C'est quoi, « Charlie », pour toi ?

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15 films

par Morrinson

Qu'il semble loin le temps de Hara-Kiri... Voilà plus de 10 ans que je me questionne sur les choix, les intentions, les orientations de Charlie Hebdo. Un journal qui a beaucoup évolué depuis 1992, date de sa dernière résurrection.

L'affaire des caricatures, bien sûr, mais aussi les problèmes de financement communs à l'ensemble de la presse et leurs conséquences sur le contenu des journaux, l'influence de Philippe Val sur la rédaction, le licenciement de Siné, l'évolution de l'équipe et de la ligne éditoriale, etc. Et, plus généralement, cette fameuse « liberté d'expression » que de nombreuses personnes ne défendent que ponctuellement, de manière très intéressée, tantôt aveuglément, tantôt naïvement.

Les critiques constructives à l'encontre de Charlie ne datent pas d'hier. Un débat fort intéressant et riche d'enseignements divers.
Un papier d'Acrimed de 2008 : http://www.acrimed.org/article2960.html
Un papier d'Article 11 de 2013 : http://www.article11.info/?Charlie-Hebdo-pas-raciste-Si-vous

Les débats fleurissent ci et là, impliquant les lecteurs fidèles mais aussi les lecteurs plus occasionnels, voire les anciens lecteurs. Le fait que tout le monde ait son avis sur la question, aujourd'hui, me laisse songeur. Peu de monde, en proportion, connaissait ou s'intéressait à ces problématiques avant les événements. Cela n'engage que moi, mais je ne crois absolument pas en 1 ou 4 ou 66 millions de "je suis Charlie". Je comprends le désir de rassemblement, la volonté d'unifier (mais quelle unité ?) le mouvement derrière un slogan, mais tout le monde n'est pas Charlie. Charlie Hebdo était un journal profondément clivant, dans le bon sens du terme : on ne peut pas tous aimer et tout aimer. Car au-delà des caricatures, il y avait des journalistes comme Fabrice Nicolino, Laurent Léger, Jean-Yves Camus, ou Bernard Maris qui avaient/ont/auront des objectifs bien précis : l'environnement, les enquêtes politiques, les nationalismes, l'économie.
Mais aussi la santé avec Patrick Pelloux, le cinéma avec Jean-Baptiste Thoret, l'actualité vue par Gérard Biard, Wolinski et son amour infini des femmes, et l'immense Cavanna qui nous avait quitté il y a déjà un petit moment. Des thèmes assez éloignés des problématiques liées à la religion et qui n'engagent pas nécessairement la liberté d'expression, mais qui ne sont pas à l'abri des critiques pour autant.

Mais les avis intéressants émergent de toutes parts. Aussi, cette liste a pour but de recenser les opinions des uns et des autres au sujet de Charlie Hebdo. Je ne tiendrai pas compte des avis haineux. J'aimerais dresser un portrait du journal aussi composite que possible, avec des regards variés, de la part des sympathisants (+) comme des détracteurs (-) et des avis plus mitigés (=). Vous pouvez aussi indiquer votre rapport au journal, si vous le lisez. Merci d'avance pour vos contributions utiles.

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NB: À la faveur d'un nettoyage de presque printemps, j'ai trié mes journaux et fait des stats sur les Unes des 60 derniers Charlie, depuis fin 2013. Résultats, simplement pour fixer les choses et arrêter de dire des conneries :

Politique (gouvernement) → 16.
Politique (droite et assimilé) → 13.
Politique (extrême droite) → 9.
Culture / Médias → 9.
Islam et ses dérives → 6.
Christianisme et ses dérives → 2.
Autres → 5.

Par dessinateur : Charb (19) / Cabu (16) / Luz (12) / Riss (9) / Catherine (2) / Tignous (1) / Honoré (1).
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► Sauf mention contraire, je prends le premier film de votre Top 10 pour illustrer votre avis.
► Faites-vous plaisir, likez/dislikez si le cœur vous en dit : je ne suis pas susceptible et le consensus, ça fait pas très « Charlie ». C'est pas un concours, juste un regard. J'aimerais avoir des avis positifs ET négatifs par contre.

