Kane and Lynch 2 raconte l’histoire de deux “héros”, Kane et Lynch, qui se retrouvent à Shanghai afin de réaliser un deal d’armes et essayer de toucher le pactole, mais très vite tout périclite.
Le 1er niveau commence dans un immeuble où nous passons de pièce en pièce. Une personne nous accompagnant nous dit “faites attention aux civils”, donc nous ferons attention aux civils. Nous cherchons uniquement notre cible. Nous, en tant que joueur, voulons bien faire, sans comprendre que nous tombons dans le piège de ce jeu.
En effet, ce jeu est une descente en enfer pour nos héros, commençant dans cet immeuble, finissant sans habits, torturés, trahis, perdant ce qui leur est proche, pilotés uniquement par la vengeance.
Cette oeuvre critique la violence (la fameuse qu’on vous sort à toutes les sauces), mais ici le gameplay épouse le message. Les sessions de jeu sont éprouvantes. Rares sont mes sessions qui ont dépassé les 30 minutes, tellement j’avais l’impression de ne plus pouvoir supporter ce jeu. La cause ? Une caméra qui tangue en permanence, des armes qui ne tirent pas droit, des ennemis qui vous one shot, un son qui sature, un écran qui devient taché de sang pour peu que vous vous preniez des balles, des ennemis décapités par un fusil à pompe très violent, des armes qui font chavirer votre caméra (la mitrailleuse notamment), un ton gris rendant le tout monotone, lassant, nous faisant perdre l’impact de ce que nous faisons, comme si cette violence devenait elle-même monotone.
Et les héros sont comme nous, joueurs : “je te promets que c’est fini après ça”, “je t’avais dit que je ne pouvais pas continuer”, “je ne peux plus supporter tout ça”… mais cette violence les rappelle toujours au “devoir”. Dans le jeu, il y a à peine 10 secondes de paix : un repas, immédiatement interrompu par des tirs ennemis.
Nous suivons deux personnes qui ont des liens : Kane avec sa fille, Lynch avec sa femme. Enfin des “liens”… plutôt des personnes qui essayent d’en avoir mais qui ne peuvent pas, du moins pas dans l’intervalle du jeu. En effet, nos héros n’auront aucune interaction avec leurs proches durant le jeu : ce sera uniquement une cavale, pilotée par un besoin presque simiesque de sang, d’argent, de violence.
Nos "héros" servent uniquement d’avatar pour la violence, pour pourrir Shanghai, que ce soit les petites rues ou les gratte-ciels. Le jeu s’arrête immédiatement après leur fuite, nous laissant, nous joueurs (incarnés par cette caméra à la 3ème personne), morts sur cette piste d’avion, nous faisant comprendre que nous avons eu une vitrine sur les événements chaotiques du jeu, mais que nous ne sommes pas acteurs de leur vie. Nous n’avons pas le droit de voir les retrouvailles avec la fille, les jours heureux de nos héros, la happy end, la fin est aussi abrupt que tout le jeu. Nous n’étions là que pour servir d’acolyte à cette violence.
Le tout est montré par cette caméra que nous contrôlons, qui donne l’impression de voir un film en found footage, comme si quelqu’un courait derrière les héros, ce quelqu’un étant nous.
On notera le niveau final dans un aéroport où, à l’instar du 1er niveau, beaucoup de civils passeront sous vos coups de feu : l’intention de bien faire disparaît vite.
Des jeux qui critiquent la violence, il y en a à la pelle. Peu de jeux utilisent leur gameplay afin de faire passer le message. The Last of Us Part II, dans l’idée, évoque la même chose un cycle de la haine qu’il faut casser mais The Last of Us Part II (tout comme Spec Ops: The Line, Hotline Miami, et tous les jeux anti-guerre que vous connaissez) est fun à jouer. Kane and Lynch 2 est franchement éprouvant et peu recommandable.
Le résultat est un jeu franchement très dur à noter : il fait bien ce qu’il veut faire, mais en le faisant bien, le jeu s’empêche d’être fun. Imaginez boire de travers : c’est exactement le sentiment que laisse ce jeu.