RE9 est un épisode hybride, qui marie l'action débridée des épisodes 4-6 à l'angoisse poisseuse des épisodes 7 et 8. Étant friand des deux styles, les voir réunis en un seul épisode me réjouissait d'avance, et je ne suis clairement pas déçu du résultat. Ça fait plus de dix ans que Capcom a le vent en poupe, sortant banger sur banger, et RE Requiem prouve qu'ils ne sont pas prêts de s'arrêter.
Honnêtement, il y avait des raisons d'être inquiet :
1. Malgré les excellents remakes des épisodes 3 à 4, le dernier épisode d'action original date de 2012, et c'est l'épisode de la rupture, le boursoufflé RE6 à l'action répétitive, aux QTE omniprésentes, et au rythme totalement raté. Et si j'avais réussi à apprécier cet opus conspué, je me demandais un peu si Capcom était encore capable de nous sortir un RE d'action aussi bien gaulé que RE4.
2. Les épisodes 7 et 8 ont tous deux une excellente première moitié, et sombrent ensuite dans une action foireuse et maladroite où on s'enquille des mobs clonés à la douzaine, dans des environnements peu inspirés (RE7 et son bateau, RE8 et son usine).
Requiem balaye ces inquiétudes et nous livre un épisode maîtrisé de bout en bout, aussi bien narrativement qu'en termes de rythme, de gameplay et de mise en scène. À peu de choses près, vous jouez Grace pendant la première moitié du jeu, dans un gameplay à la RE 7-8, et Léon durant la seconde moitié, à la RE 4-6. Le jeu recommande de jouer Grace en caméra FPS et Léon en TPS, et je n'y ai vu aucune objection.
Cette dualité permet de corriger plusieurs problèmes des épisodes précédents :
■ Ne pas laisser le temps à la première moitié de s'essouffler.
On a 6-7h d'horreur redoutablement affutée, sans panne de rythme ni excès de combats. Grace est en flippe totale, on est sans cesse sous pression, sans munitions et confrontés à des ennemis bien trop nombreux et coriaces pour que l'affrontement frontal soit une option. L'ambiance est formidable, la réalisation nous tartine du pognon au visage avec des cutscenes absolument magnifiques, des décors richement détaillés, et les plus beaux personnages que j'ai vus à ce jour.
Structurellement, le plus gros de l'aventure se joue comme du RE2 à l'ancienne, dans un grand environnement ouvert qui se dévoile au fil des heures, au gré des clés et des nouveaux secteurs dont on débloque progressivement l'accès. Et ça et là, on a des séquences sur rail dans des environnements plus linéaires, qui servent les moments narratifs de l'aventure. Dans les deux cas, je ne me suis pas ennuyé une minute et s'il m'a fallu une bonne semaine pour emmener Grace à destination, c'est parce que je suis un peu sensible au stress et j'avais du mal à faire de longues sessions.
■ Ne pas laisser la seconde moitié tourner en rond.
Lorsque Léon prend le relais, on se retrouve en terrain connu, dans l'action décomplexée d'un RE4 sur laquelle on aurait saupoudré un peu d'horreur. Le jeu est moins vif, flamboyant et généreux que RE4, plus sérieux et moins foutraque que RE6, et j'aime beaucoup le juste milieu qu'ils ont trouvé. J'ai beau avoir adoré Resident Evil 4, ses 20 heures de montagnes russes explosives ininterrompues avaient fini par m'épuiser, et le jeu aurait gagné à faire quelques coupes dans le dernier acte.
Requiem est peut-être allé trop loin et j'aurais aimé qu'il offre plus de moments complètement fous, car sorti d'une fantastique course-poursuite en moto et de quelques boss vite expédiés, l'essentiel de l'aventure consiste à explorer des environnements semi-ouverts en trucidant méthodiquement tout ce qui remue.
Je pourrais balancer quelques paragraphes de plus sur l'incroyable savoir-faire de Capcom qui se retrouve dans plein de petits détails, comme la manière dont la lumière vous guide naturellement dans la bonne direction, quand la plupart des jeux occidentaux auraient foutu de la peinture jaune partout.
On pourrait aussi parler des énigmes totalement débiles, comme celles où vous découvrez sur une table d'opération un zombie inanimé qui porte une carte d'accès dont vous avez besoin. Après deux heures d'exploration et d'énigmes, vous rassemblez des organes artificiels pour le ramener à la vie, ce qui vous permet de lui vider un chargeur dans la tête et enfin de récupérer le badge. Cherchez l'erreur.
Mais je vais plutôt retourner attendre Dragon Dogma 2 Dark Arisen et RE Veronica.