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    Harakiri (1962)

    Seppuku

    2 h 13 min. Sortie : . Action, drame et historique.

    Film de Masaki Kobayashi avec Tatsuya Nakadai, Akira Ishihama, Shima Iwashita

    Morrinson (+)
    [Je précise qu'il s'agit d'une coïncidence, Harakiri figure en haut de mon Top 10.]

    Je lis Charlie Hebdo depuis plus de dix ans, sans interruption, même si l'esprit de feu Hara-Kiri me correspond infiniment plus. Je suis aussi abonné à d'autres journaux satiriques (Siné Hebdo puis Siné Mensuel) ainsi que d'autres magazines dans un registre proche (Fluide Glacial, puis Psikopat, en passant par des expériences temporaires comme Barricade). C'est le complément "fun" de lectures plus sérieuses comme Le Monde Diplomatique ou 6Mois. J'aime bien lire Le Figaro de manière ponctuelle, surtout pour la partie Économie. Je suis passé par de nombreux quotidiens qui m'ont vite démoralisé comme Libération et Le Monde. D'autres périodiques comme Fakir m'ont toujours paru trop sectaires, mais je retente l'expérience de temps en temps.

    Aujourd'hui, je me retrouve dans une situation un peu compliquée où je me sens obligé de défendre certains aspects d'un journal dont j'ai constaté la lente transformation vers quelque chose de beaucoup plus consensuel. Je pense que les journalistes et dessinateurs de Charlie sont sincères quand ils disent lutter contre tous les obscurantismes, de quelque origine que ce soit. Mais qu'ils ne se posent pas les bonnes questions, à savoir la récupération et la déviation de leur violence par d'autres groupes moins bien intentionnés, vers des objectifs beaucoup moins nobles. Taper de manière équitable dans toutes les directions sans prendre en compte la configuration des forces en présence ne me paraît absolument pas être le plus équilibrés des traitements. Mais réfléchir de cette manière, n'est-ce pas le début d'une forme d'auto-censure ?

    Il y a à mon avis des problèmes beaucoup plus fondamentaux (mais moins passionnants, c'est vrai) comme les conséquences du modèle actuel de financement de la presse. Cela fait des années que des journaux tombent les uns après les autres, rachetés par des groupes tentaculaires ou expurgés de leurs aspérités dérangeantes. La distribution de l'aide à la presse est à pleurer de rire : il suffit de lire le rapport de la cours des comptes à ce sujet (lire l'article http://www.monde-diplomatique.fr/2014/11/HALIMI/50948 et les références à l'intérieur) pour voir les places de choix qu'occupent Closer et autres Télé 7 Jours. Il serait temps de repenser ce modèle, qui conduit de nombreuses publications à tenter de survivre par des moyens plus ou moins légitimes.

    ↓ Suite en-dessous. ↓
  • Bande-annonce

    Hara-Kiri : Mort d'un samouraï (2011)

    Ichimei

    2 h 08 min. Sortie : . Drame.

