The Hole (2024), Le Trou en bon français, développé par le studio Bober Bros, m’a occupé un peu plus d’une heure. Je l’ai fini avec 85 % des succès. Il s’agit d’un jeu en vue à la première personne qui mise sur un parti pris graphique néo-rétro, imitation des premières 3D de l’ère PS1, Saturne voire PS2. Vous connaissez ce genre de rendu, cela me parle beaucoup, comme je l’ai déjà évoqué plusieurs fois dans d’autres critiques. Du haut de mes bientôt 40 ans, j’ai grandi en partie avec ces graphismes et cela produit toujours quelque chose en moi. Ce parti pris visuel est d’ailleurs très à la mode en ce moment dans la scène indépendante d’horreur. Pas mal de bons titres le reprennent, Fears to Fathom par exemple. C’est d’ailleurs en grande partie pour cette direction artistique que j’ai acheté le jeu.
L’autre raison, c’était la curiosité. Le synopsis laissait entendre qu’on regardait par un trou dans le mur chez le voisin, avec un côté un peu pervers, salace, presque dégueulasse. The Hole, c’est le trou dans le mur, ou le judas de la porte, qu’on utilise à plusieurs reprises pour voir qui sonne. Dans mon esprit, j’imaginais un personnage voyeur qui épie sa voisine, qui assiste peut-être à des scènes horribles, à des trucs sombres entre adultes. Cet aspect malsain me semblait un bon point de départ pour un jeu d’horreur glauque et original. Au final, l’expérience s’est avérée relativement décevante.
Déjà, une fois n’est pas coutume, le jeu est présenté comme un titre d’horreur alors qu’il ne fait objectivement pas peur. Ce n’est pas le sujet. Son vrai propos tourne autour de la violence domestique, du viol et de la pédophilie. Le problème, c’est que c’est amené avec le cul, très maladroit, et franchement malaisant dans la façon dont le sujet est traité. Je pense notamment aux images métaphoriques utilisées pour évoquer les abus sexuels (prise électrique qui entre et sort, lait qui se répand) sont d’une vulgarité puérile. On incarne un type isolé dans son appartement, alcoolique, triste. On passe deux ou trois jours en jeu à boire des bières, préparer son petit-déjeuner au micro-ondes, allumer la télé, jeter les poubelles, regarder par les trous ou par le judas, sortir sur le palier pour parler à des PNJ. Petit à petit, on comprend que le protagoniste a battu sa femme, qu’il a abusé de sa propre fille, et qu’il a fini par les tuer.
Le jeu raconte cette histoire horrible, mais sans vraiment en faire quelque chose d’intéressant à travers son déroulé. On a surtout l’impression qu’il se contente de la montrer de façon cryptique, on nage dans une histoire dont on sent la noirceur sans en comprendre l’intérêt. Et comme le message ne passe pas clairement, les développeurs se sentent obligés de coller à la fin un long texte de prévention sur fond noir, en mode « si vous êtes victime de violences, parlez-en, vous n’êtes pas responsable, etc. ». Ce genre de message me sort par les yeux. Je ne joue pas à un jeu pour me taper un rappel du ministère de l’intérieur à la fin. Les enfants qui subissent réellement ce genre de choses n’ont pas besoin de The Hole pour s’en sortir. Ils ont besoin d’adultes, d’un vrai accompagnement, pas d’un petit jeu indé frileux qui se sent obligé de moraliser/expliciter son propos parce qu’il n’a pas su faire passer son message autrement.
Pour conclure, si l’idée de départ est plutôt intéressante sur le papier, la manière d’aborder ce sujet sensible est ratée. Moi je voulais un truc pervers, dégueulasse et horrifique, pas un jeu financé pour faire de la pseudo-prévention complètement inutile. Je mets la moyenne car l’exécution technique est bonne et que l’on peut marteler un coussin péteur 500 fois pour gagner un succès. Le Trou aurait dû s’assumer sur un scénario purement adulte et éviter la moraline en abordant des sujets aussi sensibles que la pédophilie incestueuse. Personnellement, dans le jeu vidéo, je n’en vois pas l’intérêt.