Je ne vais pas cacher avoir été un peu déçu par ma redécouverte de Silent Hill 3, plus de dix ans après mon précédent run. Je le considérais comme un pur chef d'œuvre, quasiment intouchable, l'un des jeux qui m'a le plus fait peur dans ma vie. Et puisque mon avis n'avait pas évolué au sujet des deux premiers, je ne m'attendais pas du tout à ce retournement de situation.


Je vais d'abord commencé par le positif : esthétiquement c'est une tuerie. Il fait absolument tout ce que j'aime. Les lieux choisis sont très cools (à l'exception du court segment des égouts, clairement en trop) et la façon dont ils sont détournés me séduit. C'est le grand retour de l'otherworld de Silent Hill 1 et les artistes ont mis le paquet. Silent Hill n'a jamais été aussi crade. Ca pourrait paraître forcé, mais je pense que pour que Silent Hill fonctionne il faut y aller à fond, sans rechigner. Evidemment, pour ceux qui ferait Silent Hill 2 Remake juste avant, ça pourrait paraître redondant dans l'esthétisme, mais c'est Silent Hill 3 qui, historiquement, a aidé à ancrer ces lieux horrifiques dans la légende.


Je le trouve également incroyablement beau. Pour un jeu de 2003, il a extrêmement peu vieilli. Ses décors ultra détaillés me foutent une claque à chaque fois et la qualité de ses cinématiques (qui tournent toutes en temps réel) est tout simplement bluffante. On est dans le très haut de panier de cette génération. Même dans la mise en scène, tout est beaucoup plus dynamique, beaucoup plus proche de ce qu'on verrait au cinéma. La grande majorité de ces cutscenes sont très marquantes.


Et quant on parle d'esthétisme, je suis obligé de faire le parallèle avec la dimension musicale qui constitue une énorme partie de l'identité de la franchise. Je reste persuadé que, sans son compositeur star, à savoir Akira Yamaoka, la série n'aurait pas eu la même aura. Ni peut-être la même atmosphère poignante qui la caractérise. Le fait de passer de tracks ultra crades, à nous vriller les tympans, à des mélodies douces et mélancoliques, cela crée des contrastes affirmés qui résonnent particulièrement. Dans les séquences de jeu, Silent Hill 3 a moins de moments un peu low-fi, chill, tout doux et mélancoliques, comparé à ce que faisait Silent Hill 2. Ces instants musicaux seront à réserver à l'habillage des cinématiques.

L'album qui en ressortira est une tuerie et contient les premières collaborations entre Yamaoka et la chanteuse Mary Elisabeth McGlynn. Cela donne des tracks incroyables comme "Letters From the Old Days", dont les paroles me clouent au sol à chaque fois, et qui est jouée lors d'une des cinématiques les plus déchirantes du jeu. Mais des pistes comme "Lost Carol", "I Want Love", "Hometown", "End of Small Sanctuary", "Breeze", "Clockwork little happiness", et finalement à peu près tout l'album me marquent à jamais.


L'un des autres gros points forts de Silent Hill 3, c'est Heather et sa personnalité beaucoup plus affirmée que celle des héros des deux premiers jeux. Elle est combative, elle a du répondant, elle questionne ce qui se passe et elle exprime toutes ses émotions. On vit avec elle tout ce qu'elle traverse et c'est poignant. Et évidemment, son histoire, sans la spoiler, je la trouve vraiment puissante. Elle donne encore plus de force à l'histoire du premier. Cela crée un diptyque mémorable.


En revanche, la narration en elle-même est beaucoup moins impactante que celle des deux premiers, et c'est là que le bas blesse. Le début manque énormément de rencontres, on souffre d'un manque d'enjeux jusqu'à la rencontre avec Vincent (quasiment à la moitié du jeu) et après... tout s'enchaîne très, très vite. Et ce qui est raconté n'est pas forcément mieux.

Alors qu'il ne reste plus beaucoup de place pour raconter l'histoire, une grande partie de celle-ci est occupée par le segment l'hôpital, qui tourne autour du personnage de Léonard. Et Léonard... ne sert à rien ? Il n'a absolument aucun impact sur l'intrigue ou sur ses thématiques profondes et se termine de façon ultra déceptive. Le vrai truc cool de l'hopital, c'est Stanley, et au final ça ne mène à rien non plus. C'est terrible ! Tout ce niveau, aussi cool soit-il dans ses idées de gameplay, fait office de remplissage en attendant les niveaux de fins.


C'est un exemple très symptomatique du fait que les intrigues autour du culte prennent beaucoup de place sans qu'elles ne parviennent à nous intéresser, et que les tourments intérieurs d'Heather manquent de cohérence logique dans le gameplay. Son tourment ne prend de l'importance dans l'histoire qu'à partir du parc d'attraction.

Et c'est d'autant plus dommage que les thèmes sont passionnants : le passage à l'âge adulte, les grossesses non désirées, le fait que les femmes sont constamment harcelée dans des lieux communs publics, qu'elles peuvent avoir des stalkers qui les suivent et connaissent leur numéro de téléphone... C'est un jeu finalement très féministe et engagé, même si c'est en filigrane, c'est ultra pertinent et on trouve beaucoup d'exemples dans le jeu, mais c'est très mal rattaché à l'intrigue et aux pétipéties. Ca en fait un jeu très imparfait dans sa narration et beaucoup moins prenant.


Et puisque les séquences de gameplay sont elles aussi inégale, ça n'aide pas. La première moitié n'est pas toujours très intéressante à jouer, le centre commercial a beaucoup trop de portes fermées pour rendre l'exploration amusante, les égouts sont un peu nuls, le métro peut être assez frustrant à certains égards... Et même si la deuxième moitié est beaucoup, beaucoup mieux, et qu'elle est remplie d'idée de ouf, elle est également ternie par la réutilisation de niveaux du 2, ce qui casse forcément l'entrain.


Sur une autre note, j'ai aussi eu beaucoup, mais alors beaucoup moins peur. Je ne le prends pas trop en considération dans mon évaluation, car la peur, c'est toujours étonnant. D'un run à l'autre, ça peut beaucoup évoluer. Pourquoi ai-je eu moins peur ? J'ai l'impression que c'est parce que Silent Hill 2 Remake est passé par là, entre temps, et qu'il fait beaucoup de choses en bien mieux concernant cet impact de "l'otherworld". Mais je pense que c'est aussi lié au gameplay. Puisque la fuite est à privilégier, vu l'abondance des ennemis, ça me fait souvent très peur au début et beaucoup moins par la suite.


Au final, 8 reste ma note de coeur pour toutes les raisons, notamment thématiques, esthétiques et musicales, pour lesquelles Silent Hill 3 reste un jeu très important pour moi. Mais mon expérience manette en main était plus proche d'un 7. En comparaison de Silent Hill 2 (l'original), narration et gameplay cohabitent beaucoup moins bien. Il n'en reste pas moins la preuve que, même quand Silent Hill est un peu moins bien que d'habitude, cela reste un jeu de grande qualité.

Créée

le 16 nov. 2025

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