    Film de Takashi Miike avec Kôji Yakusho, Munetaka Aoki, Naoto Takenaka

    ↑ Morrinson encore, suite du dessus. ↑

    Difficile aussi de ne pas constater les ravages de la vision de Philippe Val au sein du journal, moralisateur devant l'Éternel... L'affaire Siné étant le climax de l'histoire. On serait tenté de remercier Val à ce sujet puisqu'il a poussé l'énergumène à pondre son propre canard, mais je m'abstiendrais. Mais au milieu de tout cela, entre les Unes de plus en plus agressives et les dessins de moins en moins inspirés, persistent des plumes de qualité. J'ai beaucoup d'estime pour Jean-Yves Camus, avec son regard mesuré sur toutes les formes de nationalismes. J'ai beaucoup de sympathie pour Laurent Léger et ses enquêtes politiques sur les implications douteuses de très nombreux dirigeants et autres représentants. J'ai beaucoup de considération pour Fabrice Nicolino, au-delà de son ton un brin condescendant, pour ses enquêtes poussées en matière d'environnement. Et, enfin et surtout, j'avais une admiration infinie pour Bernard Maris, ce cher Oncle Bernard qui luttait contre vents et marées avec sa vision d'économiste (toulousain) hétérodoxe, grand amateur de Littérature et d'Histoire dont il écrivait régulièrement des critiques, amateur de débats contradictoires (coucou Dominique Seux) et de vulgarisations bien senties.

    Tout ça sans parler de Cavanna et la salope de miss Parkinson, Patrick Pelloux et l'émotion à fleur de stylo, Jean-Baptiste Thoret et ses avis ciné tranchés, Wolinski et son amour des femmes, Gérard Biard et ses analyses de l'actualité. C'était aussi et surtout ça, pour moi, Charlie.

    Autant dire que le flot des récupérations de toutes parts, présentes et à venir, me donne une irrépressible envie de gerber.
  • Bande-annonce

    Before Sunset (2004)

    Before sunset

    1 h 20 min. Sortie : . Drame et romance.

    Film de Richard Linklater avec Ethan Hawke, Julie Delpy, Diabolo

    Rawi : (=)

    Pour moi Charlie Hebdo n'a pas à être sanctifié comme certains le font à la suite de l'inacceptable assassinat.
    La rédaction est composée de personnes, d'êtres humains faits de bons et de mauvais côtés et c'est ce qui ressort du journal.
    Les excès, les vérités qui déplaisent la provocation.
    Toujours intelligent, certes mais ils aimaient mettre le doigt là où ça fait mal.
    Poser ces gens en chantres de la liberté d'expression je ne sais pas mais en tout état de cause en personnes sûrs de leurs convictions, qui les assument jusqu'au bout et ça, ça n'a pas de prix.
  • Bande-annonce

    As I Was Moving Ahead, Occasionally I Saw Brief Glimpses of Beauty (2000)

    5 h 20 min. Sortie : 2000. Expérimental.

    Documentaire de Jonas Mekas avec Jonas Mekas, Jane Brakhage, Stan Brakhage

    NRostov : (+)

    Pour moi Charlie Hebdo est le symbole de la pluralité de la presse qui est hyper importante en démocratie afin de représenter toutes les opinions et je trouve cela très triste qu'il faille attendre quelque chose comme ça pour que la population s'en rende compte, alors qu'il y a encore quelques semaines, Charb était en train de collecter des fonds nécessaires à la survie du journal et on lui fermait la porte au nez. Cet événement aurait eu la même portée si ça avait été Libération qui avait été touché alors que là aussi, personne ne s'est grandement ému de l'annonce de la fin du journal, il y a à peine un mois alors que merde quoi, qu'on l'apprécie ou non, il fait partie de notre patrimoine et a été fondé par Sartre ce qui n'est pas rien et je pense la même chose des journaux, de droite ou spécialisés dans des thèmes qui ne me touchent pas particulièrement comme Le Figaro ou L'Equipe. Bref, j'espère que ce réveil tarif des populations n'est pas juste un effet passager dû à l'émotion et que les choses changeront vraiment pour notre bonne vieille presse. Et heureusement qu'il existe des œuvres qui, bien avant ce drame, ont rendu hommage au boulot des journalistes comme la série britannique State of Play de Paul Abbott ou le roman 2666 du chilien Robero Bolaño. Heureusement que ces personnes sont là.
  • Bande-annonce

    Interstella 5555: The 5tory of the 5ecret 5tar 5ystem (2003)

    Intâsutera fô faibu

    1 h 08 min. Sortie : . Animation, action, aventure, comédie musicale et science-fiction.

