Journal d'un bédéphile : année 2017

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74 bd

par Marius Jouanny

Mes coups de cœurs :
- Rhâ-Gnagna, tome 2 8/10
- Punk Rock et mobile homes 8/10
- La Lagune des mystères - Corto Maltese : Toujours un peu plus loin, tome 2 8/10
- Punk Rock Jesus 8/10
- Une Soeur 8/10
- Les Éthiopiques - Corto Maltese, tome 2 9/10
- Happy Clem - Gus, tome 4 8/10
- Corto Maltese en Sibérie - Corto Maltese, tome 4 10/10
- La Maison dorée de Samarkand - Corto Maltese 8/10
- L'Essai 8/10
- S'enfuir 8/10
- Capharnaüm 8/10
- SOS Bonheur 8/10
- Shangri-La 9/10

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  • Un bruit étrange et beau (2016)

    Sortie : .

    BD franco-belge de Zep

    Zep, dans sa veine réaliste m'avait ennuyé à la limite de l'horripilation avec "Une histoire d'hommes". Ce "Un bruit étrange et beau" (quels titres pathétiques, quand même !) n'est pas franchement mieux : certes, le trait apaisé de l'auteur s'étale avec générosité par de grandes cases et de grandes respirations narratives. Pour mieux cacher la vacuité ? En grande partie, tellement le récit tourne à vide la plupart du temps, enchaîné à une voix-off rapidement encombrante. La figure du moine solitaire traitée ici est à peine érodée, comme si Zep, par excès de pudeur, se bridait dans le potentiel narratif de l'album. Aussi chiant et prétentieux qu'un mauvais film d'auteur français, en somme.
  • DoggyBags, tome 8 (2015)

    Sortie : .

    BD (divers) de Le Hegarat, Ludovic Chesnot, Mathieu Bablet

    Il est frustrant de voir comment la série "DoggyBags" se tire des balles dans le pied dans le choix de ses regroupements de récits : dans celui-ci, on a affaire à une histoire féministe sur fond de légende locale nicaraguayenne, et deux autres de serial-killer, (dont celle, bien réelle, de Dahmer, bien connu des fans de Derf Backderf dont je fais parti). Pourquoi ne pas avoir fait trois histoires de serial-killer, pour conférer une unité à l'album ? Cela me dépasse un peu, surtout que cette première histoire, bien que son propos est intéressant, est la moins maîtrisée des trois. Le récit sur Dahmer est vraiment bien foutu et glaçant, tandis que le troisième choisit un lieu vraiment atypique qui forme un personnage à part entière.
  • Rhââ Lovely, tome 1 (1976)

    Sortie : avril 1976.

    BD franco-belge de Marcel Gotlib

    Un poil déçu de ce premier tome de la RAB version érotique. Maintenant qu'il n'a plus les contraintes de s'adapter au lectorat de Pilote (il passe avec cette série à "L'écho des savanes") il sert parfois des récits trop digressifs et à la chute trop légère, donnant l'impression qu'il dépasse les limites de ce qu'il est acceptable de montrer simplement par esprit de transgression plutôt que pour servir le gag. Pour le reste, c'est tout de même du Gotlib, très maîtrisé visuellement et aussi très drôle à de nombreux endroits. On sent bien que sa verve désormais complètement débridée a plus de potentiel, qui je ne le doute pas se développe mieux dans les tomes suivants.
  • Rhââ Lovely, tome 2 (1977)

    Sortie : octobre 1977.

    BD franco-belge de Marcel Gotlib

    Ce deuxième tome est plus appréciable que le premier, certains gags s'approchent vraiment du chef-d'oeuvre (les deux pages sur la cinéphilie de Brétecher sont simplement parfaite) et même si on retrouve les défauts du tome 1 ils sont suffisamment gommés pour prendre son pied de bout en bout. Relecture du complexe d’œdipe, récit sur l'inventeur du papier toilette, Gotlib nous en fait voir des vertes et des pas mûres.
  • Rhââ Lovely, tome 3 (1978)

    Sortie : octobre 1978.

