Super Mario Galaxy
7.9
Super Mario Galaxy

Jeu de Nintendo EAD et Nintendo (2007 · Wii)

Si Mario vient de frapper très fort avec son grand retour à la 2D par New Super Mario Bros sur DS, la saga en 3D doit aussi retrouver le chemin du succès pour propulser la Wii en début de vie. Et cela doit se faire alors que Sunshine avait quelques peu déçu sur Gamecube et que s’inspirer directement de Super Mario 64 semble difficile, ce dernier datant de plus de 10 ans dans son game-design et venant tout juste d’être proposé de nouveau sur DS. C’est dans ce contexte difficile que Nintendo va trouver l’inspiration de partir dans une nouvelle direction axée sur des plates-formes sphériques et un système de gravité en conséquence dans un environnement spatial original : Super Mario Galaxy.


Et si une grande partie de l’équipe de développement n’était pas à l’aise avec ce concept risquant de vite devenir brouillon dans ses mécaniques et hors sujet dans son univers, Yoshiaki Koizumi a clairement l’ambition de propulser Mario au firmament de la plate-forme 3D de son époque à partir de ce qui n’était qu’une curieuse démo technique 7 ans plus tôt. Si j’avais été très satisfait par l’expérience à mon adolescence sans le trouver aussi génial que ça, voyons ce que j’en ai pensé avec un regard plus approfondi sur cette aventure galactique.


GAMEPLAY / CONTENU : ★★★★★★★★☆☆


Reprenant en grande partie le maniement de Super Mario 64, davantage plébiscité par les joueurs que celui de Sunshine, l’attaque tournoyante est le mouvement principal apporté par cet épisode et il réussit à la fois à contourner le problème de précision des sauts sur les ennemis apporté par cette nouvelle gravité, à apporter un petit plus aux phases de plates-formes et à tirer partie du motion gaming sans lui demander plus de précision que la wiimote en est capable. Et bien sûr on retrouve tout le savoir-faire de Nintendo pour proposer des premiers moments de jeu parfaits pour se familiariser avec tout ça, c’est parfaitement maîtrisé.


On pourrait être tenté de regretter a priori la simplification des commandes par souci d’accessibilité mais comme c’est cohérent avec l’ergonomie limitée des manettes compatibles et que la complexité viendra malgré tout par le level-design sphérique sur lequel nous reviendrons plus tard, je trouve que ça se défend parfaitement. De plus, le système de positionnement automatique de la caméra est exemplaire et c’est précieux, puisque le combo Wiimote Nunchulk n’offre qu’un seul stick analogique, donc moins de possibilités de contrôle manuel.


Si le motion gaming semble constamment présent avec les fragments étoiles à récolter puis à projeter, il n’est réellement exploité que pour quelques phases de jeu bien précises, ce qui ne l’empêche pas d’être réussi à ces occasions et de rendre dynamique les temps de chargement déguisés avec ces étoiles qu’il faut saisir avant de décoller et ses fragments à ramasser au passage. Par contre, le mode 2 joueurs qu’il propose est vraiment ridicule comparé au mode multijoueur que proposera New Super Mario Bros un peu plus tard sur la console. Ils auraient peut-être pu forcer le mode solo pour bien faire comprendre que l’expérience solo c’est Galaxy, l’expérience multi c’est New, mais passons.


Si le level-design sphérique avec une gravité adaptée avait pu être expérimentée à petite échelle chez la concurrence, comme quelques passages dans Ratchet & Clank 2 quelques années plus tôt, Super Mario Galaxy prend le pari fou de l’étendre sur l’ensemble du jeu et le pari encore plus fou de constamment changer de situation de jeu d’un niveau à l’autre. Et c’est une réussite incroyable avec une grande diversité des situations de jeu qui arrivent à être quasiment toutes intéressantes avec une courbe de progression globalement cohérente pour toujours donner le sentiment d’aller encore plus loin dans les mécaniques proposées.