    Long-métrage d'animation de Kazuhisa Takenouchi, Daft Punk, Leiji Matsumoto avec Romanthony et Thomas Bangalter

    Pierre Marot : (=)

    Une putain d'hypocrisie. Un journal marqué à gauche, voire très à gauche, franchement anti pas mal de truc, qui a passé ses quarante premières années à taper sur le pouvoir, quel qu'en soit la forme - et l'église catholique en était l'un des aspects, qui s'est vu bien plus souvent croquée qu'à son tour.
    Et puis, un jour, un jour de septembre 2001, Charlie a décidé que le danger c'était l'Islam, qui attaquait les fondements de notre république et de son pacte social. Charlie, et c'est son droit, a donc commencé à taper dessus, s'enhardissant aux côté de Fourest, Val, croquant férocement, sans scrupule ; en tapant sur l'Islam, en prétendant caricaturer une religion et non des gens, Charlie a oublié qu'une religion, ce sont des gens. Alors c'était drôle, souvent, ignoble, parfois, et surtout, hypocrite. Ce qui ne serait pas bien grave si ce journal avait cessé de prétendre être de gauche, prétendre défendre la république, défendre les faibles contre les forts.
    Taper sur les catholiques, c'était (et c'est toujours) taper sur les forts. Taper sur les musulmans, c'est l'inverse. Taper sur les faibles pour plaire aux forts sous couvert de défense de la laïcité, c'est ce qu'est devenu l'esprit Charlie ; ce ne sont pas des valeurs que je qualifierais de gauche, qui devrait viser à l'émancipation des faibles plutôt qu'à leur cracher à la gueule.
    Alors en démocratie, on a le droit de dire ce qu'on veut (ou presque, mais je ne considère pas que Charlie a franchi les limites de la légalité) et j'en suis ravi ; je veux bien être un peu Charlie moi aussi ces jours-ci. Mais ne venez pas me faire dire que Charlie est un journal complètement honorable ; et malgré cet hypocrisie, il le sera toujours plus que pas mal d'autres, parce que refuser de céder à l'autocensure ambiante est une vertu que je ne peux manquer d'apprécier.
    TL;DR : faire ces caricatures outrancière était ignoble, mais une fois menacé, je trouve noble qu'ils aient refusé d'abdiquer.
  • Bande-annonce

    Blade Runner (1982)

    1 h 57 min. Sortie : . Science-fiction et film noir.

    Film de Ridley Scott avec Harrison Ford, Rutger Hauer, Sean Young

    Séances de cinéma (2 salles)
    Limguela : (+)

    Charlie c'est l'exercice du 4e pouvoir et ½ dans une société qu'on peut encore qualifier de libre et de paisible. 4e pouvoir celui de la presse ou des médias en général, ½, comme dans Dans la peau de John Malkovich où le personnage travaille au 7e étage et ½ d'un immeuble. Chez les Grecs, on donnait des pièces sur quatre jours, les trois premiers on y présentait des tragédies où la sacré avait une place importante, et le dernier jour on y présentait une comédie pour désacraliser tout ça. La désacralisation de ce qu'on aurait vite fait de contempler comme des objets de culte inamovibles me semble avoir un rôle indispensable pour la bonne santé d'une société. L'agitation, la discussion, le rire, la moquerie, la dérision, ce sont ces marques d'une société libre et paisible. Les sociétés où plus rien ne se dit, où la peur, la censure, le dogme ou l'autocensure règnent, ont toute l'apparence de l'ordre, puisqu'on opprime toute possibilité de contestation au nom justement de l'ordre.