    BD franco-belge de Marcel Gotlib

    Avec des récits plus longs, ce troisième tome s'accompagne de quelques longueurs, mais surtout d'une plus grande substance expressive dans les gags, une démesure parodique bienvenue qui amène notamment le surfer d'argent à faire un cunnilingus à une vache (!).
  • Rhâ-Gnagna, tome 1 (1979)

    Sortie : octobre 1979.

    BD franco-belge de Marcel Gotlib

    Bon, la rigueur et l'inventivité humoristique sont un poil amoindris par rapport aux "Rhâ-Lovely". Reprendre la trame de "Alice aux pays des merveilles" version érotique n'est pas des plus originales, à mon sens. Qu'à cela ne tienne, Gotlib assure toujours bien sa narration et l'éclate à l'envie, avec la même virtuosité qu'auparavant.
  • Rhâ-Gnagna, tome 2 (1980)

    Sortie : octobre 1980.

    BD franco-belge de Marcel Gotlib

    Le meilleur de la cuvée "Rhâ-lovely/Rhâ-gnagna". Gotlib y parodie "Le docteur Mabuse" et "Le Petit Prince" avec une irrévérence particulièrement léchée et jubilatoire. C'est finalement en se concentrant moins sur l'érotisme qu'il trouve un souffle humoristique plus salvateur. C'est aussi dans cet album qu'il brise le quatrième mur avec le plus d'inventivité, dans un récit dont je ne vous dévoilerai pas ici le contenu (surprise !). Si l'auto-dérision est aussi toujours de mise (il narre ainsi la confrontation entre Super Dupont et Bruce Lee) son récit-hommage à sa propre mère est très touchant. Cela montre que Gotlib, au-delà d'être iconoclaste, peut aussi se dévoiler intimement et se risquer à un premier degré étonnant et bienvenu. Car sa démarche d'hommage respectueux est après tout omniprésente : ses moqueries même les plus vaches sont toujours bienveillantes, respectueuses et admiratives.
  • Rhâââââ... - Lovely & Gnagna, l'intégrale (2004)

    Sortie : mars 2004.

    BD franco-belge de Marcel Gotlib

  • Joséphine Baker (2016)

    Sortie : .

    BD (divers) de Catel Muller et José-Louis Bocquet

    Voir critique.
  • Adèle et la Bête - Adèle Blanc-Sec, tome 1 (1976)

    Sortie : avril 1976.

    BD franco-belge de Jacques Tardi

    Très surpris et déçu d'un tome 1 d'une série dont j'attendais beaucoup depuis très longtemps. En fait, le plus étrange reste le décalage entre la forme et le fond : Tardi dresse un portrait de Paris extraordinaire, je me suis régalé de ses décors et de ses trognes impossibles, de son bestiaire du muséum d'histoire naturelle... Ajouté à cela un découpage minutieux, un sens du détail dans la narration, et vous avez une mise en scène impeccable. Mais dans le fond, on se retrouve avec une enquête aux allures feuilletonesques franchement bas de gamme : l'auteur multiplie les allusions incompréhensibles et mystérieuses pour tout expliquer machinalement et laborieusement aux dernières pages du récit. Les personnages, à cause de ce procédé, sont d'ailleurs à peine esquissés, à commencer par Adèle elle-même. Je suis quand même curieux de lire la suite.
  • Punk Rock et mobile homes (2014)

    Punk Rock and trailer parks

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    Comics de Derf Backderf

    J'adore Derf Backderf. Son style de dessin rebute au premier abord, inévitablement. Mais en creusant j'ai découvert avec "Mon ami Dahmer" une formidable comédie grinçante teintée de psychologie sur un serial killer que l'auteur a connu au collège et au lycée. Avec "Punk Rock et mobile homes", son premier album, il utilise la fiction mais sans perdre du caractère profondément personnel de sa démarche : toujours avec le même humour et le même univers cradingue qui érode les clichés du lycée à l'américaine, il propose ne véritable éloge de son adolescence par le prisme de la passion musicale, celle du Punk Rock. L'auteur propose même une playlist en intro trouvable sur youtube à écouter en lisant la BD, et je dois dire que c'est foutrement jouissif ! Découvrir un style de musique que je connais trop peu, tout en m'attachant aux personnages hauts en couleurs de la BD, et à un hommage touchant à l'époque et le lieu (Détroit dans les années 80, alors que tout tombait déjà en décrépitude). C'est généreux, intelligent, bref la fine fleur de la BD américaine.
  • Trashed (2015)

