Les jeux vidéo peuvent être de véritables outils de sensibilisation, capables d’impliquer émotionnellement le joueur sur des sujets parfois difficiles à aborder autrement. Par exemple, A Normal Lost Phone (Accidental Queens, 2017) nous plonge dans l’intimité d’un coming out, en abordant les questions d’identité et de regard social. That Dragon, Cancer (Ryan Green, 2016), quant à lui, confronte le joueur au combat contre la maladie puis au deuil, à travers la perte d’un enfant.
Dans cette même démarche, Wednesdays est un visual novel qui cherche à sensibiliser à l’inceste, aux violences sexuelles sur mineur. Le jeu utilise un dispositif original : en se reconnectant à un vieux jeu PC (Theme Park), des souvenirs interactifs refont surface. Tim, personnage à la tête carrée, incarne une enfance marquée par une perte brutale de l’innocence. Le chiffre évoqué — une personne sur dix — rappelle à quel point ce sujet reste tragiquement répandu. Qu'on se rassure, c'est difficile mais... étonnement lumineux.
Même si le joueur suit le parcours relativement « soft » de Tim, j'ai apprécié que Wednesdays mette aussi en lumière la pluralité des vécus, rappelant que chaque trajectoire est singulière, tout en partageant une même nécessité : être reconnue et entendue afin de briser le silence et casser la boucle.
La direction artistique est particulièrement soignée : chaque tableau propose une idée de gameplay originale (palme à la partie de Felda), au service du propos, sans jamais tomber dans la redondance.
La montée en puissance du récit est maîtrisée avec finesse. Le joueur traverse des moments en apparence anodins, d’autres volontairement cringe, et bien sûr des instants de vérité : prise de conscience, libération de la parole, confrontation avec l’abuseur. L’ensemble s’assemble progressivement comme un puzzle narratif, permettant de mettre de la lumière dans les angles morts et d’en révéler toute la complexité.