Notes d'un voyage æncré dans le papier

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249 livres

par Templar

Journal d'un lecteur: passé, présent et futur. (présent = page 6)

# Palmarès (sans inclure Proust):
2012 > 14 (top: Fictions)
2013 > 33 (top: Ulysse)
2014 > 30 (top: Les Reconnaissances & Extinction)
2015 > 30 (top: Marelle, Des arbres à abattre & Les Anneaux de Saturne)
2016 > 21 (top: Les Émigrants)
2017 > 16 (top: Le Dépays)
2018 > 05 (top: Aurélien)
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Quelques impatiences:

- Les deux étendards (Lucien Rebatet) *** (éternellement en cours)

- Les Voyageurs de l'impériale (Louis Aragon)
- L’innommable (Samuel Beckett)
- Vienne au Crépuscule (Arthur Schnitzler)
- La Foire aux Vanités (Thackeray)
- L'Arc-en-ciel de la gravité (Thomas Pynchon)

Objectif: Lire tout Thomas Bernhard.

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  • 1

    Demande à la poussière (1939)

    Ask the Dust

    Sortie : 1939. Roman.

    Livre de John Fante

    Février 2012 J'imagine qu'en remettant l'œuvre dans son contexte, elle gagne en force. La poussière de L.A. transpire des pages de Fante, le soleil semble nous chauffer le crâne, et la moiteur d'une chambre d'hôtel se mêle à la sensualité d'une jeune femme effrontée. Une douce folie qu'est ce roman, mais l'envie de plonger ma main dans le roman pour claquer Bandini n'a pas aidé l'expérience. "il y aura moultes confusions,il y aura une solitude que seules mes larmes pourront consoler comme autant de petit oiseaux mouillés tombant pour soulager mes lèvres sèches. Mais il y aura aussi parfois consolation et beauté,beauté comme l'amour d'une fille disparue. Il y aura des rires,mais avec beaucoup de tenue le rire, et on attendra tranquillement dans la nuit, et on aura doucement peur de la nuit comme d'un prodigue et taquin baiser de mort. Ensuite, il fera nuit,et les huiles douces en provenance des rivages de ma naissance seront versées sur tous mes sens par les capitaines que j'ai abandonnés dans mes impétueux rêves de jeunesse. Mais il me sera pardonné quand je retournerai à la terre d'où je viens, au bord de la mer."
  • 2

    Demian (1919)

    Demian. Die Geschichte einer Jugend

    Sortie : 1919. Roman.

    Livre de Hermann Hesse

    Mai 2012 Très beau roman d'adolescence qui a hélas tendance à se perdre dans sa seconde partie, la faute à une vision de la psychanalyse bien trop pris au premier degré. Mais Hesse dresse un véritable apprentissage, celui du monde, d'une vision du monde aussi large que l'inconscient le permet. Et puis la guerre... "Le cœur glacé, je dus voir se détacher de moi, et devenir passé, ma vie innocente et heureuse, et sentir l’autre vie pousser en moi, des racines nouvelles, avides, qui m’attachaient au monde des ténèbres. Pour la première fois, je goûtai la mort, et la mort est amère, car elle est naissance, angoisse, effroi d’un renouvellement terrible."
  • 3

    Une année studieuse (2012)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Anne Wiazemsky

    Septembre 2012 Pour Jean-Luc Godard « Au moment de nous séparer il me dit "Merci d'être entrée dans la vie de Jean-Luc , il est heureux comme je ne l'ai pas vu depuis longtemps si ce n'est jamais." Et à Jean-Luc: "C'est vrai, au contact d'Anne, tu deviens presque sympathique!" »
  • 4

    Fictions (1944)

    Ficciones

    Sortie : 1944. Recueil de nouvelles.

    Livre de Jorge Luis Borges

    Septembre 2012 Borges m'offre ce que j'ai toujours voulu lire sans le savoir, une lecture labyrinthique, complexe, parfois beaucoup, mais sans jamais nuire à ce qui nous est raconté. Conceptuel, inventif, merveilleux et d'une beauté littéraire sans pareil. Le recueil est un livre de sable, illimité, infini. "Il n’avait pour tout document que sa mémoire ; son habitude d’apprendre chaque hexamètre ajouté lui avait imposé une heureuse rigueur que ne soupçonnent pas ceux qui aventurent et oublient des paragraphes intérimaires et vagues. Il ne travailla pas pour la postérité ni même pour Dieu, dont il connaissait peu les préférences littéraires. Minutieux, immobile, secret, il ourdit dans le temps son grand labyrinthe invisible." (Le miracle secret)
  • 5

    La Cantatrice chauve (1950)

    Sortie : 1950. Théâtre.

    Livre de Eugène Ionesco

    Septembre 2012 La beauté de l'absurde et des non-sens. Je serais tenté de passer une journée entière à ne débiter que des dialogues de ce genre. "LE POMPIER : Une jeune femme s'est asphyxiée, la semaine dernière, elle avait laissé le gaz ouvert. MME MARTIN : Elle l'avait oublié ? LE POMPIER : Non, elle a cru que c'était son peigne. M. SMITH : Ces confusions sont toujours dangereuses!"
  • 6

    La Leçon (1951)

    Sortie : 1951. Théâtre.