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    Comics de Derf Backderf

    Backderf s'inspire de son année d'expérience en tant qu'éboueur pour livrer une fiction qui se veut à la fois hilarante et réflexive. Certes, le pavé développe un univers peu sexy et une narration répétitive, d'où un résultat moins marquant que ses deux autres BD, mais il parvient à renouveler l'intérêt de bout en bout. Le dessin est toujours aussi efficace et sert bien l'humour singulier de l'auteur. Pis le dossier de fin, avec ses nombreux chiffres, tend à rendre sa démarche sociologique et militantiste avec beaucoup de pertinence.
  • Death of a Nation - DoggyBags, tome 9 (2016)

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    BD (divers) de Jedebaï, Philippe Auger, Hasteda

    DoggyBags rejoue la carte de l'épisode à thème, et ça gagne bien évidemment en cohérence. Bon, c'est sûr que s'attaquer au zombie n'a rien de bien audacieux, mais prolonger l'idée géniale d'un parc d'attraction patriote où les ricains se défoulent sur des zombies déguisés en mexicains et en indiens, c'est tout de même un brin excitant. Et ça tient plutôt bien la route, même s'il manque une chute dans la deuxième histoire et que la troisième est sacrément digressive.
  • Dans la forêt sombre et mystérieuse (2016)

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    BD franco-belge de Vincent Paronnaud (Winshluss)

    En s'aventurant sur le terrain parfois édulcoré de la BD jeunesse, Winshluss est aussi inventif et réjouissant qu'à son habitude. Ça se lit vite, mais quelle ardeur narrative et graphique. Sorte de melting-pot de contes en reprenant la trame narrative de Alice aux pays des merveilles, l'auteur ne cherche pas vraiment de rester fidèle à ses influences mais d'en jouer comme il l'a fait auparavant ("In God we trust" ou avec "Pinocchio"). Tout cela n'a rien de bouleversant dans sa réflexion mais c'est assez délectable.
  • Le Monde d'après - Le Reste du monde, tome 2 (2016)

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    BD franco-belge de Jean-Christophe Chauzy

    Aussi poignant que le premier tome, cette suite, un peu comme Mad Max 2, propulse véritablement le récit dans un décor post-apocalyptique. Les grandes cases démentiellement détaillées peignent un "monde d'après" d'une mélancolie très touchante. Certes, la fin botte en touche et les thèmes sont assez peu renouvelés, mais le propos sur la cellule familiale et le vraie visage de l'homme civilisé quand on lui retire son confort est toujours pertinent. Apparemment, la série s'arrête là, mais vu la conclusion, l'auteur pourrait être tenté de rempiler, et ce serait pas de refus.
  • 1869 : La Conquête de l'espace - Le Château des étoiles : Intégrale, tome 1 (2014)

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    BD franco-belge de Alex Alice

    Véritable ode aux récits de Jules Verne, ce démarrage d'une série qui s'annonce ambitieuse et depuis couronnée par une exposition exceptionnelle au dernier festival d'Angoulême pose des enjeux forts et des personnages que je retrouverai avec plaisir pour une longue saga. Il faut dire aussi que la forme est chiadée : Alex Alice, avec une mise en couleur directe somptueuse et lumineuse, soigne un univers d'époque encré dans le réalisme mais avec quelques relents de steampunk très inventifs. C'est drôle, bien mis en scène, et n'oublie pas de souligner les limites de toutes avancées technologiques, bref une série jeunesse comme on en fait trop peu, malgré quelques raccourcis narratifs et une volonté de rester léger dans ses registres, au point d'évoquer aussi les Miyazaki les plus accessibles, comme "Le Château de Cagliostro".
  • Une jeunesse au Moyen-Orient (1985-1987) – L’Arabe du futur, tome 3 (2016)

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    BD franco-belge de Riad Sattouf

