4131 6712 1221
On souffle un bon coup dans la cartouche, on lance le bouton power et c'est parti; le logo Capcom s'affiche avec son petit jingle, un texte défile alors à l'écran présentant les spécificités...
Par
le 7 mai 2011
5 j'aime
3
Sorti en 1993 sur Super Nintendo, Megaman X ne se contente pas d’être une simple suite spirituelle de la célèbre saga des Megaman de la NES : il en est une refondation. Loin de l’itération paresseuse, cet épisode constitue une réinvention profonde du mythe, une mutation assumée qui épouse les codes de la modernité tout en les transcendant, et dont la maîtrise formelle force encore aujourd’hui le respect. À l’heure où la Super Nintendo atteignait une certaine maturité technique, Megaman X s’impose comme une œuvre charnière, synthèse équilibrée entre tradition et ambition, rigueur et frénésie, exigence et accessibilité.
Ce qui frappe d’emblée, c’est la clarté limpide de sa direction artistique. Si les limitations techniques de la 16-bit imposaient encore des contraintes, elles sont ici sublimées par une esthétique cohérente, un univers cybernétique aux lignes épurées, un bestiaire redoutablement charismatique. Chaque niveau, chaque boss, chaque élément de décor semble avoir été conçu avec un soin maniaque, où l’économie de moyens se convertit en force d’évocation. L’ensemble respire une forme d’élégance mécanique, à la fois froide et exaltante, où les éclats chromatiques répondent aux teintes métalliques avec une harmonie rarement égalée dans le registre de l’action-plateforme. Le tout soutenu par une bande-son d’une densité remarquable, oscillant entre rock synthétique et tension dramatique, qui impulse au jeu une énergie constante et galvanisante.
Mais la beauté seule ne suffit pas à faire œuvre. Ce que Megaman X accomplit surtout, c’est une transformation en profondeur de la structure ludique de la série. Là où les épisodes NES imposaient une rigidité parfois punitive, cet opus déploie une souplesse nouvelle. Le personnage de X, héritier du Blue Bomber mais doté d’une mobilité accrue, marque l’entrée dans une ère de verticalité maîtrisée, grâce à l’introduction du saut mural – geste simple mais fondateur, qui révolutionne l’architecture des niveaux. Cette mécanique confère aux parcours une richesse renouvelée, un dynamisme perpétuel qui transforme la traversée en chorégraphie, où chaque plateforme devient un choix, chaque action une promesse. La fluidité du gameplay atteint ici une forme d’évidence, comme si la manette disparaissait au profit d’une symbiose entre le joueur et l’écran.
L’équilibrage général témoigne également d’une intelligence de conception rare. À la différence d’autres jeux de l’époque, où la difficulté masquait parfois la pauvreté de contenu, Megaman X propose un défi exigeant mais jamais injuste, une courbe d’apprentissage pensée avec rigueur. Le jeu récompense l’expérimentation, invite à la maîtrise plutôt qu’à l’acharnement, et distille avec parcimonie des améliorations qui renforcent le sentiment de progression. Le joueur, loin d’être puni, est élevé – dans tous les sens du terme – par un système qui valorise la persévérance et la découverte. La possibilité de choisir l’ordre des niveaux, tout en conservant une logique stratégique liée aux faiblesses des boss, confère à l’ensemble une ouverture salutaire, sans jamais sacrifier la cohérence interne du jeu.
Certes, tout n’est pas exempt de reproches. La relative brièveté de l’aventure – à peine quelques heures pour un joueur averti – pourra sembler frustrante, surtout face à une telle qualité d’exécution. De même, la narration, bien que plus développée que dans les épisodes précédents, reste cantonnée à un rôle fonctionnel, délaissant une véritable ambition dramatique que certains éléments du lore laissent pourtant entrevoir. L’antagoniste Sigma, tout charismatique qu’il soit, n’atteint jamais la densité narrative des grands méchants du médium. Toutefois, ces limites, bien réelles, paraissent secondaires face à la maîtrise d’ensemble de la proposition ludique.
Car au fond, Megaman X brille moins par ce qu’il raconte que par ce qu’il incarne : un tournant, une vision, un idéal vidéoludique d’efficacité et de style. C’est un jeu qui ne trahit jamais son héritage, tout en osant s’en affranchir ; un jeu qui comprend les besoins de son époque sans renier l’héritage du passé. Cette tension féconde entre continuité et rupture irrigue chaque instant de l’expérience, et confère à Megaman X une aura de modernité intacte. En s’ouvrant aux possibilités du futur sans renier la rigueur du passé, il trace un sillon qui influencera durablement le genre de l’action-plateforme, et qui demeure, plus de trente ans après sa sortie, une leçon de game design à l’état pur.
On n’entre pas dans Megaman X comme on feuillette une relique, mais comme on allume une mèche encore vive. C’est un jeu de son temps, mais surtout au-delà de son temps, un chef-d’œuvre de transition qui n’a rien perdu de sa superbe, ni de sa pertinence.
Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à ses listes Les meilleurs jeux Super Nintendo, Les meilleurs jeux de plates-formes, SNES = Secretly Nintendo Enc...*ahem* Sega, Les meilleurs jeux 16 bits et Les jeux finis le plus de fois
Créée
le 24 juil. 2025
Critique lue 6 fois
1 j'aime
On souffle un bon coup dans la cartouche, on lance le bouton power et c'est parti; le logo Capcom s'affiche avec son petit jingle, un texte défile alors à l'écran présentant les spécificités...
Par
le 7 mai 2011
5 j'aime
3
MEGAMAN: Une série que j'ai connu avec le premier opus sur la Game Boy Color d'une connaissance. J'adorais le concept de cette série,à savoir,choisir ses niveaux dans l'ordre que l'on veut. Mais il...
Par
le 22 août 2016
4 j'aime
Pour commencer Je ne sais même pas par quoi réellement commencer tellement ce jeu à eu une grande influence sur mon parcours vidéoludique , si ce n'est faire la présentation classique pour les...
le 18 janv. 2018
3 j'aime
4
Je vous écrirais bien une critique sur Fight Club, mais je n'en ai pas le droit.
Par
le 23 oct. 2016
53 j'aime
6
The Rooftop Bar, Downtown LA, 8H23 p.m., 13 mars 2013. Hey, bonsoir monsieur Colin ! Salut Moe. Une Tequila s'il-te-plait. Tequila ? Comme ça, direct ? Vous avez des soucis au boulot ? Y vous font...
Par
le 19 juin 2015
37 j'aime
17
SensCritique, parfois, tu m'étonnes. Tu m'étonnes parce qu'à l'heure où j'écris ces lignes, tu octroies la note de 6,4 à X-Men : Apocalypse. Alors certes, 6,4 sur plus de 2600 notes en l'espace de...
Par
le 24 mai 2016
36 j'aime
29