Il a fallu plusieurs dizaines d'années d'errances et des milliers d'adaptations médiocres ou foireuses avant que le jeu vidéo comprenne comment adapter un film : sans vouloir à tout pris coller à la sortie en salle, et sans régurgiter la même histoire entrecoupée de remplissage pour atteindre le quota d'heures jugé acceptable par la presse. Cela fait quelques années qu'on a enfin droit à des adaptations respectueuses des oeuvres et dont l'action prend place dans le même univers, avec une histoire originale.
Les polonais de Teyon ne font pas partie des pionniers, mais ils ont parfaitement compris ce qui fait la force d'un Arkham Asylum, Shadows of Mordor, Alien Isolation ou Hogwarts Legacy : un amour du matériau d'origine et le désir d'en transposer l'émotion et l'atmosphère dans un autre medium, en racontant une nouvelle histoire qui s'inscrit dans le récit original, le complète ou l'enrichit. Et si le studio n'a qu'une fraction du budget des titres que j'ai cités, il compense par des choix de productions intelligents, en mettant le temps et l'argent là où ça compte, plutôt qu'essayer d'en faire trop.
Robocop était mon GOTY 2023 et le jeu qui a mis le studio sur le devant de la scène. Quelques années plus tôt, ils sortaient Terminator Resistance, qui connut un petit succès d'estime en plus de choquer tous ceux qui se souvenaient avec angoisse de Rambo: The Video Game, un rail-shooter ingrat que presse et joueurs s'étaient accordés à massacrer en 2014. Terminator est donc une belle histoire de rédemption pour le studio, en plus d'être un très bon jeu, qui comprend l'esprit des deux premiers films et nous offre enfin un troisième volet digne de ce nom.
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Terminator Resistance est un FPS narratif incluant quelques mécaniques de survie. Il mélange plein de petits systèmes (points de compétences, craft, améliorations d'armes) sans en développer réellement aucun, et adapte une structure de mission toute simple, avec une alternance de séquences linéaires scriptées et de niveaux ouverts dans des zones bien plus larges. Ces derniers permettent un peu d'exploration, de collecte de ressources et de lore, et quelques missions annexes participant à un système de réputation avec une poignée de NPC importants, aux conséquences purement narratives.
L'arbre de compétences est minimaliste et j'aurais préféré m'en passer totalement, mais il a le mérite d'être suffisamment limpide et superficiel pour ne pas en devenir encombrant en verrouillant la moitié du gameplay derrière des points de compétences. Si vous aimez personnaliser fortement votre personnage, ce n'est pas ce que le jeu propose, car ces points de compétences ne sont qu'une petite carotte pour vous pousser à vous investir davantage dans les missions optionnelles.
Même chose pour le système de craft et de collecte de ressources. J'ai beau avoir ouvert avidement tous les tiroirs, armoires et fouillé les moindres recoins des toilettes de chaque maison abandonnée, ce n'est du tout nécessaire en difficulté normale et vous trouverez suffisamment de munitions et de soin pour ne jamais avoir besoin d'en fabriquer. Cela dit, si vous ne jurez que par un type de flingue ou avez une approche agressive et une lourde consommation de soins, investir dans le craft pourrait vous rendre service.
Ne vous attendez à rien d'exotique ou innovant dans les combats ou la boucle de gameplay : votre personnage est un flingueur de base, et sorti de quelques gadgets futuristes comme la vision qui vous permet de détecter les ennemis à travers les murs, les combats impliquent de rester à couvert et de tirer sur des têtes comme dans n'importe quel Wolfenstein. J'aimerais pouvoir vous dire qu'au moins, les combats sont pêchus et jouissifs, mais pas spécialement, puisqu'on passe son temps à tirer sur de la ferraille, ce qui n'a rien de juteux.
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Je vous en peins un tableau aussi terne qu'un futur ravagé par Skynet, car il vaut mieux aborder Resistance avec les bonnes attentes : c'est un jeu à petit budget qui joue dans la cour des AAA et en imite les rouages en sachant pertinemment qu'ils n'ont pas les épaules pour suivre leur onéreuse formule.
Ils ont dû faire des choix, beaucoup de concessions, et ce design sous contraintes aboutit à quelque chose que je trouve personnellement plus attirant que le modèle : un design épuré et peu de remplissage, pour une aventure d'une grosse dizaine d'heures qui va à l'essentiel et respecte votre temps plutôt que vous tenir en otage le plus longtemps possible dans l'espoir de vous voir ouvrir le shop, comme c'est la tendance chez les Live service games.
Resistance n'a rien à gagner à gaspiller votre temps et veut juste que vous passiez le meilleur moment possible pour vous donner envie d'acheter le DLC. Et ça marche presque aussi bien que Robocop, dont il partage les mêmes défauts, mais surtout les mêmes qualités :
• De très beaux environnements, une lettre d'amour aux deux premiers films
• Une ambiance rugueuse et immersive où le danger est omniprésent, et qui retranscrit parfaitement ce que j'imaginais de ce futur dévasté quand j'étais gamin et que je trépignais d'excitation en regardant les scènes d'ouverture des films dans le futur
• Une aventure narrative avec des personnages bien écrits et des dialogues intégralement doublés
• Beaucoup de coeur, et un amour évident pour Terminator, qui transpire à tous les niveaux de la production et de l'écriture
À son meilleur, Resistance vous plonge dans le chaos des champs de bataille du futur, à ramper entre débris de bétons et ossements humains pour échapper à une légion de T-820 pendant qu'un énorme HK survole les ruines et illumine chaque recoin à la recherche de survivants. Vos balles ricochent sans effets contre les blindages, vous obligeant à fuir en évitant les champs de mines à drones chercheurs pour rejoindre votre escouade bloquée sous le feu d'un énorme tank exterminateur.
Pour chacun de ces moments épiques, vous aurez autant de moment un peu plat où l'on dessoude une faible variété d'ennemis, en exploitant leur IA débile, pour aller fouiller des tiroirs à l'infini dans des décors qui se répètent parce qu'il a fallu dupliquer, faute de moyens.
On pourra lui reprocher aussi une histoire qui manque d'ambition et aurait gagné à mieux utiliser l'idée des voyages temporels, mais j'en retiendrai sûrement que c'est le jeu dont je rêvais quand j'étais gamin et que j'ai maté le premier film, et il m'a donné tout ce qu'avais osé en attendre.