    Et dans l'espace public, Charlie, c'était un des derniers poils à gratter là où tous les médias, tous ces éléments de ce 4e pouvoir tendent vers l'ordre, la bienséance, le politiquement correct, le sacré, toujours au nom de l'ordre et de la bien-pensance. Mais même Charlie pouvait lui-même être victime de se conformisme béat. Ce qu'on s'autorisait à faire pour les musulmans ou pour d'autres, on se le refusait pour les juifs. Preuve qu'il y a encore un tabou juif dans notre société qui tendrait à desservir la cause qu'il prétend défendre (comme tous les tabous). Personne n'est donc à l'abri de la connerie, surtout pas Charlie (ou Val). C'est en soi une leçon qui doit sans cesse nous pousser à réfléchir.

    Parce que si on organise le sacré pendant trois jours, à quoi sert-il donc de se pousser à tout détricoter le quatrième ? Eh bien justement par peur de se prendre trop au sérieux et de voir certaines règles s'ériger en dogmes ou en fanatismes. Le rire déconstruit les structures savantes de la société, démystifie le pouvoir du roi, apaise et dévoile les frustrations. Dans l'idée de dérision, il y a la volonté de montrer autrement. Souvent en grossissant un trait, en accentuant un caractère connu de tous mais finalement tellement commun qu'il finit par devenir invisible. C'est le principe de la caricature. Elle ment à la fois parce qu'elle est injuste en discriminant certains points au détriment d'autres, mais elle ne ment pas non plus justement

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  • Bande-annonce

    Blade Runner 2049 (2017)

    2 h 44 min. Sortie : . Science-fiction et film noir.

    Film de Denis Villeneuve avec Ryan Gosling, Harrison Ford, Jared Leto

    ↑ Limguela encore, suite du dessus. ↑

    parce qu'elle se présente comme une caricature. Celui qui regarde rit d'abord parce qu'il remarque un trait gênant qu'il ne voulait plus voir, qui le dérange, le gêne, et dont il peut tout à coup s'excuser en le purgeant dans le rire, mais si tout va bien, il se questionne sur ce qu'il voit et si ce que cela dévoile nécessite examen de sa conscience. "Ah tiens, je ris, c'est con. Mais au fait, qu'est-ce que cela dit sur moi, et sur les autres ?" La caricature est toujours injuste, peut-être même inju-rieuse, mais elle sert de révélateur. C'est l'inspecteur des travaux finis. Celui qui déconstruit quand on croit que tout est bien conforme et parfaitement mis en place.

    C'est pour ça qu'il ne doit y avoir aucune distinction (ou presque) entre le traitement fait à un groupe de personnes par rapport à un autre. Les juifs tout autant que les musulmans ont droit de passer au radar de la caricature. Est-ce qu'on doit s'interdire d'user de son pouvoir de dérision par peur de se voir traiter d'antisémite ? Si une caricature est toujours injuste et grossière, elle est forcément quand on y décrit des juifs, antisémite. Le rire discrimine. Mais il y a deux formes de discrimination. La discrimination dont la discrimination est la finalité, et est par nature une idéologie du rejet et de la peur de l'autre. Et il y a la discrimination sans laquelle aucune intelligence ne serait possible. Pour distinguer une chose d'une autre, on discrimine, c'est ça l'intelligence. Et là elle n'est donc pas la finalité, mais un outil d'examen et de compréhension. La finalité de la caricature, est-ce l'exclusion de l'autre, la stigmatisation facile, l'injure, le mépris ? Non, c'est un outil de révélation. Peu importe si la caricature est mal habile, injuste ou blessante, parce qu'elle a un rôle d'examen, de déconstruction, de démystification et de réflexion.

    J'ai tendance à dire que ceux qui sont prompts à montrer du doigt ce qui leur semble raciste, injurieux, antisémite, ont eux-même un problème avec ce qu'ils s'empressent de défendre, ou montrer défendre. On crée ainsi une psychose, une peur, on cherche qui dérive de la bienséance pour se ranger du côté des infâmes monstres qui s'attaquent à notre si chère paix sociale. Les inquisiteurs de la bonne morale, de l'uniformité, trouveront toujours comme premières cibles, ces clowns chargés de dévier le réel, dévoiler le furoncle, ou désacraliser nos certitudes.

