C’est dingue mais en Europe pour trouver des bons jeux, il faut systématiquement aller à l’Est de l’Europe. Que ce soit les Polonais (CyberPunk 2077, The Witcher 3, Call of Juarez, Darkwood), les Ukrainiens (Stalker, la saga Metro), les Tchèques (Kingdom Come : Deliverance), les Estoniens (Disco Elysium), les Russes (Escape Frome Tarkov) ces pays sont capables de produire des jeux en dehors du temps et des considérations politiques de l’occident actuel. Vous me rétorquerez qu’en Europe de l’ouest aussi on fait des bons jeux, en me citant par exemple l’excellentissime Baldur’s Gate 3, développé par les Belges de chez Larian Studios, et vous auriez raison. Mais je dois avouer que je préfère la mentalité, l’atmosphère, les partis pris des studios appartenant à une Europe qui n’a pas encore décidée de mourir complètement. Enfin, je rappelle que j’adore une bonne partie des productions françaises, notamment la direction artistique des jeux français quelque soit le genre ou le studio aux commandes. Il y a un « truc » chez les Français qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Bref, je m’égare.
Ici ce sont des Ukrainiens aux commandes de cette bombe qu’est Metro Exodus sorti en 2019. Il s’agit d’une suite à Metro 2033 et Metro Last Light, deux excellents titres également dont vous pourrez lire mes critiques si vous le désirez. J’ai joué à la version améliorée, quelle claque visuelle ! 4A Games est à l’origine d’un moteur, certes très difficile à faire tourner pour les petites configurations PC, mais tellement beau, tellement détaillé et réaliste. Comme les épisodes précédents, nous sommes dans un jeu FPS solo orienté immersion et narration. Au cours de votre partie, vous ne quitterez jamais les yeux d’Artyom, le protagoniste principal, par lequel vous vivrez tout un tas d’aventures. L’idée dans Metro Exodus est de tenter de fuir le métro moscovite dans lequel les personnages sont réfugiés depuis plusieurs décennies afin de découvrir le monde extérieur postapocalyptique d’où le titre : exode. Dans cet épisode, vous allez donc découvrir des environnements bien plus ouverts qu’auparavant et je dois dire que la transition entre les couloirs de métro angoissants et étouffants avec les grands espaces a été gérée avec brio par le les développeurs. On est loin d’une conception d’un monde ouvert à la Breath of The Wild car l’objectif principal de 4A Games reste l’immersion et le scénario Très dirigiste, parce que très narratif, Metro Exodus est un bijou de game design. Les développeurs par la magie du décor, des environnements forçant certaines animations, parviennent toujours à développer l’histoire et à focaliser l’attention du joueur sur le sort d’Artyom. Le souci du détail est permanent, un grand soin est apporté à chaque détail, à chaque animation, à chaque personnage, c’est un bonheur si vous aimez le genre. Niveau maniabilité sur PC, le jeu se prend très facilement en main. C’est un FPS classique, le personnage n’a pas de mobilité non conventionnelle, il est même assez lourd de par son équipement de survie. Vous aurez, en plus des armes traditionnelles, tout une palette de touches à mémoriser pour mettre ou retirer une cartouche d’oxygène, remplacer sa cartouche d’oxygène dans les milieux hostiles quand celle-ci est épuisée, nettoyer la saleté sur la visière de votre casque, allumer votre lampe électrique qu’il faut parfois recharger manuellement, allumer votre briquet pour vous débarrasser des toiles d’araignées, se soigner etc. Il y a aussi toute une dimension fabrication d’objets à prendre en compte puisque vous allez passer un temps considérable à ramasser divers composants qui vous serviront à fabriquer des kits de soin, des munitions, des objets de lancer (couteaux, molotov, bouteilles de diversion) etc. Des ateliers destinés à la fabrication sont disséminés tout au long du jeu afin de nettoyer vos armes (car sales elles s’enrayent) et d’améliorer également celles-ci ou vos équipements (gilet, masque à gaz). Amélioration qu’il faudra impérativement dénicher dans l’immensité des niveaux qui vous attendent car elles ne se fabriquent pas. Donc un gameplay très agréable à prendre en main, un poil technique au départ mais on s’y fait très vite. Les sensations de tirs sont bonnes, elles l’ont toujours été dans cette série. Il faut garder à l’esprit qu’il y a une volonté de réalisme et de simulation dans ce jeu un peu comme dans Escape from Tarkov. En effet, on est très sensible aux dégâts, quand on s’arrête pour gérer son inventaire, le personnage met un genou à terre et ouvre en temps réel son sac à dos, les armes sont sensibles à la saleté et s’use avec l’usage répété etc. Enfin pour ce qui est de l’histoire, j’ai vraiment apprécié ce voyage au cœur de la Russie. On partage beaucoup de moments de vie entre les missions avec tous les PNJ attachants et avec la femme d’Artyom. Les développeurs sont parvenus à créer une ambiance, un univers crédible autour de ces personnages en quête d’un monde meilleur. Attention cependant au karma. Fidèle aux précédents opus, vos actions auront un impact sur la fin du jeu mais aussi sur la destinée de vos camarades. Un conseil : quand les PNJ vous demandent d’éviter de faire un génocide dans telle ou telle base adverse, suivez leur conseil si vous ne voulez pas vous taper une fin dégueulasse ! Enfin, cela est libre à chacun et c’est en cela aussi que le jeu est une belle réussite. Pas de jugements moraux sur vos actions mais il faut assumer les conséquences de ses choix. En ce sens, vous pourrez alterner à loisir entre des phases d’infiltration et des phases plus bourrines. En quelques mots, voici les points forts et faibles de ce Metro Exodus :
Points forts :
- Immersion/ambiance
- Animations
- Narration/Histoire
- Les personnages attachants
- Qualité graphique/soin donné aux détails
- Système de karma
- Sensation des armes
- Musique
Points faibles :
- Peu de variété dans le choix des armes
- IA perfectible (aveugle ?) pendant les phases d’infiltration
- Conduite de la barque
- Système de ressources pour la fabrication/réparation
Pour conclure, j’adore cette licence. Plus les années passent plus je me dis que les FPS narratifs, c’est mon truc. En fait, je reviens presque à mes amours de jeunesse avec Perfect Dark, GoldenEye, Half Life, Turok 2 qui étaient aussi des FPS centrés sur la narration avec des personnages muets (Artyom est muet) et qui sont ballottés malgré eux dans des péripéties incroyables. Metro Exodus est un excellent titre si vous aimez le genre, doté d’une réalisation impeccable, d’une technique de haute volée même encore aujourd’hui, d’un scénario postapocalyptique solide présenté par une galerie de personnages attachants et d’un gameplay certes peu innovant, mais convaincant. Si vous avez appréciez les épisodes précédents vous devriez aimer Metro Exodus. Les environnements ouverts donnent un peu de souffle à la licence mais les développeurs n’oublient pas les aficionados des couloirs sombres et tortueux car plusieurs chapitres au cours de l’aventure nous ramènent au métro. Bref, je n’en dis pas plus. Allez découvrir cette pépite à petit prix (30 euros sur Steam et 6 euros ailleurs…) !