Platform 8
6.4
Platform 8

Jeu de Kotake Create et Playism (2024 · PC)

Il y a quelques temps, j'écrivais sur The Exit 8, un petit jeu qui m'avait marqué par sa capacité à transformer un concept minimaliste en véritable expérience anxiogène. Un couloir, une succession de portes, quelques anomalies à repérer… et surtout cette sensation étrange d'être observé, de douter de ce que l'on voit, de ne jamais être totalement sûr de soi. Une idée simple, mais exécutée avec une efficacité redoutable.

Avec Platform 8, la recette est très proche. Trop proche peut-être. On retrouve cette volonté de jouer avec notre perception, de nous enfermer dans un espace banal qui devient progressivement inquiétant. Cette fois, le décor change : on quitte le couloir d'une station de métro pour prendre place dans un train qui semble ne jamais vouloir arriver à destination. Les wagons deviennent un théâtre de l'étrange, où chaque détail peut cacher quelque chose d'anormal.

Et sur ce point, il faut reconnaître une chose : le jeu fonctionne extrêmement bien.

L'ambiance est particulièrement réussie. Il y a quelque chose de profondément dérangeant dans ces espaces ordinaires qui commencent doucement à perdre leur logique. Le jeu ne cherche pas forcément à nous faire sursauter toutes les trente secondes. Il préfère installer un malaise diffus, cette impression qu'un détail nous échappe, qu'une présence est là sans jamais se montrer complètement. C'est un type d'horreur que j'apprécie beaucoup : une horreur de l'attente, du doute, de la paranoïa.

Le problème, c'est que cette efficacité dans l'ambiance ne suffit pas toujours à faire un bon jeu.

J'ai rapidement été confronté à une difficulté qui m'a beaucoup sorti de l'expérience : je ne comprenais pas réellement comment valider les anomalies. Peut-être que le problème vient de moi. Peut-être que j'étais trop marqué par mon expérience avec The Exit 8, qui repose sur une mécanique finalement différente. J'étais encore dans les réflexes du premier jeu, à chercher les mêmes types d'indices, à appliquer une logique qui n'était plus forcément la bonne.

Mais au bout d'un moment, la frustration a pris le dessus. J'ai fini par chercher une solution.

Et c'est là que le jeu a perdu une grande partie de son intérêt pour moi.

Il y a des jeux où consulter un guide peut simplement débloquer une situation. On obtient une information, une direction, une petite aide qui permet de continuer l'aventure sans gâcher le plaisir de la découverte. C'est par exemple ce qui m'est arrivé avec Blue Prince : un jeu dont certaines mécaniques sont tellement complexes qu'un guide devient presque indispensable pour certains joueurs. Pourtant, même accompagné, il reste toujours quelque chose à chercher : l'exploration, l'organisation, la réflexion, la gestion de ses ressources. Le plaisir ne disparaît pas complètement.

Avec Platform 8, j'ai eu une sensation différente. Le guide ne m'a pas seulement aidé à comprendre une mécanique. Il m'a révélé ce qu'il fallait voir. Et une fois que l'on sait où regarder, une partie du mystère disparaît immédiatement. L'intérêt principal du jeu repose justement sur cette découverte progressive des anomalies. Se faire expliquer les réponses, c'est un peu comme regarder quelqu'un résoudre une énigme à notre place.

Alors forcément, je me pose la question : est-ce que le problème vient de moi ? Est-ce que j'ai simplement abordé le jeu avec de mauvaises attentes après avoir joué à The Exit 8 ? Est-ce que c’est la chaleur qui m’a fait fondre le cerveau ? (oui oui il fait 40°C dehors !)

Ou est-ce que Platform 8 souffre réellement d'un problème de calibration ?

Parce qu'il y a une différence entre proposer une expérience exigeante et laisser le joueur dans le flou. La difficulté peut être stimulante quand elle pousse à observer, réfléchir, expérimenter. Mais elle devient plus discutable quand elle empêche de comprendre les règles du jeu. Dans un titre aussi court, où toute la magie repose sur la surprise et la découverte, ce dosage est particulièrement important.

Malgré cette déception, je ne regrette pas complètement l'expérience. Certaines séquences m'ont marqué, et le travail sur l'atmosphère est oppressante à souhait.

Mais là où The Exit 8 m'avait donné envie d'observer encore et encore, Platform 8 m'a finalement donné envie de comprendre trop vite. Et dans un jeu basé sur le doute, c'est peut-être le plus gros problème qu'il pouvait rencontrer.

Tant pis pour moi ? Peut-être.

Mais un bon jeu doit aussi réussir à accompagner le joueur dans son expérience. Et parfois, la frontière entre mystère et frustration est beaucoup plus fine qu'on ne le pense.

Avec cette chaleur, on va aller se réfugier à la bibliothèque. Clic !

SuperBreizhMan
5
Écrit par

Créée

le 23 juin 2026

Critique lue 7 fois

SuperBreizhMan

Écrit par

Critique lue 7 fois

D'autres avis sur Platform 8

Platform 8

Platform 8

5

SuperBreizhMan

43 critiques

Faut-il parfois accepter de se perdre ?

Il y a quelques temps, j'écrivais sur The Exit 8, un petit jeu qui m'avait marqué par sa capacité à transformer un concept minimaliste en véritable expérience anxiogène. Un couloir, une succession de...

le 23 juin 2026

Du même critique

The Elder Scrolls IV: Oblivion

The Elder Scrolls IV: Oblivion

9

SuperBreizhMan

43 critiques

Bethesda au Top ?

J'ai démarrer mon aventure Bethesda avec Fallout3 et Skyrim et ce fut déjà 2 bonnes grosses claques, et des centaines d'heures de jeu. Puis, en bon retrogameur, je me suis dit "ça serais dommage de...

le 8 août 2019

Exit 8

Exit 8

6

SuperBreizhMan

43 critiques

Exit 8 : chercher encore cette peur qui nous fait nous sentir vivant

J'ai découvert Exit 8 un peu par hasard, en lisant des avis sur SensCritique. Un de ces petits jeux dont on ne sait pas forcément quoi attendre, mais qui finit par accrocher quelque chose de très...

le 17 juin 2026

MIO: Memories in Orbit

MIO: Memories in Orbit

8

SuperBreizhMan

43 critiques

MIO et les couleurs dans ce monde de brutes

J'ai terminé MIO récemment. Enfin, terminé... savouré serait peut-être un meilleur mot.Le jeu m'a été recommandé par le copain Étienne Thibault Buisson, qui a participé au projet, et je vais être...

le 8 juin 2026