    Toujours aussi cinglant, drôle, aux détails fournis. Sattouf a définitivement trouvé un filon avec cette série (et pas seulement commercial) d'une grande richesse : critique sociétale, regard tendre mais aussi acerbe sur sa famille. Tout le paradoxe qui étaye le plaisir de lecture repose sur la série d'incongruité que vit le petit Riad, qui paraisse néanmoins parfaitement authentique. Je suis toujours bluffé par la mémoire aussi étoffée qu'il a gardé de son enfance, comme de l'expressivité de ses dessins. Voilà une série qui reste une valeur sûre, et qui risque de renouveler profondément ses thèmes et son portrait dans le tome 4.
  • Julio Popper, le dernier roi de terre de feu (2015)

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    BD franco-belge de Léonard Chemineau et Matz

    Ce biopic sur un explorateur roumain partant à la recherche de gisements d'or au fin fond de l'Argentine est assez incroyable (dans ce qu'il raconte), et sacrément bien foutu. Jouant sur l'iconisation et l'ambivalence du mystérieux personnage, sorte de croisement entre Don Quichotte et l'imaginaire de Jules Verne, il parcourt sa vie avec grande efficacité et un sens de la narration aiguisé. Voulant réparer les préjudices à l'égard d'un scientifique dont on disait qu'il a massacré des indigènes (faux) et qu'il gardait les gisements d'or qui lui appartenait d'une main de fer, attaquant les mineurs affamés qui tentaient d'en profiter (vrai). Même si cela reste un brin idéalisé, le regard garde une certaine constance lucide. Et soit dit en passant, les dessins sont très soignés, notamment la mise en couleur, pour un dessinateur qui publie depuis 2012. Chapeau.
  • Le Travailleur de la nuit (2017)

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    BD franco-belge de Léonard Chemineau et Matz

    Après Julio Popper, les deux auteurs font le portrait du cambrioleur anarchiste Marius Jacob au destin incroyable (après une adolescence sur l'océan en mousse, il côtoie les réseaux anarchistes pour devenir pendant quelques années cambrioleur altruiste qui donnait son butin aux plus démunis. Pris part la police, il réchappa à 20 ans de bagne à Cayenne !). La narration est plus classique que dans le récit précédent, ce qui est un peu dommageable à mon sens, d'autant plus que le sujet est absolument fascinant (il donnerai presque des idées, en ces temps d'élections placées sous le signe de l'illégalité) et que les dessins sont toujours aussi aboutis. Mais pour ces deux raisons, je n'ai pas boudé mon plaisir et il faut dire qu'en 130 pages le biopic est très complet, et parvient à nourrir sa dramaturgie, notamment durant la scène du départ pour Cayenne.

    (BD lue en avant-première, j'assiste demain à l'interview du scénariste Matz par Casemate).
  • Café Zombo - Mickey vu par..., tome 4 (2016)

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    BD franco-belge de Régis Loisel

    Je suis assez déçu de ce Mickey par Loisel. Le récit ne manque pourtant pas de fond, renvoyant à la crise économique des années 30 et à l'aliénation par le travail. Pourtant, le trip régressif tend à affadir chaque idée, et passé une première partie réjouissante avec l'apparition de Donald, Loisel tombe dans une certaine monotonie burlesque. Il s'est sûrement amusé comme un petit fou à dessiner les scènes de bagarres et les courses-poursuites, mais elles enferment la narration dans un ludisme assez répétitif, qui amène à une conclusion pour le moins précipitée. Ses dessins, très aboutis sont par ailleurs assez mal mis en valeur par un format d'album ingrat. Tout cela est dommage tellement les intentions de faire revivre une version révolue de Mickey, dans la lignée du jeu vidéo "Epic Mickey", sont louables. Il est apparemment parti pour en faire une suite, j'aimerais mieux le voir plancher sur la suite de "La Quête" annoncée depuis des lustres.
  • Sables noirs (2015)

    Sables Noirs

    Sortie : 2015.