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  • Des temps difficiles : Le making-of de Blade Runner (2007)

    Dangerous Days : Making Blade Runner

    3 h 34 min. Sortie : .

    Documentaire de Charles de Lauzirika

    ↑ Limguela encore et toujours, suite du dessus. ↑

    Parce que le clown est visible et que tous les autres se cachent. Mais que faisons-nous quand il n'y a plus de clown pour se moquer du roi ?

    Les "je suis Charlie", je préfère penser qu'il y a derrière ce grand élan de compassion, un désir d'abord de communion, pendant trois jours, et puis un retour des fous irrévérencieux le quatrième jour. En quelque sorte, malgré tout, les "je ne suis pas Charlie" (et toutes les variantes) c'est déjà un retour de la dérision. Être ou ne pas être, telle est la question ; être ou ne pas être Charlie. L'ordre, c'est le désordre cantonné au 4e jour, c'est le maintien du 4e pouvoir et ½. C'est être et ne pas être Charlie. Car il n'y aurait rien de plus totalitaire, et finalement discriminant, que de dire ce qui est et ce qui n'est pas. La dérision, c'est le trouble, l'incertitude. Le droit à la connerie et à la maladresse. Le droit de se sentir blessé et de l'exprimer. Le droit de rire de ou avec pour que jamais on ait peur. Pas des terroristes, mais de nous-mêmes. La seule terreur dont il faut se méfier, c'est celle qui nous restreint le droit de nous moquer de tout et de tous. Parce que rire de quelqu'un, c'est peut-être aussi un peu le respecter. Comme pour le mettre au scanner pour dévoiler en lui ses blessures. Si le rire dévoile et démystifie, pourquoi le rendre responsable de ce qui nous ronge ? Oui l'islam est rongé de l'intérieur par le fanatisme. Ce n'est pas en fermant les yeux que la mal disparaîtra. Et oui, les juifs ont tout autant droit à leur quatrième jour. Parce qu'ils ne sont pas différents, et qu'on devrait s'interroger dès qu'on parle d'exception pour les juifs.

    Et puis, tout de même, sans le respect de ce 4e pouvoir et ½, on finirait tous à travailler 48h par semaine. Charlie Hebdo c'est aussi ça. L'égalité pour tous. Si on tue des gosses de 70 ans parce qu'ils dessinaient sur leur table et appliquaient la semaine des 4 jours et ½, où va le monde Charlie ? où va le monde...
    (fallait bien terminer par une connerie déstructurante, je respecte infiniment les règles, moi, monsieur le commissaire)
  • Bande-annonce

    Jodorowsky's Dune (2013)

    1 h 30 min. Sortie : . Science-fiction.

    Documentaire de Frank Pavich avec Alejandro Jodorowsky, Amanda Lear, Brontis Jodorowsky

    Brad-Pitre : (+)

    Mais en fait Charlie ce sont juste des gens qui se sont fait massacrer pour quelques bêtes dessins. Et ça fait peur.
  • Bande-annonce

    Down by Law (1986)

    1 h 46 min. Sortie : . Comédie, policier et drame.

    Film de Jim Jarmusch avec Tom Waits, John Lurie, Roberto Benigni

    Séances de cinéma (3 salles)
    guyness (+)

    Charlie et moi, ça remonte à très loin. Quand je me suis abonné, il y a... 19 ans, je le lisais déjà depuis quelques années. Bien entendu, entre l'étudiant d'histoire (forcément) idéaliste et le père de famille, cadre dans une entreprise ayant pignon sur rue, les choses ont pas mal évolué idéologiquement et politiquement parlant.
    Pourtant, si je n'ai jamais arrêté de lire Charlie toutes les semaines (j'en ai jamais raté un, et à part les puces de Luce Lapin, je lis tout de la page 1 à la 16), c'est qu'un certain corpus de valeurs communes reste comme un trait d'union entre nous.

