Ses qualités ont été longuement développées par le public et la critique : bande-son de qualité (sans être transcendante non plus), scénario assez linéaire mais attachant, gameplay intuitif alors qu’il peut paraître complexe au premier abord, etc.
Maintenant, ses défauts, car il semble, selon moi, que la critique ne s’appuie pas assez dessus.
Pourquoi l’URSS ? Pourquoi cette temporalité et cette localité si singulière ? Parce que les programmes de forages en profondeur étaient récurrents en URSS, secrètement protégés et encore aujourd’hui mystérieux, me rétorqueront certains. C’est tout ? L’URSS fait des forages, donc le jeu se passe là-bas ?
Et c’est ici que, me semble-t-il, le jeu rate précisément quelque chose. L’URSS n’est qu’un décor dans MOLE : ça aurait pu être les USA, la France ou l’Espagne, ça ne change pas grand-chose au scénario. Alors oui, ça fait de jolies affiches « Nous, camarades, nous creuserons » et apporte un peu d’exotisme aventurier pour l’Occidental moyen, mais rien de plus. Le scénario ne mobilise pas son environnement alors que, justement, il y avait quelque chose à faire !
Je ne parle même pas de l’incohérence du scénario : Victor doit rembourser une entreprise de soins à laquelle il est endetté, ce qui est très improbable, voire impossible, en URSS, où les soins étaient pris en charge par l’État. On dirait plutôt un mauvais préambule de Breaking Bad, sauf qu’en effet, aux USA, les assurances privées existent et la cohérence est donc de mise.
Et enfin, un énième scénario articulé autour d’une histoire individuelle : un homme veut sauver son enfant, mais en fait, il ne fait qu’empirer les choses en essayant de le « sauver ». Bla bla, sortez les mouchoirs.
Or, le décor — l’URSS — offrait un scénario absolument formidable : la rencontre entre la civilisation socialiste et une entité surnaturelle ! Quelle va être leur réaction ? Incompréhension ? Refus de concevoir qu’une telle entité existe (les Soviétiques ayant été fortement laïcisés) ? Faire front commun dans un esprit de camaraderie soviétique ou embrasser l’individualité la plus égoïste ?
Enfin, comment ne pas mentionner que les développeurs avaient l’opportunité de créer une ambiguïté magnifique avec cette créature : est-elle dangereuse ? Veut-elle vraiment le mal ? Après tout, cette dernière souhaite aider Viktor dans son projet, le sauve lorsque ses cauchemars l’attaquent et souhaite « libérer » l’humanité ! Mais non : gros texte rouge agressif quand elle parle et énorme sourire qui lui déchire les joues quand elle apparaît sous la forme d’un ange…