    Livre de Eugène Ionesco

    Septembre 2012 "Il ne faut pas uniquement intégrer. il faut aussi désintégrer. C’est ça la vie. C’est ça la philosophie. C’est ça la science. C’est ça le progrès, la civilisation."
  • 7

    Fantomas contre les vampires des multinationales (1975)

    Fantomas contra los vampiros multinacionales

    Sortie : 1975. Roman.

    Livre de Julio Cortazar

    Octobre 2012 Ce petit exercice de style pour la bonne cause partait bien. Le côté engagé de l'auteur était mis au service d'un beau bouillonnement créatif. Mais à mi-chemin, ça s'alourdit, ça s'essouffle et c'est vraiment dommage, ça se perd. Ajoutons à ça le contexte "anecdotique", l'enfermant dans l'histoire. Davantage un outil qu'une oeuvre, au final. Mais c'était un peu (beaucoup) ça, le concept de base. "Le mystère commence lorsque le directeur de la bibliothèque de Londres fait une terrible découverte. Au rayon des livres rares, anciens et originaux, il manque au moins 200 volumes."
  • 8

    L'Aleph (1949)

    Sortie : 1949. Recueil de nouvelles.

    Livre de Jorge Luis Borges

    Octobre 2012 En deçà de Fictions et privilégiant le conte, Borges nous livre une irrésistible plongée dans son monde de labyrinthes, de miroirs et de doubles. Mentions aux nouvelles: L'immortel, La Demeure d'Astérion, L'autre mort, Deutsches Requiem, La quête d'Averroès et L'écriture du dieu. "Avec le temps, la notion même d'une sentence divine me parut puérile et blasphématoire. 'Un dieu, pensai-je, ne doit dire qu'un seul mot et qui renferme la plénitude. Aucune parole articulée par lui ne peut être inférieure à l'univers ou moins complète que la somme du temps. Les pauvres mots ambitieux des hommes, tout, monde, univers, sont des ombres, des simulacres de ce vocable qui équivaut à un langage et à tout ce que peut contenir un langage.'"
  • 9

    L'invention de Morel (1940)

    La invención de Morel

    Sortie : 1940. Roman.

    Livre de Adolfo Bioy Casares

    Octobre 2012 Un fugitif se cache sur une île réputée inhabitable. Pourtant, il y trouve des intrus, parmi eux, une femme par qui il devient obsédé... Il y a toujours une certaine frustration quand une histoire se montre brillante dans son concept, mais qu'elle soit alourdie par un style "sec". Le récit tend parfois en longueur et aussi court soit ce roman, aurait gagné à être plus court encore. Borgesien, genre. Et merde à l'édition qui dévoile toute l'histoire en 4e de couverture. Ce qui n'aide pas pour le côté mystérieux de la chose. Mais une belle réflexion sur la vie, la mort, l'immortalité... Et d'une certaine façon, un procédé pouvant être extrapolé à bien des domaines. Pour parler note, le 8 cogne à la porte. "A celui qui, se fondant sur ce rapport, inventera une machine capable de rassembler les présences désagrégées, j'adresserai une prière : qu'il nous cherche Faustine et moi, qu'il me fasse entrer dans le ciel de la conscience de Faustine. Ce sera là une action charitable."
  • 10

    Je me souviens (1976)

    Sortie : 1976.

    Livre de Georges Perec

    Octobre 2012 Là où nous aurions pu y voir un livre privé doublé d'une performance littéraire, Perec touche à la mémoire collective (même ceux des générations antérieures), celle du quotidien, des petites choses et qui sans qu'on ne le réalise vraiment sont empreintes d'une profonde nostalgie, car repères communs au sein des histoires individuelles. "Je me souviens de lectures sous les draps, le soir, à la lampe de poche."
  • 11

    Tentative d'épuisement d'un lieu parisien (1975)

    Sortie : 1975. Roman.

    Livre de Georges Perec

    Octobre 2012 Capter ces événements insignifiants. Faire pendant 3 jours ce que nous faisons inconsciemment au détour de quelques minutes en attendant le bus ou le métro ou un ami dans un café (quand on n'a pas le nez fourré dans un livre)... Lecture laborieuse au départ, le temps de planter le décor et des autobus, puis Perec distille ses observations de pointes d'humour furtives en faisant ressortir une forme de la vie épurée au possible. Un exercice réussi, et épuisant! "Il y a beaucoup de choses place Saint-Sulpice, par exemple : une mairie, un hôtel des finances, un commissariat de police, trois cafés dont un fait tabac, un cinéma, une église à laquelle ont travaillé Le Vau, Gittard, Oppenord, Servandoni et Chalgrin et qui est dédiée à un aumônier de Clotaire II qui fut évêque de Bourges de 624 à 644 et que l'on fête le 17 janvier, un éditeur, une entreprise de pompes funèbres, une agence de voyages, un arrêt d'autobus, un tailleur, un hôtel, une fontaine que décorent les statues des quatre grands orateurs chrétiens (Bossuet, Fénelon, Fléchier et Massillon), un kiosque à journaux, un marchand d'objets de piété, un parking, un institut de beauté, et bien d'autres choses encore. Un grand nombre, sinon la plupart, de ces choses ont été décrites, inventoriées, photographiées, racontées ou recensées. Mon propos dans les pages qui suivent a plutôt été de décrire le reste : ce que l'on ne note généralement pas, ce qui ne se remarque pas, ce qui n'a pas d'importance : ce qui se passe quand il ne se passe rien, sinon du temps, des gens, des voitures et des nuages."
  • 12

    Le rapport de Brodie (1970)

    El informe de Brodie

    Sortie : 1970. Recueil de nouvelles.

