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4 critiques
Horses
Avant toute chose, cette critique parle d'oeuvres culturels & sujets horrifiques extrêmes. Pour les gens sensibles, il est déconseillé d'aller vous renseigner sur les différentes références...
le 8 déc. 2025
Comme beaucoup de monde j'imagine, ce projet Horses est arrivé à ma vue grâce à l'effet Streisand engendré par son bannissement des plateformes de vente sur PC (Steam et Epic). Bannissement toujours très cocasse quand on voit qu'une quinzaine de jeux sexuels sortent tous les jours sans soucis sur ces mêmes plateformes bien que tout aussi bancals légalement et moralement que ce volontairement provocant projet italien. Je me demande donc bien pourquoi la modération de Steam pète un câble sur de tels jeux alors que Sex with Hitler ou Wonderful Everyday sont tranquillement présents sur leur catalogue.
Mais parlons donc en détail de ce fameux produit "interdit", le jeu vidéo d'horreur "Horses". Un produit dont je semble cocher toutes les cases du public cible, étant friant d'expériences radicales et choquantes, et surtout ayant une certaine appréciation pour le cinéma, spécifiquement celui italien des années 60 (Pasolini, Leone et j'imagine Rossellini et les néoréalistes ou je ne sais quoi je m'invente une carrière de critique ciné là). Un parti pris très plaisant de prime abord puisqu'il implique des décisions de style très originales qui sont de faire un jeu muet, en noir et blanc, et à la mise en scène très inspirée du septième art avec nombre de plans sur les visages typiques de Pasolini (bien qu'on apprécie moins la beauté du jeu d'acteur quand les modèles 3D sont du niveau de détail des premiers skins Fortnite) ou des ultra gros plans du malaise initiés par Leone dans ses westerns. L'aspect visuel du projet est donc plutôt efficace, c'est plaisant de voir ces références correctement mobilisées pour les connaisseurs et original de voir des procédés cinématographiques comme le split-screen, la superposition de couche d'image ou des séquences filmées en image réelles qu'on retrouve rarement ailleurs. Le noir et blanc et la luminosité du jeu sont d'ailleurs assez magnifiques sur pas mal de scènes (j'adore l'éclairage sur le fermier pendant le dîner), donc on va dire que visuellement Horses est une réussite.
Maintenant préparez vous à sortir la cravache et à hennir car la forme est bien la seule partie réussie du jeu à mes yeux, tout le reste est un naufrage complet et absolument insupportable qui commence à rendre les petites expériences jeu vidéo indépendantes "d'auteur" complètement insupportables pour moi (je pense à Threshold et Clickolding récemment).
Déjà il va très vite falloir qu'on se mette d'accord sur un point avec les développeurs de jeux vidéos. Le jeu vidéo est un media qui repose sur l'interaction : sur la relation entre une personne et un programme. Pour qu'il y ai une relation avec quelqu'un, il faut qu'il y ai réciprocité. Ma copine aussi a le droit de m'embrasser quand elle en a envie, ça ne fonctionne pas uniquement dans mon sens. Alors est-ce qu'on va pouvoir arrêter une bonne fois pour toutes ces foutues expériences qui sont des foutus couloirs sans aucune marge de manoeuvre pour le joueur a part assister tel un spectateur passif a ce que le développeur veut bien lui accorder en mode "Haha, je suis le mastermind, regarde ce que tu faiiiiiis" alors que justement, manette en main, en terme d'input donc d'interaction avec le jeu, tu ne fais rien du tout !