Pour y aider, les costumes font leur apparition en 3D avec cet épisode et ils sont nombreux et plutôt réussis dans l’ensemble, certes flying Mario n’est malheureusement que peu exploité, Boo Mario est très situationnel et pas très fun… mais ils contribuent tous très bien à nous proposer sans arrêt de nouvelles phases de jeu surprenantes pendant la partie et tentent beaucoup de nouvelles choses dans la saga. Et les quelques fois où ça se répète, c’est le plus souvent justifié par un challenge supplémentaire et quelques heures de jeu séparant les séquences. Les plus exigeants pointeront du doigt l’arrivée très tardive de Luigi en personnage jouable qui aurait pu apporter une variante de gameplay supplémentaire à l’aventure, mais il y en a tellement autrement que ça ne me dérange pas.


Ce système sphérique implique malgré tout une plus grande linéarité pour ses niveaux bien souvent de petite taille dans lesquels l’exploration est moindre que pour les Mario 3D précédents, avec un hub largement moins riche en situations de jeu que la place Delphino… Par ailleurs, ce choix ne signifie pas que la courbe de difficulté soit parfaite, elle est très douce sur une longue partie de l’expérience avant de s’énerver assez tardivement et brutalement. C’est sans doute une conséquence directe d’avoir fourni tant d’efforts pour la formule innovante et diversifiée tout en étant soucieux de l’accessibilité du jeu.


De plus, dans le but d’atteindre les 120 étoiles à collecter, le système des comètes implique une durée de vie assez artificielle avec beaucoup de niveaux à refaire sous un prétexte pas toujours intéressant, comme un temps imparti impliquant une marge d’erreur si confortable qu’il en devient inutile. Ajouter à cela la navigation sur le hub qui devient un peu laborieuse au fur et à mesure et un système de raccourcis n’aurait pas été de trop, la fin de jeu, si on se lance pour son 100 %, n’est pas des plus palpitantes. Le gameplay de Super Mario Galaxy n’est donc pas parfait mais réussit si bien l’essentiel qu’il en ressort excellent et ce n’est pourtant même pas sa plus grande force à mes yeux.


RÉALISATION / ESTHÉTISME : ★★★★★★★★★☆


Si les premiers succès de la Wii ont démontré sa capacité à capter l’attention d’un nouveau public par le motion gaming, Super Mario Galaxy est clairement attendu comme l’un des premiers titres démontrant son potentiel graphique plutôt moquée par sa concurrence. Et la scène d’introduction donne tout de suite le ton avec Bowser ravageant le décor qu’il bombarde à bord des navires volants plus impressionnants que jamais, aussi bien en jeu que dans lors des cinématiques, Super Mario Galaxy est bien la vitrine technologique attendue avec un visuel abouti à 60 FPS qui plus est, malgré les limites de la machine.


Plusieurs décors sont franchement époustouflants avec les pétales de fleurs s’envolant à nos tournoiements dans les airs alors que les vents nous portent d’îles en îles, les éruptions rougeoyantes émanant du soleil profitant des somptueux effets de lave s’écoulant autour de nous, les dalles de glaces d’un bleu étincelant se formant sous nos pas sur l’eau… J’ai vraiment ressenti la sensation de vivre une grande aventure à travers tous ces environnements somptueux qui ne se dispersent que pour mieux régaler, une proposition radicalement différente de Sunshine qui se comprend parfaitement.


Les astuces techniques intelligentes pour parvenir à ce résultat beau et fluide sont nombreuses, les temps de chargement sont habillement dissimulés par les étoiles nous propulsant petit à petit vers notre prochaine destination, les limites de la distance d’affichage tues par le concept des sphères masquant naturellement le décor lointain… Nintendo prouve avec ce titre qu’avec du talent sa machine peut émerveiller petits et grands et que la haute-définition chez la concurrence ne fait pas tout, même en se concentrant uniquement sur la technique, et pourtant Super Mario Galaxy c’est aussi une magnifique direction artistique.