    BD franco-belge de Troub's

    Avec cette BD documentaire racontant son voyage en mission culturelle au Turkménistan, Troub's brosse large. Mélangeant croquis pris sur le vif et narration graphique à froid, accompagnés d'une voix-off omniprésente et littéraire très soignée, l'auteur décrit à la fois son expérience parmi les habitants et son point de vue sur une dictature pour le moins typique. Il y a une concision et un esprit de synthèse entre la trajectoire globale du récit (l'auteur est invité pour travailler à la publication d'un recueil de poèmes de Prévert) et les nombreuses anecdotes qu'il dissémine très efficace. Il a la volonté d'un regard lucide, d'une observation scrupuleuse qui l'amènent aussi bien à décrire le fonctionnement du régime dictatorial et la pauvreté ambiante qu'à retranscrire la poésie des décors qu'il traverse. Ses dessins expriment parfaitement cette déliquescence urbaine comme rurale, mais est par contre nettement moins aiguisée pour l'expression des personnages, qu'on différencie parfois difficilement. En développant sa réflexion sur autant d'angles, l'auteur n'en propose pas moins un regard exigeant dans sa réflexion, et très complet sur son sujet.
  • L'Atelier Mastodonte, tome 3 (2015)

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    BD franco-belge de Frédéric Thébault (Tébo), Lewis Trondheim, Obion

    Ayant déjà lu la plupart des gags de ce troisième tome en prépublication dans le journal de Spirou du temps que j'étais encore abonné, je me replonge avec plaisir dans l'univers de cette rédaction fictive aux grands noms, à commencer par Trondheim, Alfred, Jouvray, etc. Si encore une fois ça n'a pas la fraîcheur du premier tome, les procédés humoristiques et le casting se renouvellent assez pour fonctionner avec vigueur et créativité, peut-être même un peu mieux que dans le tome 2. L'auto-dérision est ici érigée au rang d'art : pas étonnant que Trondheim en soit le leader.
  • La Longue Marche des éléphants (2017)

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    BD franco-belge de Nicolas Dumontheuil et Troub's

    BD lue en avant-première pour une interview dans le Casemate du mois de mai.

    La cause défendue par la BD, celle des éléphants au Laos, est particulièrement intéressante car elle fait prendre conscience de son importance dans l'écosystème. Proposée en deux partie réalisée par deux auteurs différents, l'un a suivi une procession d'éléphants traversant le pays, l'autre restant dans un centre de conservation d'éléphants. Il faut bien constater que Dumontheuil, dont c'est le premier récit de ce type, n'est pas très à l'aise avec la narration documentaire, et tombe dans le factuel sans épaisseur, malgré une reconstitution graphique bluffante et un souci de générosité descriptive. Troub's, plus chevronné dans ce style, propose un récit nettement plus appréciable, par une rencontre organique avec les éléphants, et un aspect psychologique et historique assez profond. C'est donc inégal, mais jamais mal foutu, il y a pour les deux auteurs un contenu suffisant.
  • Le Crépuscule des idiots (2016)

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    BD franco-belge de Jean-Paul Krassinsky

    Krassinsky, dans la veine de Jean de la Fontaine en plus irrévérencieux signe une satire de la religion truculente avec des singes. Vu l'épaisseur du livre, je m'attendais à une réflexion plus poussée, une portée symbolique plus aiguisée. En l'état, la démarche est tout de même très appréciable : l'univers crade de l'auteur cohabite avec des décors naturels soignés (qui sont par contre un peu carte postale) et surtout des personnages de sombres crétins qui savent huiler la narration quand il le faut. Parfaitement cruel avec eux, Krassinsky n'en épargne aucun sans pour autant verser dans la totale misanthropie nihiliste.
  • La Lagune des mystères - Corto Maltese : Corto toujours un peu plus loin 2/2 (2002)

    Lontane isole del vento

    Sortie : mai 2002.

    BD (divers) de Hugo Pratt

    Quatre très beaux récits courts de Corto Maltese, entre La Bolivie et Venise. La narration est certes pas aussi bien aiguisée que dans ses récits plus longs, et les passages pas aussi marquants que dans la première partie du volet "Toujours un peu plus loin" qui s'intitule "Lointaines îles du vent" (difficile de s'y retrouver avec cette chronologie !) mais Pratt ménage une atmosphère mystérieuse comme à son habitude.
  • Vive la marée ! (2015)

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    BD franco-belge de Pascal Rabaté et David Prudhomme