    Livre de Jorge Luis Borges

    Novembre 2012 On est loin des labyrinthes de Fictions et de L'Aleph, mais comme annoncé dans sa préface, ce n'est pas ce que Borges cherchait. En résultent des nouvelles guère mémorables, ou disons qui ne donnent pas l'envie d'être relues dans un avenir proche ou éloigné, sans pour autant en être chiantes. On parvient à trouver au détour de quelques thèmes et effets, l'auteur, celui qui nous avait amené au jardin aux sentiers qui bifurquent, mais ce futur parmi d'autres innombrables n'est pas notre favori.
  • 13

    Le Livre de sable (1975)

    El Libro de Arena

    Sortie : 1975. Recueil de nouvelles.

    Livre de Jorge Luis Borges

    Novembre 2012 Mention à la première et à la dernière nouvelle. Comparativement: pas au niveau de Fictions (forcément), ni de L'Aleph, mais supérieur au Rapport de Brodie. En terme de narration, ce recueil est situé entre Fictions/L'Aleph et le Rapport de Brodie. La première nouvelle (L'autre) commence fort avec le thème du double génialement mené. Puis, Borges explore des thèmes et des genres divers, de l'horreur au conte initiatique en passant par la romance quasi-mythologique. Ce recueil pourrait être une belle entrée en matière dans l'œuvre de l'auteur. Fictions mettant la barre trop haute dès le départ.
  • 14

    Six problèmes pour don Isidro Parodi (1942)

    Seis problemas para don Isisdro Parodi

    Sortie : 1942. Recueil de nouvelles.

    Livre de Jorge Luis Borges et Adolfo Bioy Casares

    Décembre 2012 Une collaboration donnant un résultat bancal. Le concept, audacieux, de faire résoudre des énigmes policières par un détenu enfermé dans une cellule est à double tranchant. Dans son exécution, le génial détenu est quasiment un personnage secondaire, dont la personnalité n'est qu'esquissé. Chose extrêmement frustrante. Les premières histoires sont plutôt réussies, les autres, hélas, s'étendent à en devenir ennuyantes. Appuyer les traits des visiteurs (souvent insupportables) revient même parfois à marcher sur un fil. Bref, un résultat pas très à la hauteur des auteurs.
  • 15

    Fin d'un jeu (1956)

    Final del juego

    Sortie : 1956. Nouvelle.

    Livre de Julio Cortazar

    Janvier 2013 Ce recueil de Cortazar est un terrain de jeu où son auteur s'essaie à différentes formes tirées parfois de son expérience personnelle. Jouer avec la langue, relater l'incommunicabilité ou des fragments d'enfance et d'innocence, et ce don du double texte, du double jeu, comme si derrière le visible (les mots), se cachait autre chose, dans le blanc des pages, entre les lignes, cette subtilité aux multiples sens, c'est la force de ce livre, car même après avoir lu le dernier mot d'une nouvelle, on repense à ce qui ne nous a pas été dit, et pourtant, par le jeu, si. Anecdote: Buñuel avait envisagé d'adapter une des nouvelles dans un film à sketchs, mais ça ne s'est pas fait.
  • 16

    La boutique obscure (1973)

    Sortie : 1973.

    Livre de Georges Perec

    Janvier 2013 Une véritable expérience de lecture qu'offre encore une fois Perec où à travers 124 rêves, l'auteur dialogue avec l'inconscient et du même coup avec la littérature au sens créatif du terme. Fascinant, et quelque peu déroutant (tu lis un rêve, 10 pages plus tard, tu l'as oublié, et encore!), cette "boutique" offre donc une approche onirique loin des préjugés freudien. Aussi, la postface se révèle des plus pertinentes sur l'interprétation pouvant en découler: les rêves comme un duplicata de l'oppression. "Je croyais noter les rêves que je faisais, je me suis rendu compte que, très vite, je ne rêvais plus que pour écrire mes rêves. De ces rêves trop rêvés, trop relus, trop écrits, que pouvais-je désormais attendre, sinon de les faire devenir textes, gerbe de textes déposée en offrande aux portes de cette voie royale qu'il me reste à parcourir - les yeux ouverts?"
  • 17

    l'Autre côté

    Die andere Seite. Ein phantastischer Roman

    Roman.