Le principe de galaxie permet de se doter d’un tout nouveau fil rouge artistique très pertinent, prétexte à retrouver la diversité environnementale qu’on avait un peu perdu dans Sunshine, permettant de contourner habilement la problématique du mur invisible brisant l’immersion… Certes, le manque de lien entre le hub et les thématiques environnementales des galaxies est assez regrettable pour l’immersion. On revient au système des tableaux de Super Mario 64 d’une certaine manière, ce qui constitue une petite régression à mon sens puisque la place Delfino faisait un bien meilleur travail pour relier de façon cohérentes les zones à parcourir avec le hub de Sunshine, mais c’est bien là mon seul reproche.


L’OST prend une toute nouvelle dimension avec le passage à l’orchestral auquel peuvent se mêler habilement notes synthétiques très relaxantes pour les passages sans danger, des mélodies mélancoliques pour les passages calmes et contemplatifs, énergisantes pour les phases de jeu faciles mais nerveuses, des chœurs très puissants pour intensifier les affrontements face à Bowser… et on retrouve aussi bien des reprises qui font plaisir que des thèmes inédits conférant toute son identité sonore à l’épisode, des moments où la musique s’adapte à nos mouvements comme le rythme accélérant ou décélérant en fonction de notre vitesse sur la boule étoilée... c’est tout simplement parfait. Mais Super Mario Galaxy va quand même finit par se prendre les pieds dans le tapis sur un point qui je le sais n’est pas légitime à critiquer en ce qui le concerne, mais j’ai tout de même envie de m’attarder sur ce qu’il raconte.


SCENARIO / NARRATION : ★★★★★★☆☆☆☆


Bien qu’un Super Mario ne soit jamais attendu particulièrement sur son scénario, Galaxy en développe tout de même un s’imposant au joueur et je considère donc qu’il fait partie intégrante de l’expérience à critiquer, comme pour les Super Mario 3D qui le précèdent et qui n’ont jamais briller sur cet exercice. Le premier élément central de cette intrigue c’est l’arrivée d’Harmonie qui permet d’ajouter un nouveau personnage féminin fort dans l’univers de Mario qui en a bien besoin, en évitant bien sûr le piège d’une énième princesse à sauver, lui conférant même en quelques sorte ce rôle de sauveuse pour Mario dans son introduction.


L’intrigue d’Harmonie aborde des thématiques nouvelles, ambitieuses et a même un petit potentiel dramatique surprenant mais elle semble aussi déconnectée de l’intrigue principale que de l’univers cartoonesque de Mario. On sent vraiment qu’une partie de l’équipe, vraisemblablement emmenée par Yoshiaki Koizumi, avait des ambitions narratives bien plus élevées qu’une autre partie de l’équipe ne voulant pas reproduire l’échec de Sunshine sur la question, en résulte ce compromis maladroit d’un scénario qui a une introduction, une conclusion et un récit facultatif entre les deux que l’on peut écouter quand on le souhaite.


Il en va de même pour les doublages, ils ne sont plus littérales comme dans Sunshine, bien décrié aussi à ce sujet, mais on continue quand même de sous-titrer des dialogues sans grand intérêt qui auraient pu être remplacés par la seule mise en scène. Certains apprécieront un récit sympathique que l’on peut facilement ignorer s’il ne nous intéresse pas, une bien meilleure gestion de cet aspect que chez le rival emblématique de Sega mais pour ma part j’y vois plutôt un aspect brouillon qui aurait mérité un choix plus radical entre un scénario plus réduit, voire absent, ou alors plus développé et mieux implémenté à l’aventure.


En l’état, le repeuplement de l’observatoire est le véritable le fil rouge scénaristique de l’intrigue et je pense qu’il est aussi sympathique que sous-exploité. Bien évidemment, étendre et réanimer les lieux pour récompenser notre progression fonctionne très bien sur le principe, mais ce n’est jamais que la même idée que la place Delfino de Sunshine et elle n’est pas spécialement mieux exécutée. C’est un petit peu léger à mon sens et il y avait une marge de progression qui aurait pu être gérée sans alourdir le récit pour le joueur qui n’en a rien à faire.


