Shenmue
8.3
Shenmue

Jeu de Sega-AM2 et Sega (1999 · PC)

Shenmue est un jeu qui m'a plus parlé de quotidien que n'importe quel autre jeu. Malgré sa quête épique en toile de fond, c'est un jeu qui prend son temps. Peut-être trop.


Dans Shenmue, tout tourne autour du temps qui passe. On doit rejoindre tel personne à tel heure. On doit travailler de tel heure à tel heure, prendre sa pause de tant à tant... Là où la plupart des jeux utiliseraient aujourd'hui un passage de temps rapide, Shenmue n'en a aucun. Il faut, comme dans la vraie vie, attendre. Et la ville est en réalité plutôt vide. Plutôt pauvre en activités. Quelques jeux d'arcades, quelques conversations qui se répètent... On en fait vite le tour. Et je me suis retrouvé à avoir une posture que je n'ai pas eu dans beaucoup de jeux : l'ennui m'a fait prendre attention à des détails de la ville. Les comportements des personnages, l'agencement des bâtiments, quel bâtiment est à quel rue... Chaque habitant de la ville est caractérisée, a sa manière de parler, sa routine. On apprend à les reconnaître, à savoir qui ils sont. On s'approprie peu à peu cet univers. On s'ennuie à l'intérieur, comme l'on s'ennuie dans le nôtre.


Cette friction et cette inlassable attente, elle rend impactant les moments d'action, malgré le côté cliché et en soi peu original et impactant de l'histoire. On les accueille à bras ouverts, moi qui suit peu friand de cinématiques d'habitude. Le plus marquant reste les dialogues, qui sont souvent lunaires, que ce soit de Kiryu ou des personnages qu'on rencontre. L'écriture est étrange, presque à côté de la plaque.


Puis vient le final en apothéose : durant le dernier segment du jeu, on doit travailler. Notre quotidien, notre ennui... Tout ça est brutalement rompu par une routine de taff. Du 8h 17h, avec 2h de pause le midi. On se retrouve à faire machinalement des actions pour atteindre un certain rendement, à s'emmerder à la pause, à scruter l'heure pour savoir quand passe le bus... C'est du peak cinéma. Le contraste avec avant est saisissant, on se retrouve presque à regretter nos heures à se faire chier dans les ruelles de la ville.


Shenmue parle de temps, de quotidien, d'ennui, de travail. Je sais pas trop si c'était intentionnel, je sais pas trop si ça valait le coup de produire ce quartier, tous ces habitants et leurs personnalités JAMAIS utilisés. C'est un taff de titan inutilisé, qui sert essentiellement à poser une ambiance. C'est impressionnant, et ça valait le coup de s'ennuyer avec tous ces gens...


Mais est-ce que ça valait le coup pour l'équipe de développement de se détruire la santé pour ça ?

belgenerveux
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le 6 juin 2026

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belgenerveux

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