    Livre de Alfred Kubin

    Janvier 2013 Un livre aussi étrange qu'atypique. Un homme répond à l'invitation d'un ancien camarade et va s'installer avec sa femme dans l'Empire du rêve. Comme dans un cauchemar, mais qui n'en est pas un, le narrateur assiste à la chute infernale d'un monde s'enfonçant dans une destruction baignée d'horreur et de métamorphoses. La deuxième partie nous cloue à chaque page, mais pour cela, il faut voyager dans la première, fastidieuse. Passé le prologue intriguant, la narration n'éveille guère l'intérêt. On ne réalise que plus tard qu'on tient dans les mains un roman d'ambiance. Car le dessinateur Kubin n'écrit pas, mais dessine bel et bien son récit sur la peau du papier. Au-delà des pages, c'est un livre sur la création et sur l'imagination. Kubin dresse des tableaux grotesques sortis tout droit des pires contrées de l'Enfer, évacuant sa frustration créatrice. Et la ville de Perle, capitale de l'Empire du rêve n'a pas de réponses à nous donner, juste une monstrueuse atmosphère à nous offrir, et peut-être une énigme sur l'hybridation du monde.
  • 18

    L'Étranger (1942)

    Sortie : 1942. Roman.

    Livre de Albert Camus

    Février 2013 Au-delà du prodigieux incipit que tout le monde connaît, Camus relate l'histoire d'un homme creux, sans véritable conscience ou volonté, évoluant au sein d'un jeu (la société, ses règles, etc.) dans lequel il n'a pas sa place pour la simple et bonne raison qu'il dit la vérité. Et comment dit-on la vérité? Eh bien, en s'en foutant! Tout simplement. Creux, mais vrai. L'étranger serait presque le comble du paradoxe. En fait, si on devait se pencher dessus, on n'y verrait que des paradoxes! En lisant ce premier roman de Camus sur lequel tout a été dit et plus encore (comme sur beaucoup de classique), j'y trouvais ce "truc" que l'on peut trouver dans les films d'Antoniono (mais il paraît que Visconti qui a adapté l'œuvre), l'incommunicabilité, mais aussi cette sorte de désert symbolique. Et ce soleil... Et puis surtout, ça se lit très vite (même pour un lecteur aussi lent que moi). Bon, vous m'excuserez, je vais aller écouter Killing an Arab des Cure.
  • 19

    Tree of Codes (2010)

    Sortie : décembre 2010. Roman.

    Livre de Jonathan Safran Foer

    Février 2013 cf. critique. À l'instar d'House of Leaves de Mark Z. Danielewski, le die-cut book Tree of Codes est ni plus ni moins qu'un tour de force. À l’ère des iPad, des Kindle et autres objets de lecture numérique, Jonathan Safran Foer impose l’hégémonie du papier et on ne peut que féliciter la maison d’édition d’avoir suivi et publier ce merveilleux objet littéraire. À l'image du titre "Tree of Codes" issu de "Street of Crocodiles", JSF a coupé dans le texte d'origine pour construire sa propre histoire et plonge son lecteur dans un monde surréaliste, poétique, onirique où temps et espace se brouillent, au milieu de l'ennui du monde, du vide de l'air et des masques peints. Le corps de l'histoire habite un autre corps, qui selon JSF habitait encore un autre. Les histoires naissent, comme exhumées d'une magie, celle, éternelle, des mots, et peut-être d'un secret à jamais perdu. JSF n'offre pas seulement une performance, mais profère un cri de passion pour un livre, pour les livres, pour la littérature. Tree of Codes est une expérience de lecture comme il y en a peu, où tourner une page devient un acte lourd, précis, important. Même si ça ne dure que l’espace de 30 minutes. Fragments: “The passerby had their eyes half-closed. Everyone whole generations wore his mask. Children greeted each other with mask painted on their faces; they smiled at each other's smiles growing in this emptiness, wanting to, guiding our resemble the reflections, whole generations had fallen asleep.” (incipit) “Only now do I understand the war against boredom, the lost cause of empty hours, of empty days and nights.” “Weeks passed like boats waiting to sail into the starless dawn, we were full of aimless endless darkness.”
  • 20

    Journal du voleur (1949)

    Sortie : 1949. Roman.

