Je ne l’ai pas fini et franchement, je crois que je ne le finirai jamais.
Mais ça me suffit pour l'aimer!
Mais c’est précisément ce qui fait la force de Noita. Il ne te mène pas vers une fin. Il te pousse, il te défie, il t’écrase parfois, et il te laisse là, dans la boue, l’huile et le sang (souvent le tien, lol) en te murmurant : "Tu veux encore essayer ?".
Et oui, on y retourne.
Parce que ce n’est pas une promesse de victoire qu’il t’offre, mais celle de l’inconnu.
Pour vous le faire comprendre, j'aimerai limite vous le raconter en histoire. Vous montrer une run type, parce que pour le coup, il faut vraiment le vivre!
Ce jeu, c’est de la magie brute. Non pas au sens des RPG classiques où la magie est une compétence qu’on améliore gentiment. Ici, c’est une matière première.
Elle brûle, elle dégouline, elle électrise, elle détruit tout, toi y compris. Cette physicalité est vertigineuse. Noita fonctionne comme un simulateur d’éléments qui auraient perdu la raison. Chaque pixel a un poids, une réaction chimique, une inertie. L’eau éteint le feu, mais se transforme en vapeur, la glace craque, le pétrole enflamme toute une caverne sans prévenir. Et toi, là-dedans, tu flottes, fragile alchimiste perdu dans un monde en fusion.
Et pourtant, on se prend à y croire.
À penser que cette fois, cette baguette, ce sort, cette potion, cette rune... c’est la bonne. Et parfois, ça l’est. Jusqu’à ce qu’un projectile ricoche sur une paroi, qu’un ennemi droppe un liquide inconnu, que ta propre explosion te revienne en pleine tête. Tu ris, tu râles, tu relances.
L’ambiance, elle, est presque silencieuse. Et c’est ça qui est glaçant. Pas de musique pompeuse, pas de grandiloquence, juste une nappe sonore discrète, des échos, des ruissellements et parfois un silence pur, suspendu, juste avant l’horreur. Ce calme avant la tempête, Noita l’a compris mieux que beaucoup. Il t’attend dans ce silence, pour te faire exploser à la seconde suivante.
Ce que j’aime aussi, c’est ce flou. Le jeu ne t’explique rien, ne tient pas ta main. Tu apprends par l’échec, par la curiosité, par l’observation. Chaque potion testée est un pari, chaque nouveau sort une potentielle catastrophe. Il y a un plaisir masochiste à se faire surprendre par ses propres créations.
Quelque part, c’est un jeu qui t’oblige à respecter ce que tu ne comprends pas.
À reconnaître que tu ne contrôles rien. Tu t’adaptes, ou tu meurs.
Et puis il y a cette sensation étrange de se raconter ses propres runs. Un peu comme quand on sort d’un cauchemar et qu’on le raconte à moitié, les yeux encore embués. "J’avais une baguette qui faisait pleuvoir de l’or mais elle explosait quand je marchais. Et j’ai tué un boss sans le voir. Et puis je suis mort en glissant sur de l'huile, dans une salle piégée…" Aucun run ne se ressemble ET C'EST LE SAINT GRAAL DU ROGUELIKE.
Je crois que c’est pour ça que j’y retourne. Pas pour progresser, pas pour finir. Juste pour vivre une histoire différente. Encore. Et encore.
Noita, c’est le genre de jeu qui ne plaît pas à tout le monde. Il ne cherche même pas à plaire. Il est exigeant, ingrat, impitoyable.
Mais si tu acceptes sa logique (logique, qui est parfois bien à lui) il devient hypnotique. Et même sans jamais atteindre la fin, on peut dire qu’on a vécu quelque chose. Franchement, qu’est-ce qu’on peut demander de plus à un jeu vidéo ?