Pour les points plus secondaires, les situations burlesques dans lesquelles Luigi se retrouve piégé dans l’attente du secours de son frère sont amusantes mais le personnage méritait sans doute un rôle un peu plus actif et cela avant de terminer le jeu. Par contre, les petits clins d’œil subtils à d’autres saga Nintendo hors Mario sont amusants, comme avec un vaisseau ressemblant très fortement à celui de Captain Olimar dans Pikmin, c’est toujours bon à prendre. Ainsi, si ce n’est pas du tout la catastrophe plombant l’expérience, le scénario et la narration de cet épisode sont suffisamment maladroits pour abaisser quelques peu mon appréciation de cette expérience qui reste malgré tout excellente.


CONCLUSION : ★★★★★★★★☆☆


Super Mario Galaxy est parvenu à capter l’attention du grand public par son univers dépaysant et son souci d’accessibilité tout en donnant satisfaction aux joueurs plus connaisseurs de la franchise par son concept innovant pourtant très bien maîtrisé et sa réalisation faisant plus qu’honneur à sa machine pour profiter pleinement de sa somptueuse direction artistique. Et s’il bénéficiera d’une suite directe promettant de le surpasser en corrigeant ses quelques maladresses mineures, il restera à jamais l’un des jeux les plus importants de sa génération, replaçant sa saga comme la référence de la plate-forme 3D et contribuant grandement au succès de la Wii.

damon8671
8
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Les meilleurs jeux vidéo de 2007, Les meilleurs jeux Mario et Les meilleurs jeux de la Wii

Créée

le 23 déc. 2025

Critique lue 22 fois

damon8671

Écrit par

Critique lue 22 fois

1

D'autres avis sur Super Mario Galaxy

Super Mario Galaxy

Super Mario Galaxy

9

a-supprimer

8 critiques

"Welcome! Welcome new galaxy!"

Super Mario Galaxy, c'est avant tout un éclair de génie.Le genre d'éclair de génie qui arrive à Nintendo à peu près tous les 10 ans, le même qui donna naissance à des jeux comme Yoshi's Island et...

le 5 juin 2022

Super Mario Galaxy

Super Mario Galaxy

10

Oreiller

13 critiques

Critique de Super Mario Galaxy par Oreiller

Mario 64 était certes un très bon jeu. Il a défini un genre en un seul essai et reste à ce jour tout à fait honorable. Mario Sunshine était lui aussi un très bon jeu, il suivait parfaitement la...

le 9 oct. 2010

Super Mario Galaxy

Super Mario Galaxy

4

G_Savoureux

211 critiques

U R MR BOF

Devant l'enthousiasme général, j'avais maintes fois repoussé le moment de m'attaquer à Super Mario Galaxy, histoire de pouvoir en profiter dans les meilleures conditions. Hésitant entre les deux...

le 21 déc. 2013

Du même critique

Mass Effect

Mass Effect

8

damon8671

549 critiques

Un début certes imparfait mais à l'univers incroyablement prometteur

Après le formidable succès de KOTOR dont il fut game-director, Casey Hudson veut repartir dans l’espace et répéter les grandes qualités des meilleures productions Bioware déjà existantes mais en...

le 24 août 2013

Barry Lyndon

Barry Lyndon

5

damon8671

549 critiques

Chef d’œuvre incompris ? Au moins en ce qui me concerne

Alors qu’il ne parvient pas à convaincre les studios de production de la rentabilité d’un grand film sur Napoléon, Stanley Kubrick adapte le peu connu roman Barry Lyndon pour réaliser un film de...

le 6 juil. 2020

Super Mario Sunshine

Super Mario Sunshine

7

damon8671

549 critiques

« The vacations starts now ! »

Après plus de 5 ans d’attente suite au cultissime Super Mario 64 et alors qu’aucun épisode inédit original n’a vu le jour sur console portable durant cette période, la franchise principale du...

le 22 oct. 2013