Pokémon et moi, c’est à la vie, à la mort. Depuis ma première grosse cartouche bleue sur Game Boy jusqu’aux riquiquis sur Switch d’aujourd’hui, tous les jeux ont toujours fini par garnir mes étagères. Pokopia, en digne successeur de cette longue lignée, ne pouvait donc pas faire exception. Sauf que voilà, Pokopia est arrivé affublé d’une sacrée tare : celle de n’être sorti que sur Switch 2. Et vous allez rire, mais moi, je me contentais très bien de ma première itération de Switch (celle avec un Évoli, pour être précis). Mais le gamer moderne, dans sa folie et son exubérance, se fiche éperdument de ce genre de considérations : j’ai donc vaillamment acheté la cartouche, l’ai exhibée fièrement, avant de finalement la ranger dans un coin puisque je ne pouvais tout simplement pas y jouer. Fin de l’histoire.
Eh, attendez ! Comment ça, fin de l’histoire ? Bien sûr que non. Évidemment que je l’ai achetée, cette Switch 2. Pas de gaieté de cœur, ça non. Nintendo a visiblement décidé qu’il n’y aurait plus d’éditions spéciales Pokémon pour sa nouvelle machine, parce qu’après tout, pourquoi faire plaisir aux gens quand on peut simplement leur vendre une console noire ? Mais tout comme on ne peut pas aller à l’encontre de la marche du monde, j’ai finalement flanché. Et voilà comment Pokopia est devenu le seul et unique jeu de ma toute nouvelle console de jeu.
Si je vous raconte tout ça, c’est surtout pour que vous compreniez que je ne rigole pas avec Pokémon. Ce n’est donc pas sur un coup de tête que j’ai lancé l’aventure, pas plus que par dépit après avoir claqué quelques centaines d’euros dans une machine dont je n’avais, à la base, pas vraiment besoin. Pokopia avait une lourde tâche à accomplir : me convaincre qu’il était à la fois un bon jeu, un bon Pokémon et, pourquoi pas, qu’il justifiait à lui seul l’investissement dans une toute nouvelle console. Autant dire que ce pauvre bout de Métamorph avait une sacrée pression sur les épaules. Et, sans vouloir trop en dire dès maintenant, le bougre s’en est plutôt bien tiré.
Je ne vais pas vous la faire à l’envers : le jeu a déjà quasiment six mois derrière lui et, oui, effectivement, Pokopia, c’est un peu le croisement improbable entre Minecraft, Pokémon et Animal Crossing. On y incarne Métamorph - Pokémon que je n’ai, soyons honnêtes, jamais utilisé autrement que comme gigolo de pension - et notre objectif sera de rebâtir un monde et des habitats pour nos copains les Pokémon après ce qui ressemble fort à une apocalypse. Vous lisez bien : Pokopia, c’est un Pokémon post-apo. Finito les trucs pour gamins. Pour la peine j'ai appelé Métamorph Ellie.
On retrouve donc tout le petit attirail habituel du genre, avec des ressources à récolter, des objets et des bâtiments à construire, mais aussi tout un tas de compétences à apprendre. Et je ne vais pas vous mentir, dans un premier temps, j’ai eu un peu peur. Peur de me retrouver devant un simple jeu de construction auquel on aurait collé des Pokémon par-dessus pour faire passer la pilule. Sauf que Pokopia a eu la bonne idée de ne pas s’arrêter là.
Les différents habitats à remodeler jouent ici un peu le même rôle que le Pokédex dans les jeux Pokémon classiques : ils nous donnent rapidement une raison de continuer. On commence par bricoler deux ou trois trucs, puis on se prend au jeu. On cherche un objet, puis un autre. On améliore un coin. Puis un deuxième. Et, sans vraiment s’en rendre compte, on se retrouve à passer des heures à terraformer une zone entière pour faire cohabiter toutes les petites bêbêtes. La collectionnite nous tombe donc dessus avec une facilité déconcertante.
On cherche, on construit, on détruit, on remodèle et, surtout, on fait plus ou moins ce qu’on veut. Si j’ai assez rapidement fait une croix sur le monde parfait que j’avais imaginé dans ma tête, Pokopia laisse suffisamment de liberté pour permettre à chacun de bricoler son petit monde comme il l’entend. Pour ma part, je me suis généralement contenté d’aller à l’essentiel. Pas forcément par manque d’envie, mais parce que refaire complètement une zone demande tout de même un sacré investissement en temps et en implication.
Et Pokopia en est parfaitement conscient. Le jeu sait que la tâche peut rapidement paraître pharamineuse et propose donc, à travers quelques quêtes de zone, de nous guider petit bout par petit bout jusqu’à l’objectif final. Rien de bien révolutionnaire, mais suffisamment pour éviter de se retrouver complètement paumé devant une immense zone à reconstruire avec pour seule consigne un sympathique « débrouille-toi ».
L’histoire, elle aussi, va finalement à l’essentiel. Sans être transcendante, elle donne suffisamment envie de continuer pour comprendre ce qui est arrivé à ce monde en ruine, sans pour autant nous servir toutes les réponses sur un plateau. On avance, on découvre de nouvelles choses, on rencontre de nouveaux Pokémon et, petit à petit, le mystère se dévoile. De mon point de vue, Pokopia réussit donc son pari plutôt étrange : être à la fois un jeu Pokémon et un jeu de construction. Et rien que ça, ce n’était pas gagné d’avance.
L'aventure nous lâche d'ailleurs rapidement sur une carte relativement grande - et étonnamment lisible - avec comme seule véritable consigne de s’amuser. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à regarder ma pauvre Switch 1 avec un peu de compassion. Parce que, soyons sérieux deux minutes, elle n’aurait probablement jamais réussi à afficher autant de choses à l’écran sans fumer par tous ses orifices. J’ai donc été plutôt étonné de voir que la Switch 2 en avait quand même plus sous le capot que ce que j'imaginais. Suffisamment en tout cas pour afficher une carte assez grande, bourrée de Pokémon, de constructions et de petits éléments en tout genre, sans que l’ensemble ne parte immédiatement en sucette.
Alors forcément, quand on repense à l’état technique de Pokémon ces dernières années, on ne peut pas s’empêcher de se demander pourquoi il aura fallu attendre Pokopia pour voir autant de petites choses affichées correctement à l’écran. Mais bon, ne tirons pas trop vite sur l’ambulance. Pokémon Vent & Vague aura peut-être encore une autre excuse à nous donner...
Yumiqote, qui a laissé ses Pokéball au vestiaire
PS: Si j'ai toujours aimé l'univers de Pokémon, je me suis souvent demandé ce que pourrait devenir la licence en proposant au joueur autre chose que le métier de dresseur. Pokémon Arceus donnait un bon aperçu de ce que pourrait donner un jeu axé sur celui de l'ethnologie et Pokopia réinvestie cette idée pour mon plus grand bonheur. A titre personnel, je suis également très attaché à mon chez moi. Le fait de pouvoir construire les habitats de mes compagnons m'a plus touché que ce que j'imaginais, surtout dans une période où certains d'entre nous ont été confronté à la morsure du feu et la perte de leur logement.