    Livre de Jean Genet

    Février 2013 cf. critique. "Nous savons que notre langage est incapable de rappeler même le reflet de ces états défunts, étrangers. Il en serait de même pour tout ce journal s'il devait être la notation de qui je fus. Je préciserai donc qu'il doit renseigner sur qui je suis, aujourd'hui que je l'écris. Il n'est pas une recherche du temps passé, mais une œuvre d'art dont la matière-prétexte est ma vie d'autrefois. Il sera un présent fixé à l'aide du passé, non l'inverse. Qu'on sache donc que les faits furent ce que je les dis, mais l'interprétation que j'en tire c'est ce que je suis - devenu." Ainsi est ce journal où les fragments d'une vie d'errance, de vol et d'amour se heurtent les uns aux autres, formant un alliage brut, étincelant. Il les répète (beaucoup), il les inverse, il les transcende, il les redéfinie. Poète, Genet taille les mots, ses mots pour livrer une déclaration d'âme, d'amour au vol et aux hommes beaux et forts. Il livre en vrac sa légende, non pas une vie, mais l'interprétation d'une vie où la trahison est magnifique et magnifiée, où les corps sont forts, une existence vers une sainteté, où l'âme est taillé dans la honte et dans l'orgueil. Le voleur trouve la beauté la plus divine dans les choses les plus veules, à l'envers de notre monde, nous à qui il s'adresse parfois comme si nous vivions dans deux univers différents, notre monde auquel il viendra se joindre, duquel il fait partie lorsqu'il noircit ces pages. Cependant, à la lecture de ce journal, on plonge dans le terrier, dans un pays des merveilles qui n'est pas supposé en être un, et pourtant. Oui, et pourtant. Le livre fermé, j'ai eu un sentiment viscéral d'avoir volé, trahi et aimé. Et ce monde de salauds que je réalise n'avoir fait que visiter l'espace et le temps de quelques pages, ce monde où les bagnards sont des fleurs, et le bagne, un paradis rêvé, idéalisé, ce monde me manque. Oui, l'Espagne me manque. "Je parle de quelqu'un (...) mort depuis toujours, c'est-à-dire fixé, car je refuse de vivre pour une autre fin que celle même que je trouvais contenir le premier malheur: que ma vie doit être légende c'est-à-dire lisible et sa lecture donner naissance à quelque émotion nouvelle que je nomme poésie. Je ne suis plus rien, qu'un prétexte." (conclusion d'une merveilleuse tirade, un des moments forts du livre)
  • 21

    Le bleu du ciel (1957)

    Sortie : 1957. Roman.

    Livre de Georges Bataille

    Février 2013 J'avais découvert Georges Bataille avec Histoire de l'œil que j'avais aimé. Le reste m'avait laissé quelque peu perplexe, voire indifférent. C'est dans cet état d'esprit précis que j'ai lu Le Bleu du Ciel: dans l'indifférence. Les mots coulaient sur moi sans jamais adhérer, sans jamais rester, avec cette lucidité pourtant que ce que je lisais n'était pas médiocre. Je m'attendais à quelque chose de subversif, le roman en est loin, ou peut-être d'une façon si subtile qu'elle m'a totalement échappé. Peut-être que tout m'a échappé en fin de compte. Côté contexte, je venais de lire Genet, alors probablement que cela n'a pas aidé, particulièrement d'un point de vue stylistique, l'écriture de Bataille était tout simplement fade, sans réelle saveur si ce n'est lors de la scène de sexe dans le cimetière. Bien sûr, il y a cette dimension nihiliste au sein d'un monde en plein changement, en plein bouleversement et puis cette débauche érotique attisée par l'alcool et la mort; l'envie comme la peur de la mort alors que la révolution et la guerre viennent couvrir le monde de leurs ombres. Pourtant, on s'en fout. Qu'Henri Troppmann bande ou pas dans un contexte politique au bord de l'abîme, qu'il vive soit-disant d'excès (bien que ça ne se ressente pas), eh bien, c'est le lecteur qui cherche le bleu du ciel dans la nuit, et le bleu du ciel n'arrivera seulement qu'une fois le livre refermé et rangée dans la bibliothèque, à côté d'Histoire de l'œil. Les dernières pages avaient beau être les plus magnétiques du récit, une pensée reste, proche de la certitude: Georges Bataille doit davantage se distinguer dans ses essais que dans ses fictions. Je le souhaite en tout cas, car je prévois de lire L'Érotisme.
  • 22

    Le Démon (1976)

    The Demon

    Sortie : 1976. Roman.

    Livre de Hubert Selby Jr.

    Mars 2013 cf. critique. Tenter de faire bref quand il y aurait tant à dire sur ce roman à commencer par son style : d’un point de vue formel, Le démon impose un rythme incroyable, subtil dans son paradoxe fluide et tranché, par ses ellipses, son langage tantôt soutenu, tantôt familier. Ajoutons à cela les dialogues qui par leur ponctuation (ou parfois leur absence de ponctuation) se fondent dans la narration. Selby parvient avec brio à dépeindre la répétition, celle de la routine du personnage, l’ennui et la lutte contre cet ennui. Là où la forme est subtile, le fond l’est beaucoup moins. Selby extrêmise ses personnages et ses propos, une outrance parfois lourde, qui ne se justifie qu’au nom d’une chose : donner la force à son personnage principal… Harry White ? Non. Le démon. Harry n’est en quelque sorte qu’un habitacle, un hôte, le prétexte de l'écrivain afin de démontrer que riche, baignant dans l’amour et la réussite, personne n’est à l’abri de l’addiction et du démon. Au passage, le roman fait l’effet d’ongles sur le tableau noir de l’American way of life, pour mieux montrer que le démon n’a pas de source sociologique. C’est donc de lui dont il s’agit tout au long de l’œuvre, même quand c’est un pur bonheur qui noircit les pages. Et les autres personnages gravitant autour ne sont que des fonctions, des fonctions clichées (l’épouse-mère au foyer, le patron, le psy, les femmes-objets, etc.), mais des fonctions quand même, (d’ailleurs aucun n’est décrit physiquement) et ça tend à établir la puissance tant physique que psychologique de l’entité. Et Harry White n'est qu'une victime, au final. C’est un roman sur le paradoxe, construit sur des paradoxes. Cette attraction vers ce qui rend fort et ce qui détruit inexorablement. Mais le fait d’aller dans l’outrance donne cette impression d’assister à une démonstration. Encore une fois : paradoxe. Ce qui a définitivement élevé mon appréciation de l’œuvre, c’est cette façon dont les textes religieux en exergue « dialoguent » en quelque sorte avec la fin du roman, conférant au chemin parcouru une toute autre dimension.
  • 23

    La Nouvelle rêvée (1926)

    Traumnovelle

    Sortie : 1926. Nouvelle et roman.