    Une laïcité viscérale (que la faiblesse de l'époque tente de faire passer pour de l'islamophobie par amalgame simpliste), une vision alternative sur l'économie, un regard décalé et salutaire sur les dérives stupéfiantes de notre temps.

    J'aimais aussi et avant tout la poésie de Wolinski (dont j'avais choisi une citation comme illustration de mon profil bien avant les terribles événements de mercredi), le recul de Philippe Lançon, les chroniques de JB Thoret, les saillies (pas toujours très fines) de Charb, les apéros de Bernard Maris, la manivelle de Gérard Biard, les illustrations de la politique de santé aujourd'hui de Pelloux... bref, un ensemble souvent drôle et décalé, qui avaient tous été les potes ou disciples du plus grand d'entre tous, mon ami (imaginaire, mon compagnon d'âme) Cavanna.

    J'aimais même beaucoup les éditos de Val à l'époque, qui visaient (presque) toujours avec une certaine hauteur de vue l'intérêt commun et les libertés individuelles. (Ce qui s'est passé avec Siné reste de mon point de vue, autant de la mauvaise cuisine interne qu'une haute affaire de principes, même si, justement, il me semblait que Siné prenait plus une mauvaise pente pré-Dieudonnesque qu'autre chose).

    Voilà, autant dire que je resterai sans doute abonné une bonne vingtaine d'années de plus, et l'unanimité dont ils sont l'objet depuis 4 jours me fait quand même doucement rigoler.

    Tant qu'il restera des gens sur cette planète, il en restera toujours une bonne partie pour idolâtrer un fétiche, une idée abstraite, qui sacraliseront des courants d'airs, et qui bâtiront leurs existences sur des fadaises irrationnelles et délirantes dont nous ne voudrions pas même pour une saga adolescente au cinéma. Charlie sera là pour leur rappeler qu'ils sont libres de le faire mais dans leur salon, ou dans leurs lieux de dévotion.
    Et je continuerai à les acheter.
  • Bande-annonce

    Orange mécanique (1971)

    A Clockwork Orange

    2 h 16 min. Sortie : . Drame et science-fiction.

    Film de Stanley Kubrick avec Malcolm McDowell, Patrick Magee, Michael Bates

    Séances de cinéma (1 salle)
  • Bande-annonce

    Apocalypse Now (1979)

    2 h 33 min. Sortie : . Drame et guerre.

    Film de Francis Ford Coppola avec Marlon Brando, Martin Sheen, Robert Duvall

    Séances de cinéma (1 salle)
    Themroc (=)

    Je compatis envers les victimes et leurs proches, mais je ne suis pas "Charlie", j'ai un peu de mal avec ce canard qu'on a un peu vite érigé en avatar de la liberté d'expression. Sa ligne éditoriale, depuis sa refondation par Val en 92, a tendance à me chagriner. Le Charlie Hebdo (ex-Hara Kiri) de Choron et Cavanna, ça c'était de l'impertinence. Depuis, c'est devenu très consensuel (ton bobo-anar et antiracisme neuneu), et les collusions avec les politiques sont de plus en plus évidentes. Le journal a ses cibles, mais aussi ses tabous. J'ai lu Charlie pendant des années, jusqu'à l'éviction de Siné (dont j'aimais beaucoup les chroniques)... et son licenciement est à mes yeux assez révélateur des limites de la liberté d'expression chez Charlie Hebdo. Cet article reflète très bien mon opinion sur la question : http://www.acrimed.org/article2960.html.

    Maintenant concernant l'attentat, espérons que les bonnes questions seront posées, à savoir : à qui ces crimes profitent-ils ? Jusqu'où ira le panurgisme des Français vis-à-vis de nos "amis" américains ? Et corollairement : aurons-nous encore à supporter de nouveaux engagements guerriers aux quatre coins de la planète ?
  • Bande-annonce

    2001 : L'Odyssée de l'espace (1968)

    2001: A Space Odyssey

    2 h 40 min. Sortie : . Aventure et science-fiction.

