L'histoire et la mise en scène sont superbes. C'est vraiment ce qui manquait
au premier — une narration maîtrisée, des cutscènes qui ont de la gueule, une
direction artistique cohérente. Les personnages sont attachants même si certains
sont un peu trop caricaturaux. Les musiques sont une merveille absolue, vraiment
sublimes. Les graphismes sont très corrects, les visages restent encore un peu
brouillons mais il y a un vrai progrès depuis le 1. Le jeu tourne bien, bien
mieux optimisé que le premier qui était une vraie galère.
Ce qui m'a vraiment plu c'est la liberté d'approche sur les missions — on peut
faire les choses comme on veut ou presque, et ça c'est une vraie réussite
comparé aux jeux Rockstar qui te prennent par la main en permanence.
Le système de combat est une purge infâme, indéfendable, point. En 1v1 ça passe
à peu près mais dès qu'il y a deux ennemis c'est le chaos, et à trois c'est une
torture. Il n'y a aucun système de lock manuel — le jeu choisit tout seul qui
Henry regarde, et il suffit qu'un ennemi se mette derrière lui pour que ce soit
fini. Ce n'est pas de la difficulté, c'est du foutoir pur. Les assauts de
châteaux sont une catastrophe totale pour cette raison, en particulier le
dernier qui était une horreur absolue.
Les actions de Henry sont beaucoup trop lentes. Même après 100 heures de jeu,
la moindre chose prend des plombes à s'exécuter. L'arbalète par exemple — le
temps de chargement est ridicule, pas réaliste du tout et surtout handicapant
au combat à distance.
Les phases d'infiltration sont moyennes voire complètement impossibles. La
dernière avec Samuel je ne l'ai pas faite sans tricher via la console de
commande, et j'assume totalement parce que c'est Warhorse qui a mal dosé, pas
moi qui ai mal joué.
La boussole manque de précision, la carte manque d'informations, les objectifs
de quête manquent de clarté sur les trajets. Les trajets à cheval sont toujours
aussi mauvais qu'avant.
Et les bugs — les scripts qui ne se déclenchent pas, les PNJ qui se retrouvent
nus en pleine cinématique, les bugs de son. Ce jeu n'est pas fini, c'est pas
possible autrement.
Dans le premier, Henry était un nobody écrasé par l'Histoire. On se sentait
spectateur d'événements qui nous dépassaient, et c'était ça qui sonnait juste —
historiquement et narrativement. Dans le 2, Henry devient progressivement un
acteur central, presque héroïque, au cœur d'enjeux géopolitiques majeurs. On
perd cette qualité d'écrasement, ce sentiment que l'Histoire ne nous appartient
pas. C'est plus confortable, plus cinématographique, mais moins honnête.
Markvart dans le 1 était un commandant qui se salissait les mains par nécessité,
pas par méchanceté — c'était ça qui le rendait intéressant, cette complexité
grise. Dans le 2 il devient le bras droit du roi qui assume d'être malfaisant.
Toute la nuance disparaît pour le rendre plus facilement antagonisable. Même
chose pour Sigismond : historiquement c'est un personnage bien plus gris qu'un
roi qui gueule sur ses sujets, et le jeu choisit la version simplifiée.
L'histoire tourne en rond passé 60 heures et la conclusion est une semi-fin qui
laisse sur sa faim. Pour 100 heures de jeu, on méritait mieux.
── LA VF ET LE MÉPRIS DU TRAVAIL HUMAIN ───────────────────────────────────────
La VF est catastrophique. Certains comédiens de doublage font vraiment le
travail et ça s'entend, mais une majorité des PNJ importants ou non ne le font
pas — et il n'y a pas de meilleur moyen de casser l'immersion.
Et maintenant on sait pourquoi. Le 27 mars 2026, Warhorse a licencié Max
Hejtmánek, leur traducteur tchèque-anglais en poste depuis presque quatre ans,
pour le remplacer par de l'IA. Sans préavis. En lui annonçant que son poste
était "obsolète". Ça, alors que KCD II venait de dépasser les 5 millions
d'exemplaires vendus.
Warhorse n'a pas nié les faits dans leur réponse officielle. Ils ont juste dit
qu'ils étaient "un studio axé sur le talent". Le talent, apparemment, ça a un
prix qu'une IA peut faire baisser.
Je n'ai désormais plus aucune estime pour ce studio. Faire un jeu qui se veut
minutieux, historiquement rigoureux, narrativement exigeant — et virer le
traducteur humain pour faire des économies sur le dos de son propre succès —
c'est une contradiction morale qu'on ne peut pas défendre.
Kingdom Come Deliverance II est un jeu magnifique et profondément frustrant.
Magnifique pour son monde, ses musiques, son ambiance, sa narration visuelle.
Frustrant pour tout le reste — un système de combat inachevé, des bugs
inexcusables, une narration qui perd ce qui faisait la force du premier, et
derrière tout ça un studio qui choisit de licencier ses artisans au sommet de
son succès commercial.
Je ne regrette pas les 100 heures. Mais je ne ferme pas les yeux non plus.