Un excellent jeu narratif, malheureusement plombé par des séquences de gameplay catastrophiques et un scope sans doute trop ambitieux pour son propre bien.
Si vous étiez nostalgiques de l'époque TellTale, vous auriez frappés à la bonne porte car on sent l'ADN du studio d'entrée de jeu ; dans le haut du panier en matière d'écriture, dans la moyenne basse en matière de réalisation. Autant jeter directement un pavé dans la mare mais Star Trek Resurgence est clairement un jeu PS3 dans son aspect technique, avec des animations extrêmement rigides et des textures parfois dignes de la Nintendo 64, même pour les planètes au milieu du vide spatial. Si vous êtes très tatillon sur ce point, il sera difficile de rentrer dans l'ambiance car le jeu souffre d'écueils importants en la matière entre des ralentissements fréquents et surtout quelques bugs bloquants ; un défaut d'autant plus préjudiciable que le jeu prend le pari de la sauvegarde automatique pour forcer le joueur à assumer ces décisions et qu'il faudra dès lors reprendre un chapitre depuis le début en cas de problème.
Mais normalement, les fans de TellTale sont habitués à ces structures cahoteuses et savent que l'intérêt (comme la vérité) est ailleurs et sur ce point là non plus, Resurgence ne dérobe pas à cette tradition ancestrale : j'ai toujours trouvé l'univers de Star Trek assez ridicule et hermétique pour les non-initiés mais il y a ici une belle proposition de Space Opera interactif capable de séduire les amateurs du genre : incarner un officier en second qui va rapidement se retrouver en tenaille entre un équipage méfiant à son égard et un capitaine clairement dépassé par la situation. De quoi permettre la mise en place de choix cornéliens où le joueur est ENFIN confronté à nouveau à des situations déplaisantes où il lui incombe d'assumer ses responsabilités et de se mettre à dos certains de ses alliés ; à ce titre, Resurgence offre une variation bienvenue sur le fameux thème "Clémentine s'en souviendra" en proposant ici une variation de confiance des membres de l'équipage à notre égard, leur statut étant constamment mis à jour selon nos décisions. Même si le système est parfois un brin intrusif pour l'immersion (et qu'on a presque l'impression de faire réagir les gens en disant préférer le café que le thé), il a néanmoins le mérite d'être plus réaliste en un sens : la confiance se gagne en gouttes et se perd en litres, comme dit le dicton, et ainsi les liens ne sont pas gravés dans le marbre, contrairement aux systèmes plus rigides des RPG en la matière ; il n'est ainsi pas rare de voir un allié se retourner contre nous face à une décision qu'il désapprouve et l'effet fonctionne également en miroir ; Resurgence est probablement le jeu narratif où j'ai le plus changé mon fusil d'épaule concernant les personnages secondaires alors que leur rôle était quand même généralement assez vite établi dans les productions TellTale. Bref, si vous gardez des bons souvenirs de Mass Effect pour les tensions diplomatiques entre les races ou les désaccords entre les compagnons (tout ce qui faisait cruellement défaut à Andromeda donc), Resurgence mérite votre intérêt à ce titre.
Ça, c'est pour la partie enthousiasmante de l'introduction; néanmoins Resurgence prend le pari de nous faire incarner également un autre membre de l'équipage, bien plus éloigné de l'échelle de commandement, en la personne de Diaz, ingénieur sur le Resolute. On ne va pas se mentir : cette partie tire un peu la gueule en début de partie et on a hâte de retrouver Jara et ses choix cornéliens ; Diaz n'est pas un personnage très intéressant en soit, il se voit propulsé dans une romance quasiment d'entrée de jeu sans implication émotionnelle du joueur à ce sujet et par essence, les actions demandées sont forcément rébarbatives. De quoi aborder également l'autre défaut majeur du jeu avec les séquences de gameplay qui viennent trop souvent parasiter le rythme du récit. D'un certain côté, on peut estimer que le jeu est assez généreux envers la fantaisie Star Trek en voulant ainsi immerger le joueur dans des séquences de tirs, de réparation et de pilotage ; d'un autre côté, c'est à se demander si les studios d'aujourd'hui ne sont pas frileux à l'idée de proposer un jeu purement narratif, comme si l'absence de gameplay était la raison de la chute du genre (et pas la piètre qualité des scénarios et des choix proposés). Quoiqu'il en soit, les QTE de Resurgence sont rarement inspirés (hormis la séquence de téléportation plutôt appropriée) et les séquences TPS sont une pure aberration (le jeu a l'amabilité de permettre de basculer en mode Facile, euh pardon Histoire, pour s'épargner ces séquences à l'intérêt douteux) ; le tout abreuvé d'un jargon technique assez rébarbatif qui évoque parfois la célèbre parodie des Inconnus (mais il n'y a pas de fumée sans feu, j'imagine).
J'admets que ce défaut a failli me faire décrocher du jeu arrivé à la moitié de l'aventure d'autant que si le scénario est abordable pour les nouveaux venus au commencement, il choisit de se lier directement à une intrigue de Star Trek : Nouvelle Génération ; quitte à laisser les spectateurs occasionnels de côté. J'aurais eu tort néanmoins de ne pas persévérer car la bataille finale est mémorable à bien des égards, en offrant son lot de dilemmes majeurs et de mise en scène épique ; si j'ai été assez critique sur l'aspect technique du jeu, cela ne l'empêche pas néanmoins d'avoir de vrais fulgurances dans sa direction artistique, son chara-design et sa mise en scène, notamment pour les moments de bascule entre les deux personnages jouables. Le jeu n'est d'ailleurs pas rythmé à la manière des longs chapitres des jeux Quantic Dream mais vraiment plus proche d'une série télévisée avec un changement de point de vue toutes les quinze minutes environ ; je ne suis pas très friand d'ordinaire de ces ruptures dans l'immersion auprès d'un personnage mais le procédé fonctionne très bien durant l'affrontement final où on alterne entre le champ de bataille et le centre de commandement de manière plus dynamique qu'à l'accoutumée. Enfin, par un retournement de situation bienvenu, Diaz devient le personnage le plus important du duo tandis que le scénario a le mérite de rester fidèle aux velléités pacifiques de Star Trek dans un univers hostile malgré la menace d'ampleur galactique lors du dénouement.
Bref, j'aurais sans doute été plus critique envers ce Resurgence si la case Space Opera en jeu narratif n'était pas laissée étrangement vacante depuis des décennies, à présent ; en l’occurrence, ce Star Trek remplit son contrat d'offrir une immersion dans la peau d'un capitaine de l'espace, autant dans ces moments de célébration que dans les instants où le rôle devient ingrat. C'est ainsi très regrettable pour les fans de la licence que le jeu ne soit plus accessible à l'achat car il semble que Star Trek n'ait pas vécu des jours très heureux durant les dernières années (comme toutes les licences occidentales, j'ai envie de dire).