    Livre de Arthur Schnitzler

    Mars 2013 Eyes Wide Shut étant un film que j’affectionne tout particulièrement, il était extrêmement difficile de m’en détacher à la lecture de La Nouvelle rêvée, voire parfois impossible. Le recul (ou du moins une tentative) étant pris, l’œuvre de Schnitzler ne parvient pas à reproduire la magie orchestrée par celle de Kubrick. La frustration tout d’abord que tout se passe trop vite, comme cette impression de lire le résumé de quelque chose qui aurait gagné à être développé. L’errance nocturne n’est pas aussi forte qu’elle aurait pu l’être. L’érotisme ne transpire jamais véritablement. Paradoxalement, ça fourmille de détails tendant à une interprétation psychanalytique et rien ne semble laissé au hasard à commencer par les noms et les multiples références, à La Flûte Enchantée de Mozart, notamment. Malgré cela, le style reste simple tout en étant incroyablement élégant. Reste que Schnitzler explore la fidélité en évoluant sur cette mince frontière qui sépare les rêves et la réalité ; quelle responsabilité accorder à chacun des deux lorsque le désir peut consumer un être et mettre en difficulté un amour fidèle ? Alors on erre avec Fridolin, et à travers sa psychologie, on se questionne avec cette conscience au final, qu’il n’y aura jamais de véritable réponse à tous ces sentiments mués par notre désir. Un rêve n’est-il qu’un rêve ? Être éveillé maintient-il une maîtrise de sa propre réalité ? Partir avec un(e) autre, et après ? Mais j’aurais aimé lire cette nouvelle avant d’avoir vu le film pour jeter sur elle une vision des plus neutres. Une relecture dans un futur plus lointain pourrait probablement permettre de trouver cette objectivité perdue et d'apprécier pleinement l'essence de cette merveilleuse nouvelle.
  • 24

    Bartleby le scribe (1853)

    Bartleby the Scrivener : A Story of Wall Street

    Sortie : 1853. Récit.

    Livre de Herman Melville

    Mars 2013 cf. critique. Bartleby le scribe, c’est avant tout sa célèbre phrase qui a fait des cheveux blancs à bien des traducteurs (ça, c'était pour la lapalissade): "I would prefer not to." et cette volonté d'un copiste de déconnecter "faire" et "dire" pour ne pas les confondre, pour ne pas jouer selon les règles du jeu, celle imposé par les hommes et la société qu’ils ont élevée. Bartleby le scribe est un conte tragique, baignant dans la mélancolie et la folie, ou une certaine forme de folie (Après tout, la folie n’est jamais loin de la mélancolie). C'est le passage d'un semblant d'existence à un stade d'inexistence, paradoxalement relaté par un homme de loi honnête sans l'être tout à fait. Le récit devient alors un cri étouffé, mais aussi le récit d'un combat et d'une défaite, celle du scribe. Il n'y a pas de plaisir à lire cette histoire, plutôt un profond malaise, parfois même une sorte d'irritation. Envers le narrateur? Envers Bartleby? Envers les autres copistes et tous les autres intervenants? Probablement à l'égard tous, oui. Ces sentiments lassent à force d'être excessifs, en ressort paradoxalement une profonde humanité. Et alors vient ce faux épilogue, et cette rumeur niant ou voulant nier le néant. Oui, c'est bien ça, "l'humanité", mais l'humanité vaincue, déchue parmi les mots et les faits et sur la distance qui sépare les uns des autres. L'un les déconnecte, l'autre fait tout pour les connecter et renforcer leur lien. Un combat passif, un combat d'usure, un combat déchaîné, un combat en forme d'énigme. Tout est dit. Rien n'est dit. Non, il n'y a vraiment pas de plaisir à lire cette histoire de Melville, peut-être parce que c'est un regard qui scrute une âme insondable sur laquelle aucune prise n'est possible par une autre... "Pour une âme sensible, la pitié est souvent douloureuse. Et quand finalement, l'on perçoit qu'une telle pitié ne peut constituer une aide efficace, le bon sens exige de l'âme qu'elle s'en débarrasse." dit le narrateur. Un texte court qui au final permettra à son lecteur d'en apprendre davantage sur lui-même et sur sa propre nature. Merci, M. Melville. (Et je comprends ainsi pourquoi Nanni Moretti a appelé le pape d'Habemus Papam Melville)
  • 25

    En attendant Godot (1952)

    Sortie : 1952. Théâtre.

