Sur le papier, Keeper avait tout le potentiel pour le séduire, en mélangeant un gameplay de promenade linéaire et contemplative à la "Journey", et le plaisir kinesthésique d'énigmes toutes simples, portées par l'humour de ses créatures loufoques et de son univers bariolé, à la "Botanicula.
En pratique, si ces ingrédients se combinent plutôt bien, ce n'est pas quelque chose que j'ai envie de faire pendant 5 longues heures, et c'est la durée artificiellement étirée de Keeper qui l'empêche d'atteindre les sommets d'expériences plus ciselées comme Journey, Inside, Limbo ou Abzû.
Le postulat de base est que vous jouez un phare avec des pattes, accompagné d'un oiseau, et toutes les premières énigmes du jeu consistent à braquer votre phare dans la bonne direction, ou utiliser le "dash" pour casser des obstacles. C'est très limité, les déplacements sont horriblement lents, mais c'est largement compensé par la beauté du jeu qui rivalise avec un Ori par ses décors fascinants et foisonnants.
Et pour s'assurer que vous n'en raterez pas une miette, Keeper a eu l'idée saugrenue de garder le contrôle de la caméra qui se retrouve à souvent regarder dans la mauvaise direction, ou à être trop occupée à vous montrer les décors pour vous permettre de naviguer dans de bonnes conditions. Comme il n'y a pas de vrai challenge, ce n'est jamais dramatique, mais j'ai trouvé ça légèrement désagréable du début à la fin du jeu.
Keeper prend son temps, et c'est sûrement tout à son honneur, mais son gameplay est tellement basique, ses enigmes si peu intéressantes, et sa narration tellement minimaliste qu'il n'a rien d'autre à offrir que l'émoi esthétique de découvrir ponctuellement un nouveau biome. Son histoire ne décolle jamais, il ajoute bien peu de personnages, et la monotonie se fait ressentir après moins d'une heure. Sa mécanique de base est juste trop limitée pour justifier un jeu aussi long, donc ça se répète beaucoup.
De temps à autre, le jeu ajoute une nouvelle mécanique pour diversifier le gameplay, mais ce n'est que très tard qu'il chamboule vraiment la formule, et c'est arrivé bien après le moment où je commençais à m'ennuyer.
Sans trop en révéler, le jeu sort de sa torpeur à un peu plus de la moitié (chapitre 25 sur 38), soit beaucoup trop tard. La magie de ce twist n'opère pas bien longtemps, parce qu'on s'en tape 11 chapitres terriblement répétitifs, aux énigmes redondantes, qui peinent à créer de la nouveauté avec des mécaniques trop basiques.
Et puis d'un coup, le jeu se réveille à une heure de la fin et m'a enfin balancé quelque chose d'excitant. C'était bien trop tard, et certainement pas assez pour que je puisse le recommander, mais ça m'a au moins permis de finir sur une bonne impression.