    L'exercice de style est très appréciable : celui de suivre sur une centaine de pages durant un plan-séquence continu la vie de dizaines de vacanciers anonymes lors d'une journée d'été à la plage, des bouchons de départ au repliage de serviette, en passant par les baignades et les dragues de plage. Rabaté et Prudhomme prouvent qu'il n'y a pas de "petit" sujet : l'écriture déploie un panel de personnages cocasses et attachants, qu'on prend plaisir à croiser au fil de la lecture. Il y a derrière chaque expression une sensation de vécu, d'introspection quasiment anthropologique dans le quotidien des prolos en maillot, de la famille nombreuses aux vieux couples bedonnants. Certes, le procédé s'essouffle quelque peu dans le dernier tiers, et aurait peut-être mérité une petite remise question narrative en cours de route, histoire de faire retomber le récit sur ses pattes. En l'état, la virtuosité de la démarche qui joue constamment sur la forme (l'arrière-plan, les composition, les couleurs) montre le talent d'auteurs aguerris qui proposent un style graphique détonnant et audacieux, mais qui n'arrivent pas à dépasser leur postulat de départ.
  • La Légèreté (2016)

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    BD franco-belge de Catherine Meurisse

    Avec plus de recul que Luz et son "Catharsis", Catherine Meurisse revient sur sa subite dépression post-attentats contre Charlie Hebdo. Rescapée à un cheveu du massacre (elle s'est réveillée trop tard pour être à l'heure au rendez-vous du comité de rédaction) son combat mental les mois suivants pour se remettre de l'effroyable est assez viscérale, tandis que sa quête du beau dans la dernière partie de l'album est très touchante. Cet album est le témoignage d'une force vitale hors du commun, qui après perte de mémoire et de repères se reconstruit peu à peu, en marge d'une société pulsionnelles qui ne peut la comprendre. Son voyage en Italie, la description subtile de son intimité, Meurisse ne perd aucun détails pour retranscrire une autobiographie qui paraît nécessaire malgré l'overdose médiatique qui a suivit les attentats.
  • Punk Rock Jesus (2012)

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    Comics de Sean Murphy

    Voilà un bon comics anti-système et peu flatteur sur la société américaine dans la lignée de Transmetropolitan (sans toutefois l'égaler). L'idée est simple : le transhumanisme et le divertissement télévisuel font un pacte pour cloner l'ADN de Jésus qui devient la star d'une télé-réalité. Seulement, le gus leur échappe des mains et fonde un groupe de punk-rock, dans un futur où le fondamentalisme religieux a imposé sa loi sur le globe. Quelle belle figure iconoclaste, et servie par un récit qui ne manque pas de rebondissements et d'ambition démonstrative. Une très bonne surprise.
  • Le jardin (2014)

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    BD franco-belge de Emile Bravo

    Il faut être honnête : ce recueil d'histoires courtes publiées à droite et à gauche par Emile Bravo prend surtout de l'intérêt lorsqu'on connaît déjà bien l'auteur. On retrouve ses mêmes obsessions pour l'enfance, la famille par un humour très expressifs, mais il est aussi curieux de le voir s'aventurer vers le récit engagé, ou des registres un peu différents comme la parodie ou le conte moral. C'est rafraîchissant, bien que ça laisse un peu sur sa faim.
  • Une sœur (2017)

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    BD franco-belge de Bastien Vivès

    Vivès nous revient avec un nouveau pavé graphique intime, chose qu’il n’avait pas faite depuis 2011 avec Polina. S’il reprend la veine de cette œuvre-là plutôt que celle, plus expérimentale, de « Dans mes yeux » et « Le goût du chlore », c’est avec une expérience accrue et une maîtrise de la mise en scène et la gestuelle toujours aussi impressionnante. L’auteur ne tâtonne plus, ce qui fait un peu perdre du charme sensible de ses premiers albums, mais c’est pour mieux exprimer une pudeur adolescente qui diffuse un parfum unique. C’est avec un certain idéalisme que Vivès aborde son récit puisqu’il y raconte ce qu’il aurait voulu connaître : la découverte de la sexualité à l’adolescence, entre un garçon de treize ans et une fille de seize ans lors de vacances d’été en Espagne où deux familles partagent une maison de vacances. Les dialogues, les postures sont esquissés avec une spontanéité typique de l’auteur, et avec la même justesse. Vivès ose montrer, sans faire dans l’étalage de fesses et de seins, mais surtout il voile les expressions, en se préoccupant surtout de l’esquisse, la forme des corps pour un résultat souvent foudroyant.