    Livre de Samuel Beckett

    Mars 2013 "On trouve toujours quelque chose, hein, Didi, pour nous donner l'impression d'exister?" Là où Ionesco offre de l'absurde lumineux, Becket offre de l'absurde sombre. Godot, c'est peut-être le sens, le concept du sens, le rouage qui donnerait un sens au reste, à l'espace, au temps, à l'attente. Autant être aveugle et sourd, et les notions n'auraient pas plus de sens, alors on l'a dans l'os, mais pas ceux que ronge Estragon. Attendre pour ne pas mourir. Attendre pour essayer de vivre. Attendre pour se donner l'impression d'exister, et même si rien faire est plus prudent, il faut bien s'occuper pour ne pas rallonger le temps, et merde! Mes chaussures! Ça fait mal! Qu'est-ce que je disais? Oui. Bon. Beckett s'en contrefout de Godot, alors nous aussi. Il paraît que ta pièce est une pièce importante, Samuel, mais que tu n'en sais plus trop rien. Moi, je sais une chose, Samuel, je l'ai apprécié ta pièce, aussi absurde soit-elle. Et peut-être même que je l'apprécierai davantage avec le temps, qui sait? Ah, qu'est-ce que c'est pas cool d'être humain, une misère à en perdre son pantalon!
  • 26

    Fin de partie (1957)

    Sortie : 1957. Théâtre.

    Livre de Samuel Beckett

    Mars 2013 Ce qui est brillant avec les pièces de Beckett, c'est qu'on ne peut rien en dire, comme en dire n'importe quoi. (Un temps.) On peut y voir ce qu'on veut et face à cette partie perdue d'avance, ou perdue depuis longtemps, on y projette une idée de l'homme, du vide, de l'incommunicabilité ou de la dépendance d'un être à l'égard de l'autre... (Un temps. Avec emportement) On a envie de rire, on a envie de pleurer, parce que c'est merveilleusement comique et profondément tragique. (Un temps. Plus fort). Et cette relation entre l'âme et le corps, Hamm et Clov. (Un temps. élégiaque). Ajoutons à cela le côté très méta ou vie et théâtre, réalité et fiction, si tout ça était imbriqué, emmêlé et qu'au fond, tout était absurde... (Un temps.) D'ailleurs, ce n'est pas l'heure de mon calmant? En tout cas, quelque chose suit son cours. Peu importe quoi. (Un temps. Regardant l'heure). Non, vraiment Samuel, une bien belle partie, surtout que selon l'humeur, ou le nombre de fois qu'on la lira, la perception sera toujours quelque peu différente. Bref, n'en parlons plus. (Un temps.) Ne parlons plus.
  • 27

    La Mouette (1896)

    Чайка, Tchaïka

    Sortie : 1896. Théâtre.

    Livre de Anton Tchékhov

    Mars 2013 (Traduction d'André Markowicz et Françoise Morvan) Le plus saisissant dans La mouette, c'est sa musicalité. Chaque personnage tels des instruments jouant leurs airs respectifs, la construction des actes, tout semble sonner comme une véritable symphonie. Et au centre de ces notes, ces réflexions sur la vie, sur le théâtre, sur l'art: sa création comme sa représentation, et la représentation dans la vie. La création qui dévore l'essence de la vie, ce passage de l'illusion au réel, le désillusion des êtres qui veulent, mais qui ne peuvent pas, à cause d'eux et/ou à cause des autres. L'amour trouble le jeu et les voilà tous perdus, face à la vie, ou face à la mort, mais défaits. Et cette façon qu'a la pièce de Tréplev d'être récité par trois fois par Nina au long de l'œuvre, et cette 3e fois, bouleversante qui fend le cœur.
  • 28

    Roman avec cocaïne (1934)

    Роман с кокаином (Roman s kokainom)

    Sortie : 1934. Roman.

    Livre de M. Aguéev

    Mars 2013 cf. critique. "Cette nuit-là, j’errai longtemps encore sur les boulevards. Cette nuit, je me promis de garder toute ma vie, toute ma vie, les pièces d’argent de Zinotchka. Quant à Zinotchka, je ne l’ai plus jamais rencontrée. Grande est Moscou et il s’y trouve beaucoup de monde." Moscou et ses boulevards. L’adolescence et son apprentissage. L’amour et la drogue. Sonia et la cocaïne... Roman avec cocaïne est un roman illustré, illustré d’images qui se construisent dans l’esprit de celui qui se promène sur ces phrases longues comme des boulevards. Des boulevards où les becs de gaz brillent de pensées diverses sur la nature des choses, les dualités qui construisent le monde intérieur comme extérieur. Roman avec cocaïne est non seulement un roman sur les perceptions, mais surtout sur la perception. Percevoir l’événement se répercuter aux quatre coins de se propre conscience, percevoir les oscillations de l’âme et cette balançoire qui va et vient de la noblesse à la bestialité. Et on se rappelle des deux désirs naissant de Vadim face au prêtre : "Ces deux désirs étaient comme le parfum et la puanteur : ils ne se détruisaient pas, ils se soulignaient l’un l’autre." Les dualités exposés dans Roman avec cocaïne sont exactement comme cela, comme le parfum et la puanteur. Tout n’est que dualité et asymétrie. Et au milieu, à la frontière des concepts, Vadim tel un funambule lutte contre le vertige, l’équilibre toujours précaire. Comprendre la virilité et la sensualité… "Donc, il est juste et vrai que la séparation du spirituel et du sensuel chez un homme est signe de sa virilité, et la séparation du spirituel et du sensuel chez une femme est signe de sa prostitution. Et il suffirait que toutes les femmes, ensemble, se virilisent, pour que le monde entier, se transforme en bordel." …amène à comprendre l’homme et la femme : "Pour un homme amoureux, toutes les femmes ne sont que des femmes, à l’exception de celle qu’il aime – elle est pour lui un être humain. Pour une femme amoureuse, tous les hommes ne sont que des êtres humains, à l’exception de celui qu’elle aime ; pour elle, c’est un homme." Et alors que l’ultime page est tournée, quand Vadim disait que "La musique – c’est la représentation sonore, simultanée du sentiment de mouvement et du mouvement du sentiment.", on se dit que Roman avec cocaïne, c’est la représentation imagée, simultanée du sentiment de confusion et de la confusion des sentiments.
  • 29