Tu ne peux pas faire une expérience dont le but explicitement et ouvertement mentionné sur la page GOG du titre est de "tester l'obéissance du joueur" et ne laisser aucun, je ne dis bien aucun choix sur l'intégralité du jeu hormis sûrement une branche binaire à la fin -> sauver les gentils ou écouter les méchants et encore je ne sais pas si j'ai eu une "bonne fin" ou si c'est la seule offerte par le "jeu" et je rajoute des guillemets car encore une fois quand ton offre en interactivité c'est ça on ne devrait même pas te qualifier de jeu. L'obéissance de quelqu'un implique qu'il se soumette face à un choix. L'expérience de Milgram repose sur le fait que le cobaye fini par faire le CHOIX d'infliger une tension léthale face à la force d'autorité. Là tu ne peux pas me demander d'infliger une tension léthale, me faire un choix de QTE "😵💫" ou "😞" et ensuite me forcer à appuyer sur ma touche pour appliquer la tension, ça ne veut rien dire, ça ne fait rien ressentir, et c'est une mésutilisation totale du média jeu vidéo dont la caractéristique fondamentale est d'offrir du choix, de l'interactivité. Quelle indignité quand en 1985 dans Mario Bros un foutu jeu où il faut simplement aller de la gauche vers la droite les développeurs avaient déjà compris qu'il fallait offrir des warp zones bonus pour les gens qui ont l'idée de casser les codes. Comment 40 foutues années plus tard on peut se retrouver sur des expériences sur support vidéo ludiques dont on ne sait même pas vraiment si on pourrait même les qualifier de film tellement la passivité est absolue et encore une fois en opposition totale avec le message qui veut être délivré.
Ça c'est pour la partie interactivité, maintenant penchons nous un peu sur le fond du jeu et son exécution. Toute la proposition du projet est d'être horrifique de par son ambiance, qui se veut extrêmement étouffante, malaisante, troublante, dérangeante. Tellement dérangeante que la police de la morale, les autorités de modération de Steam ont jugé le jeu trop interdit pour une publication chez eux ! Sur leur plateforme où on le rappelle The Coffin of Andy and Leyley propose tranquillement d'incarner une fratrie incestueuse qui tue et mange leurs parents et où Wonderful Everyday offre une belle scène de lycéenne qui se fait v-word par un chien (aucun trigger warning ici, je devrais peut-être en rajouter un au début de mon texte...).
Et au début on y croit un peu à cette ambiance putride. J'apprécie beaucoup le décalage du menu d'accueil, j'ai mentionné au dessus l'esthétique radicale et qui effectivement dégage un truc dérangeant. L'idée de faire tourner pendant (quasi) toute l'expérience un bruit de projecteur de cinéma trop fort c'est sûrement la seule idée de génie du jeu et ça fonctionne très bien, ça donne la sensation de devenir fou, ça prend vraiment la tête et c'est raccord avec toute l'imagerie du projet. Sur le début il n'y a pas trop de musique donc le malaise s'installe......... Et là tout s'effondre dès la première scène, scène pourtant clé de révélation des "chevaux" avec ce bruit de screamer outrancier pour souligner vulgairement et excessivement l'émotion du joueur, forcer ces surimpressions d'images en mode "Houlala tu as bien vu, tu as bien entendu mon effet sonore pour te choquer, tu es bien choqué là hein, tu es bien dérangé" comme si le joueur n'était pas assez grand, pas assez intelligent et qu'on ne pouvait pas le laisser projeter ses propres ressentis sur la révélation principale du concept du jeu. Non, il faut vraiment forcer l'émotion encore une fois, ne laisser aucune interprétation et aucune libre arbitre et dire "tu seras dérangé, point".
Et il se passe autre chose d'extrêmement bancal sur cette même scène. C'est le zoom, volontairement comique, volontairement ridicule, volontairement placé là pour casser l'ambiance sur le "cheval" en train de pisser. Puis séquence d'après, petite course sur musique country ? Mais que veux donc faire le jeu et sur quel pied veut-il danser ? Est-ce que le but était d'offrir une expérience radicale et oppressante ou bien d'offrir un jeu ridicule et comique à la Goat Simulator ? Car je suis désolé mais les deux propositions sont fondamentalement incompatibles, tu peux pas faire un jeu un peu horrifique et extrémiste et en même temps vouloir en faire un defouloir ridicule, léger et sans impact c'est tout simplement antinomique et contradictoire. Tu ne peux pas dire "Prend mon drame au sérieux..." et 10 secondes après "LOL course de cheval humain ! Country music intensifies, sortez les banjos c'est la fête !". C'est un sabotage de très haute voltige, que le projet reproduira à plusieurs reprises lors de son déroulé et qu'il est extrêmement choquant d'avoir claqué dés la foutue première séquence qui doit être dans les 5 premières minutes de jeu. Incompréhensible.