    Film de Stanley Kubrick avec Keir Dullea, Gary Lockwood, William Sylvester

    Séances de cinéma (2 salles)
    Spiderbaby (+)

    Je lis peu la presse, une brève revue quotidienne pour me tenir informer du fond de ma caverne, mais pas davantage, sinon je sens le poids du monde écraser mes épaules. Du coup, si je lisais peu Charlie, et de moins en moins depuis l'éviction de Siné, malgré des atomes crochus certains ; je l'ai au moins toujours tenu en estime. D'autant, que les chantres de la liberté d'expression et les subversifs se raréfient.

    L'attentat est abominable. Je vais pas m'étendre sur le sujet. Quiconque de censé sait que le fanatisme religieux est une plaie.

    Je voudrais plutôt pointer les lacunes de notre modèle sociétal à nous : déshumanisé, aseptisé, où les conditions de travail se détériorent, où les médias participent à l'abrutissement des masses, où la population carcérale explose, où de grosses entreprises et des lobbys peu scrupuleux du sort de la planète et de ses habitants ont de plus en plus de pouvoir... Bref, une société qui est tout sauf un modèle de tolérance, de liberté, d'humanisme, une société qui a du au passage joué un rôle non négligeable dans la formation du caractère des 3 aliénés, nés non pas à Islamabad mais à Paris, une société qui court à sa perte mais qui risque d'être légitimée parce qu'elle s'est trouvée un ennemi. Un ennemi facile à cerner pour le citoyen lambda, puisqu'il porte une barbe, une kalashnikov, et hurle dans une langue gutturale. Le terrorisme et le fanatisme religieux sont évidemment à combattre, mais ils ne doivent pas cristalliser toutes les colères... Je suis convaincu qu'on a plus de chance de basculer dans une dystopie orwellienne ou d'être ravagé par une catastrophe écologique que d'être envahis par des fous de dieu.

    ↓ Suite en-dessous. ↓
  • Bande-annonce

    Dracula 2001 (2000)

    Dracula 2000

    1 h 39 min. Sortie : . Thriller et Épouvante-horreur.

    Film de Patrick Lussier avec Gerard Butler, Christopher Plummer, Jonny Lee Miller

    ↑ Spiderbaby encore, suite du dessus. ↑

    Je me réjouis que les gens se soient rassemblés pour une fois, dans un élan qui je l'espère aboutira à autre chose qu'à une multiplication des caméras de sécurité et une hausse des cotisations des assurances, et qui ne sera pas balayé à la prochaine catastrophe médiatique... Attention tout de même à bien faire le distinguo : dans la masse, tous n'étaient pas là pour de bonnes raisons : opportunistes, démagogues, extrême -droitistes xénophobes prêts à sortir les fourches et les faux, moutons de tout poil, récupérés de tout bord, tous n'étaient pas Charlie. Pour ma part je me pose la question, je pense que j'ai toujours été Charlie, même quand je connaissais pas Charlie, et j'ai un peu cessé de l'être quand tout le monde a prétendu l'être devenu.
    Alors défendons la liberté d'expression sans compromis aucun mais attention à la récupération, et au climat de peur de de violence qui peut être généré si l'on ne reste pas vigilants.
  • Bande-annonce

    Gosses de Tokyo (1932)

    Otona no miru ehon - Umarete wa mita keredo

    1 h 40 min. Sortie : . Comédie et drame.

    Film de Yasujirô Ozu avec Tatsuo Saitô, Tomio Aoki, Mitsuko Yoshikawa

    Antisnob (-)

    Pour moi Charlie c'est de la merde, si leur but était de faire de la comm sur de la provocation gratuite. Ils ont oublié de circonscrire leur liberté d'expression dans des idées : c'est des cons.

    (mais faut pas tuer les gens parce qu'ils sont bêtes, on aurait pas fini)