout de la pièce, ce qui est frustrant et absurde (surtout dans le cas des costumes qui incluent un couvre-chef voire une cagoule). La jauge d'instinct est donc là pour résoudre un problème qui n'avait même pas besoin d'être présent en premier lieu. Et vu qu'elle se vide vite, on en vient à se demander l'intérêt des costumes dans certains niveaux.


A vrai dire, vu la difficulté de se fondre dans le décors dans certaines missions, c'est le premier jeu de la série où je n'ai pas relancé ma sauvegarde lorsque j'étais pris dans une fusillade. Habituellement, j'essaye d'éviter ces scénarios, mais là j'en avais marre et c'était parfois la solution la plus simple et rapide pour avancer. Je pense au siège du commissariat ou à la mission finale dans le cimetière, dont j'ignore totalement comment j'étais censé m'en sortir sans avertir ou tuer quiconque.

Il faut dire que 47 a une meilleure barre de vie que dans les précédents jeux et qu'en plus elle se régénère au fil du temps, ça aide quand on joue en mode commando !


En ce qui concerne le scénario, je pense être plutôt dans la minorité, mais pour le coup je l'ai bien aimé. On incarne donc 47, sur les traces de son contact depuis le premier jeu, Diana, qui a trahi l'Agence et kidnappé une fille sur laquelle on a mené des expériences, afin de la faire devenir tueuse à gages. 47 tue Diana mais est pris de remords une fois qu'il apprend la raison de ses actes, l'histoire de la gamine faisant écho à son propre passé. Il va donc la mettre à l'abri et trahir l'Agence à son tour, pour en finir avec ce cycle de violence. Le jeu nous montre un aspect humain de 47, qu'on n'avait plus vraiment vu depuis Hitman 2 et qui fonctionne bien.

Malheureusement, le scénario tombe dans pas mal d'écueils et est rempli de phases d'action hors de propos dans la série, comme cette mission où 47 doit s'enfuir d'un hôtel en flammes et qui s'effondre au fur et à mesure de son avancée, tout en étant poursuivi par un hélicoptère de la police. C'est trop épique pour son propre bien.


Le jeu se voulant plus narratif que ses prédécesseurs, il est étrange qu'il tombe parfois dans les mêmes travers que les précédents jeux. Les premiers jeux avaient par exemple une structure en fil rouge, où on commence le jeu avec une motivation qui est résolue à la fin (par exemple, sauver notre ami curé), mais les missions effectuées entretemps n'ont que rarement un lien avec cette narration. On retrouve un petit peu de cet ADN ici, par exemple lorsque 47 doit à un moment explorer un laboratoire, pensant que sa petite protégée s'y trouve, et va tuer au passage les scientifiques en charge du labo, sans aucune raison. Ce sont parmi les meilleurs assassinats du jeu donc en vrai, c'est marrant, mais ça n'aurait pas été très compliqué de leur inventer un lien avec la gamine, ou de justifier leur mort comme un avertissement envoyé à l'Agence, etc.

Enfin, le scénario se finit en eau de boudin, teasant une suite qui n'a, à ce jour, pas eu lieu. C'est déjà quelque chose que je reprochais à la fin de Contracts, et c'est encore plus frustrant quand on en est au même point 13 ans plus tard. C'est donc une trame narrative qui, si elle avait du potentiel et reste plaisante pour le développement de 47, n'est pas satisfaisante dans son exécution (47 et la fille partagent très peu de scènes) et sa conclusion.


Etant le premier épisode de la série dédié aux consoles HD, Absolution est une belle avancée graphique par rapport à Blood Money, coincé entre les générations Xbox et 360. Que ce soit la gestion de la lumière, les détails des environnements ou les effets de pluie, Absolution est un plaisir à regarder, même s'il a un peu vieilli en 2025 (encore qu'il soit par moment plus beau que la récente trilogie, à mon goût). Les cinématiques en CGI sont chiadées, mais l'avancée technique n'est jamais aussi flagrante que dans les missions où on avance au milieu de la foule. On est alors entourés de plusieurs dizaines de PNJ, assez détaillés, qui donnent une vraie atmosphère aux lieux que l'on visite, que ce soit Chinatown, une gare ou un combat de catch. La foule de la Nouvelle-Orléans, qui m'avait impressionné dans Blood Money, fait pâle figure à côté de celles-ci.


A titre personnel, c'est le premier jeu de la franchise auquel je joue sur console. Le gameplay s'avère assez bien adapté à la manette, chose que je craignais vu le large panel d'actions disponible dans les 4 précédents opus et qui nécessitait un bon clavier. On retrouve la plupart des commandes de jeux conventionnelles de l'époque, que ce soit dans les mécaniques de tir sur L2/R2, le changement d'armes avec la croix, etc. Tout ça se fait plutôt bien !

C'est aussi le premier jeu qui propose le choix de la langue, et c'est avec plaisir que j'ai retrouvé le doublage anglais de Hitman 1. La VF était convenable dans les précédents jeux, mais quitte à jouer à une aventure exclusivement américaine, autant la faire dans les conditions les plus fidèles possibles.

Enfin, mentionnons le chara-design de déviant sexuel de la plupart des personnages féminins, amatrices de latex, de strip-tease et de BDSM. Il y a au moins une personne dans les locaux d'Eidos qui a pris du plaisir en faisant ce jeu, et ça mérite d'être salué.

(et sinon, 47 a des yeux d'un bleu éclatant, il irradie de charisme et est responsable d'au moins 25% de mes érections devant le jeu)


Absolution n'est peut-être pas la plus belle manière de finir le marathon. Sous son enrobage alléchant, c'est un jeu qui prend beaucoup de distance avec sa série. Ca en fait à la fois un titre original au milieu du reste, mais aussi terriblement impersonnel, qui emprunte des éléments à d'autres jeux sans forcément bien les implémenter.

Je n'irais toutefois pas jusqu'à le qualifier de pire épisode de la série, Hitman 1 restant toujours un infâme tas de bugs, tout aussi linéaire par ailleurs (même s'il le camouflait mieux). Absolution a le mérite d'être plaisant à jouer, et je me vois bien refaire à l'occasion quelques-unes des missions m'ayant marqué pour tenter de débloquer tous les trophées, comme celle dans le laboratoire.


Pour l'anecdote, Absolution est mon premier contact avec la série Hitman. C'est non seulement le premier jeu dont j'ai pu suivre la sortie dans des magazines, mais aussi le premier auquel j'ai pu jouer sur une borne démo dans un Micromania. J'avais pu faire la toute première mission du jeu et j'avais beaucoup aimé le gameplay, je me rappelle même d'avoir bien ri lorsque j'avais pu tuer un gars qui venait d'apprendre au téléphone que son cancer était guéri. Et je pense que si Absolution est une mauvaise direction pour la série, ce n'est pas une trahison pour autant (contrairement à Tomb Raider 2013 par exemple), on retrouve toujours cet humour un peu cynique qui habite la licence depuis le premier épisode et une certaine volonté d'innover, même si en l'occurrence ça a été mal fait.

Le pari de Square d'attirer un nouveau public a-t-il été réussi ? Pas sûr, vu que le jeu s'est bien vendu mais en-deçà des attentes de l'éditeur. Mais sans lui, je n'aurais peut-être jamais passé 5 mois à écrire des critiques sur la série, et je ne serais pas impatient de me lancer dans la trilogie World of Assassination lorsque mon PC le permettra. Alors, merci Absolution !

Sonicvic
6
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le 30 janv. 2025

Critique lue 43 fois

Sonicvic

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