C'est le testament d'une proposition où l'immersion sera tout du long impossible. Jamais Horses ne donne la sensation de jouer à un jeu de psychopathe mais simplement celle de jouer à un jeu "qui veut faire psychopathe" (et qui échoue avec ses mosaïques de pixels ridicules sur les parties génitales, pourquoi ne pas tout montrer si tu veux vraiment être choquant). C'est un échec cuisant surtout si je le met en comparaison avec le jeu "He fucked the girl out of me", que j'ai fait il y a quelques mois, qui avec des contraintes similaires (aucune musique) faisait lui le choix de l'extrême sincérité et offrait une expérience réellement troublante, où transparassait pertinemment et empathiquement les troubles de son auteur. Horses c'est juste du choc pour du choc, de l'amoralité primaire et immature de très bas étage similaire à Andy and Leyley et c'est un coup à vraiment se demander pourquoi Steam a banni un truc aussi ouvertement ridicule.
Le jeu est disgracieux à absolument tous les niveaux, même techniquement des erreurs me semblent sauter immédiatement aux yeux. Les pires portes de l'histoire du jeu vidéo déjà, qui me poussaient constamment, pourquoi faire une ouverture vers l'intérieur c'est ridicule ? Pourquoi mettre un oeil en interface en bas a gauche sur les séquences où on ne peut pas bouger, vous aviez peur que le joueur ne comprenne pas quoi encore ? Pourquoi faire les """choix""" (et j'ai envie d'employer là 10 guillemets) avec des boutons à cliquer plutôt que des mouvements de tête (Oui non avec la caméra) qui franchement auraient suffit, et il me semble que ça aurait là été un peu original comme méthode d'input. Le mauvais goût est partout, dans cette séquence de fellation digne des pires YTP, dans ce final désolant qui signe que le projet est bien une énorme farce, farce qui en prime se prend au sérieux et l'exige du joueur, dans ces séquences illusoires de vide absolu qui demandent de ramasser 5 fleurs toutes séparées de 2 cm. Sans compter que je ne partage absolument pas le message de fin que je trouve délétère,
Qui rappelle les heures les plus sombres avec une belle loi du talion "Fais lui ce qu'il nous a fait", bravo, l'humanité va continuer d'aller loin avec des philosophies comme ça. On peut même voir que c'est après que le héros se soit fait pomper qu'il décide d'éventuellement aider les chevaux. Belle instrumentalisation de la sexualité et des pulsions, mieux vaut ne pas trop réfléchir sur les idées misérables véhiculées par ce jeu.
Horses a la carrure, la finition et l'impact d'un projet de fin de DUT qu'on ne sort jamais ou bien gratuitement sur Itch io. Alors désolé de me sentir floué quand je vois qu'il s'agit bien d'une sortie d'un studio plutôt reconnu dans le milieu indépendant pour ses précédents projets. Quelle différence finalement entre ce jeu et No Mercy, le dernier jeu banni en date de Steam et qui était un visual novel de pur sexe semblant être réalisé pour le tap in, pour la shock value, avec de l'inceste et du sexe non consenti, un vulgaire terrain de jeu sans intérêt pour les fantasmes de son créateur. Horses n'a finalement pas trop de différence sauf que les fantasmes en question seraient le cinéma italien des années 60 et Goat Simulator... Chacun son délire. Comme l'a dit l'autre critique sur ce jeu, la forme de Horses dénote d'un esprit cultivé, d'un certain savoir-faire et d'une bonne efficacité mais le fond et l'exécution du game design du jeu est ridicule, ratée, impertinente. J'attend un nouveau soupir des marges ou que l'homme qui murmure à l'oreille des chevaux vienne me corriger si je me trompe.
Et c'est bien dommage car je veux plus de jeux qui font bouger les lignes, plus d'expériences extrêmes qui repoussent les limites de ce qu'il est possible de faire avec le media jeu vidéo. Média fondamentalement trouble et dérangeant de par l'interaction qu'il offre à la personne qui parcours l'œuvre et enflamme tous les débats de morale et de violence, plus encore qu'avec les films où la passivité du spectateur semble calmer les craintes d'identification et de projection dangereuses. Malheureusement Horses ne relève pas de cette école là, et là où j'aurai voulu une bête sauvage il n'est qu'un petit poney bien sage, bien domestiqué, bien peu subtil et qui offre une oubliable balade enfermée sur l'itinéraire tracé autour du ranch. Déception !
Créée
le 10 déc. 2025
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