    Ubik (1969)

    Sortie : 1969. Roman.

    Livre de Philip K. Dick

    Mars 2013 Labyrubik : le chat de Schrödinger ou le temps aux sentiers qui bifurquent "Nous sommes servis par des fantômes organiques, pensa-t-il, qui par la parole et l’écriture pénètrent dans notre nouvel environnement. Des fantômes avisés qui veillent, issus du monde physique de la vie réelle, et qui se manifestent à nous comme des projections envahissantes mais bienveillantes, comme les battements anciens d’un cœur oublié." Le tour de force de Dick est d'offrir un roman de SF qui contrecarre ou annule la SF. Je dois admettre qu’autant dans le 7e art, j’adhère, autant en littérature, le genre me laisse plutôt froid. J’admire les prouesses narratives, l’anticipation, comme j’admire le mécanisme d’une belle montre, sans vouloir dire que j’ai envie de porter cette montre. Le travail d’orfèvre mérite les louanges, mais la métaphysique d’Ubik ne m’a pas retourné. Maintenant, pour un semblant d’analyse sans trop spoiler, Dick élabore un merveilleux traquenard où il est plaisant de se perdre en même temps que les personnages, mais le point d’orgue d’Ubik est incontestablement son dénouement (point qui me fait encore hésiter à rajouter un point). Le procédé peut paraître aussi facile que simple, et pourtant c’est l’ultime coup porté par un auteur malin, celui de nous montrer que le roman n’est qu’une amorce, un premier pas, l’épisode 0 des événements qui importent vraiment. Il joue avec l’esprit de son lecteur avec les niveaux de vie, de mort, de semi-vie, et ce brillant procédé de régression temporelle, brillant sur le papier comme brillant dans son exécution. Bien sûr, Dick interroge l’humanité, le monde dans lequel elle évolue, mais il serait dommage de s’attarder sur cette partie immergée de l’iceberg (ou du moins, celle qui m’intéresse le moins). En fait, j’aime la dimension borgessienne du roman, après, ce qui me pose problème, c’est qu’en soustrayant le chapitre final, la force du roman perde la pièce maîtresse de son architecture. Et ça, c’est dommage. "Le passé est latent, il est submergé mais toujours là, capable de remonter à la surface si les identifications ultérieures, par malheur et contrairement à l’expérience naturelle, disparaissent. L’homme contient, non pas l’enfant, mais tous les autres hommes antérieurs, pensa-t-il. L’histoire a commencé il y a bien longtemps." Et le roman finit sur cette phrase: "Tout ne faisait que commencer."
  • 30

    J'irai cracher sur vos tombes (1946)

    Sortie : 1946. Roman.

    Livre de Boris Vian et Vernon Sullivan

    Avril 2013 Il y a deux idées brillantes dans ce roman de Boris Vian : la première (et je ne serai pas le premier à le dire), c’est son titre. La seconde, c’est de se faire passer pour le traducteur d’un romancier fictif. Et ensuite, que reste-t-il? Eh bien, pas grand-chose. En abordant l’œuvre avec lucidité, le côté grotesque du récit enfle à mesure que l’on suit Lee dans son désir pathétique de vengeance. Pathétique, oui, je ne vois pas d'autre terme plus adéquat. Tout sonne faux, comme une ridicule caricature, même dans la forme. J’irai cracher ressemble à l’accomplissement d’un fantasme personnel de dépeindre une Amérique avec son racisme, du sexe se voulant malsain et de la violence se voulant barrée. C’est simple: ce roman ne dit rien, n’apporte rien et en plus il le fait mal. Il est tout simplement vain et poseur. Le titre construit un château de cartes que les deux cents pages s’amusent à souffler plutôt qu’à le rendre plus majestueux, la faute entre autres au néant de sa tension dramatique dans sa seconde partie. Heureusement que ça se lit vite, et puis l'édition de Christian Bourgois est bien faite. En général, même quand je n'ai pas aimé, je suis inspiré pour en parler, mais ce roman n'a décidément rien d'inspirant. C'est un courant d'air.