Surprenant jeu ; ce qui se présente comme un "petit jeu", scrolling horizontal, pixel art, dystopie... est en fait un jeu envoûtant.
Il ne vaut pas complètement par son gameplay - les déplacements et les contrôles sont un peu lents, le personnage un peu lourd, et il n'est pas rare qu'on loupe la fenêtre du contre non à cause de son erreur que de la vitesse du jeu, mal calibrée et le timing mal dosé. Cependant, les différents puzzles sont simples, on n'est jamais bloqué trop longtemps, le personnage acquiert peu à peu différentes habilités et certaines sont vraiment amusantes.
Il ne vaut pas complètement non plus par son scénario. C'est chouette, néanmoins, une dystopie où l'on joue une IA transplantée dans le corps de son créateur et qui, peu à peu, s'humanise. Les personnages sont attachants (on rejoint l'idée plus loin de la direction artistique) et l'intrigue plutôt correcte quoique classique. Ce sont les émotions du personnage qui, finalement, font l'intérêt du jeu : on se sent vraiment en empathie dans une société qui en manque tellement, recycle les organes et considère la majorité de l'humanité comme jetable.
Il vaut bien sûr pour sa direction artistique. Le jeu, en pixel art, donc, est de toute beauté. Rarement le souvenir d'avoir joué à un jeu aussi beau et dont la beauté rougeoyante sert autant le propos. Les personnages, peu détaillés,ont des animations émouvantes, les lumières et éclairages sont tantôt rouges, tantôt blafards ou perçants, les textures semblent animées... Bref une direction artistique impressionnante alors que je pensais détester ce pixel art.
Enfin, le jeu envoûte par son ambiance. Oui, c'est un composé de Drive (pour la musique, composée de nappes de synthé et de basses lancinantes), de Blade Runner (passage obligé), et on sent aussi une ambiance uchronique post cyberpunk, ; c'est également un peu poisseux comme un Chandler mais tout ça s'agence très bien et forme un composé qui a sa propre personnalité, qui fait qu'on y revient, qu'on est content d'aller vers la droite, sans cesse.
Car c'est aussi que le défilement du jeu (la forme) de la gauche vers la droite (scrolling horizontal) sert le propos (le fond). On court, pour attraper on ne sait pas trop quoi, pour essayer de s'arrêter, d'aller en haut, en bas, dans la profondeur, et on est repris par la course, métaphore classique du temps qui passe et de la vie, mais qui ici fonctionne bien, permettant une vraie adéquation entre la forme et le fonds.