Quelle bonne surprise fut ce petit RPG finissable en 8h environ, dont je n'attendais rien de particulier. J'ai appris entretemps que sa version originale sortie en 2008 fut l'une des influences pour Undertale, ce qui n'a rien d'étonnant lorsqu'on voit le type de gameplay, son humour un peu méta, sa manière de jouer avec les codes du genre, et bien sûr les dilemmes moraux qu'il pose aux joueur·euses.
J'ai tout de suite été happée par l'univers graphique très identifiable (et qui n'est pas sans nous rappeler celle d'undertale une fois encore) : couleurs fluo, vue isométrique en 2D, décors simplifiés, chara design souvent glauque et/ou horrifique, etc.
Le jeu fonctionne selon une alternance entre des combats en tour par tour (jamais vraiment insurmontables) et des énigmes qui, elles, peuvent se montrer plus complexes. On y incarne le personnage du Batteur, un homme habillé en joueur de baseball, chargé de la mission divine de "purifier le monde".
Le lore se complexifie peu à peu, et nous découvrons un univers contaminé non seulement par les spectres et les monstres, mais surtout par une artificialité qui semble découler de la transformation du monde par le capitalisme. La terre, l'air et l'eau dont nous pensions être entourés se révèlent être du métal, de la fumée et du plastique liquide. Les habitants de ce monde désolé n'ont pas d'autres horizons que le travail, la productivité, et la consommation compulsive de viande et de sucre. Ces ressources sont issues de l'exploitation de travailleurs aliénés, ou directement de cadavres sanguinolents d'animaux.
À cela s'ajoute le récit familial au cœur de l'intrigue :
On découvre que le Batteur est une version idéalisée du père d'un petit garçon, Hugo. Il est venu "purifier" tout ce que la mère de celui-ci (dont la version idéalisée, la Reine, est le boss final) a pu construire, en refusant de voir qu'il est en train de tout détruire, jusqu'à tuer son propre fils. Comme Undertale, OFF nous fait incarner un personnage qui va faire les mauvais choix, qui va s'entêter dans une quête destructrice et meurtrière, jusqu'à éradiquer tout ce qui existait, quand bien même il s'agissait d'un monde corrompu. L'ultime action de la première fin est d'éteindre l'interrupteur (switch OFF) et plonger le monde dans les ténèbres.
Si l'on pourrait y voir une posture cynique, voire nihiliste, encourageant à abandonner espoir face à la transformation catastrophique du monde, il me semble plutôt que OFF nous démontre par l'absurde quels sont les écueils à éviter pour bâtir un monde meilleur. Et il nous le fait vivre de l'intérieur.
Ni la Reine (à la tête d'un empire capitaliste) ni le Batteur (partisan d'une destruction pure et simple) ne proposent une voie souhaitable pour le monde et ses habitants, ni le père ni la mère ne parviennent à rendre leur enfant heureux.
C'est une autre voie qu'il faut adopter. Le jeu nous encourage à nous écarter de tout ce qu'il représente sous des formes horrifiques : le capitalisme, l'exploitation animale et la famille nucléaire.