Amis du frisson, bonsoir ! Aujourd'hui, je vais vous parler de Luto, un jeu qui ne manque pas d’intérêt, d’autant plus que c’est le premier jeu du studio. Et croyez-moi, pour un démarrage, il y en a qui ont déjà fait bien pire ! Ça fait 30 ans que je joue aux jeux vidéo et je peux vous le dire : Luto cache vachement bien son jeu. Alors, est-ce la surprise de cet été 2025 ou juste un jeu de couloir qui ne mène nulle part ? Il est temps désormais de se plonger dans le noir !
Luto est un jeu référencé comme d’horreur et plus précisément d'horreur psychologique, sorti le 21 juillet 2025 sur Steam et l’Epic Games Store, avec une sortie décalée au 22 juillet sur Xbox Series et PlayStation 5… c’est cette version que j’ai testée ici. Le jeu pèse seulement 22 Go pour moins d’une dizaine d’heures de jeu, avec une version en anglais sous-titrée en français. Il a été créé par Broken Bird Studio. D’origine espagnole et fondé en 2020, l'équipe se décrit comme passionnée par les expériences narratives.
Si vous désirez plus de détails sur le financement du jeu, sachez qu’ils ont pu bénéficier du Plan de reprise et de résilience (PRR), dont l’objectif est de relancer l’économie européenne. Ce plan intègre notamment le soutien au secteur du jeu vidéo pour certains projets triés sur le volet.
Concernant l’histoire, vous incarnez Samuel et vous allez déambuler dans une maison dont vous ne pouvez pas sortir. Vous y découvrirez petit à petit des événements familiaux afin de comprendre qui vous êtes et pourquoi vous êtes là. Vous avez un narrateur qui, comme vous, évoluera dans son discours, un peu comme dans l’excellent Stanley Parable, à la différence que dans Luto, tout est scripté. L’histoire aborde des thématiques difficiles comme le deuil, la culpabilité et la dépression. D'ailleurs, le jeu vous avertit juste avant de commencer la partie avec un encart vous invitant à prendre vos distances avec l'expérience au cas où vous seriez…Sachez que cette histoire, pour l’avoir totalement terminée, est un des moteurs qui vous fera finir le jeu ! Elle est intrigante, introspective et parsemée de questions et d'allusions, au point de perdre volontairement le joueur, qui doute à tout instant de ce qui est réel et de ce qui ne l’est pas. Même si vous avez un fil conducteur, l'intrigue ne s’offrira pas facilement, car dans ce jeu, c’est la narration environnementale qui raconte 90 % de l’histoire.
Luto est un walking simulator, mais pas seulement. Votre périple sera entrecoupé par des énigmes environnementales. Elles vous feront déambuler plusieurs fois dans cette maison, qui va vous en faire voir…de toutes les couleurs ! Aucune ne se recycle, et ça, c’est une bonne nouvelle, car chacune demandera une réflexion différente. Globalement, elles sont bien construites et intuitives, mais certaines peuvent s'avérer frustrantes, car elles vont à l’encontre de la narration qui consiste à désorienter le joueur. Et vous savez le pire ? C’est totalement voulu par les développeurs ! J’y reviens à la fin de cette critique.
Les actions possibles sont très sommaires : on peut marcher lentement ou… marcher plus vite, interagir avec quelques éléments du décor pour les examiner de plus près, et… c’est presque tout. On ne peut pas sauter, pas de combat, pas d’armes (on s’amuse comme des fous, non ?). On ne peut pas non plus mourir, mais cette rigidité est contrebalancée par la narration environnementale, qui est le plus gros point fort du jeu.
Est-ce que le “show don’t tell” vous parle ? C’est une maxime utilisée généralement dans d'autres milieux artistiques, notamment le cinéma. Pour faire simple, une scène sera plus impactante si le spectateur la comprend ou l’interprète par ce qu’il voit plutôt que par ce qu’on lui dit. Et c’est exactement cette philosophie qui est utilisée pour la narration. Par exemple, le jeu utilise des collectibles, des post-its, des croquis, la lumière… bref, tout ce qui touche à l’environnement va vous offrir des clés de compréhension concrètes et souvent abstraites. Et c’est là malheureusement le revers de la médaille, en jouant à Luto, il faut accepter de se perdre dans cette histoire qui va vous retourner le cerveau, de sortir de sa zone de confort… Il faut jouer le jeu, et c’est pour cette raison qu’il s’adresse à un public de niche plutôt qu’au grand public. La mise en scène n’est pas en reste et gagne en intensité au fur et à mesure des chapitres. Elle propose toujours de nouvelles idées fraîches et rafraîchissantes qui m’ont personnellement fait réagir malgré la lourdeur des thèmes abordés.
Le cinéma fait partie intégrante de la direction artistique, pour favoriser une immersion maximale. Pas de HUD, esthétique réaliste, ajout du grain spécifique au film sur pellicule, impression d’avoir une caméra à l’épaule quand vous vous déplacez, et surtout ces bandes noires offrant un format cinémascope du plus bel effet. Côté musique… elle brille par son absence, et c’est une bonne chose, car elle apparaît seulement de manière ponctuelle pour appuyer l’atmosphère. En revanche, vous serez servis pour les bruitages, allant des simples pas sur le parquet ou la moquette jusqu’aux cris bien malsains, et même cette saloperie de désodorisant…désormais, je souffre d’épilepsie à chaque fois que je m’asperge les dessous de bras.
Est-ce que je vous recommande Luto finalement ? La bonne question serait plutôt -> êtes-vous prêt à vous faire malmener dans un walking sim à la narration intrigante et somptueuse ? Car qu’on le veuille ou non, la proposition de Broken Bird est atypique et surprendra ceux qui se donneront la peine de “subir” un gameplay lent et rigide, avec des énigmes parfois tirées par les cheveux. Maintenant, j’ai un aveu à vous faire, à la base, j’avais divers défauts à citer dans ce test, mais certains sont présents volontairement afin de sublimer le récit et remettre en question les clichés du médium. Même si ce voyage parle de la mort, du deuil, de la dépression et de la culpabilité… au final, c’est les yeux remplis d’admiration et le sourire aux lèvres qu'on termine l'histoire. Luto n’est certainement pas le jeu de l’année, mais il a une sacrée paire d’audace, et rien que pour ça… respect !