Rechute progressive dans les jeux vidéos. D'abord des recherches au pif de petites applis à la con sur téléphone ou tablette, sans grand succès. Puis voilà qu'un ami me conseille Balatro, disponible en appli sur Google Play, sorte de jeu de poker avec des combos de pouvoirs magiques, désignation pour les néophytes. Et pour les gamers : deckbuilder en mode roguelike. Addiction immédiate, des heures de jeu consécutives jusqu'à avoir les yeux qui piquent, sensations retrouvées d'une époque perdue, comme quand j'étais petit et que je négligeais parfois un peu plus qu'in extrémis d'aller aux toilettes en jouant à Zelda 64. Mais ce n'est pas le sujet ici. Addiction en tout cas qui a fini par tomber petit à petit au bout d'un mois ou deux, puis par revenir par vagues, l'exaltation toujours authentique. Ensuite mon ami, comme un dealer qui veut pas lâcher son client en rémission, me conseille Vampire Survivors, jeu de bagarre/survie disponible sur tablette lui aussi, où on fait pas grand-chose d'autre que d'accumuler des pouvoirs qui se déclenchent tout seul, pour éliminer en masse des vagues de montres qui s'agglutinent autour du personnage. Survival en 2D pixel art bien rétro, vue du dessus, où le déplacement du personnage sert principalement à s'extirper des amas trop massifs de monstres, et surtout à ramasser les bonus.
Très addictif également, en mode roguelike lui aussi, ce qui signifie qu'à chaque défaite on gagne de l'expérience et des nouvelles capacité pour revenir plus ou moins au début mais chaque fois plus costaud. Ainsi que le prétendait Nietzche, comme quoi que le rendait plus fort ce qui ne le tuait pas. Comme Mandela aussi peut-être, qui a dit ne jamais perdre, mais soit gagner, soit apprendre (probablement, en tout cas c'est comme ça que je l'imagine, quand il est devenu président d'Afrique du Sud après vingt-sept ans de prison). Peut-être aussi comme Kerviel le trader qui a fait perdre 4 milliards d'euros à la BNP Paribas, et puis qui après sa bêtise a dit qu'il avait compris qu'il avait fait une bêtise, ce qui est déjà une belle avancée pour un trader. Ou peut-être encore comme les auto-entrepreneurs experts en redressement de boîtes ou d'associations à coups de vidanges d'âme et de licenciements massifs qui racontent à leurs potes au barbecue qu'ils ont beaucoup, beaucoup, beaucoup appris. Pardon je m'égare (j'ai un contentieux avec ceux-là).
Et puis quand je pensais arriver un peu au bout de mon addiction, voilà que mon pote me parle d'un truc dispo sur Steam qui ressemble à un mix entre Balatro et Vampire Survivors : Vampire Crawlers (spin off en fait de Vampire Survivors). C'était me proposer du crack après m'avoir doucement accoutumé à la cocaïne.
En gros vous vous promenez dans un donjon 3D rétro en pixel art, par avancées successives un peu comme sur Google Maps, et vous combattez les ennemis à base de pouvoirs affichés sur des cartes à jouer que vous avez en main et que vous devez combiner, dans des combinaisons de plus en plus monumentales qui s'étoffent bien entendu chaque fois que vous mourrez. Le sound design et les animations sont juste comme il faut pour avoir bien l'impression d'envoyer des nuées de boules de feu et d'arcs électriques sur des monstres caricaturaux - chauve-souris, zombies, squelettes, chevaliers, managers de transition et conseillers stratégiques des associations... - qui aux cris qu'ils poussent semblent regretter d'avoir mal choisi leur camp.
Addiction cette fois autrement exigeante car, là où le dernier opus demandait seulement au joueur de donner des ordres tactiques de temps en temps et de déplacer le personnage un peu en dilettante, cette fois le joueur est appelé à plonger de manière frénétique dans l'exaltation des combos proposés par le jeu, typiquement le genre de jeu où on dit à ses colocs qu'on peut pas faire pause alors que c'est même pas vrai. Et, petite nature que je suis, l'implication émotionnelle et physique s'est vite fait ressentir : la montée en transe qui en plus de ça demande de cliquer beaucoup, sur des longueurs de sessions bien abusées, vraiment l'état de souffrance oculaire dans lequel je me suis trouvé plusieurs fois par semaine vers 3h ou 4h du matin, lorsque je daignais par la force des choses éteindre l'ordinateur, témoigne de la qualité de ce jeu.