Cover Carnet de Curiosités : Lectures 2023

Liste de

125 livres

créee il y a plus d’un an · modifiée il y a 5 mois

Oeuvres
7.7

Oeuvres

Sortie : 2002 (France).

livre de Edouard Levé

Nushku a mis 6/10.

Annotation :

Idée géniale. Idée parfaite.

J'aurais aimé l'avoir.

{À une époque j'avais en tête plein d'idées d'œuvres, tanguant entre nature art et sculptures hyper réalistes pour mises en scène pompeuses. Rien réalisé.}


« 211. Une grande peinture murale en extérieur ne se dévoile, par fragments, que lorsque le vent soulève les petites écailles articulées qui la masquent.

212. Un homme nu est assis sur une chaise. Ses testicules sont deux planètes miniatures : l’une la terre, l’autre la lune. »


Idée géniale, parfaite. Mais fallait-il pour autant la réaliser ? N'eut-il pas fallu laisser non réalisée cette œuvre sur des œuvres non réalisées ? Car elles semblent toutes la variation d'une même idée, d'une seule œuvre passée à des prismes réduits. Un décalage, un 'Lost in translation', trahison dans la traduction d'une support à l'autre, la transcription d'une information sous un autre format, métamorphose de la forme et de l'information, suggérer l'absence, donner à voir la dégradation, montrer le revers, évoquer l'invisible. Bref, le creux, le point aveugle toujours. Pour des installation in situ un peu gadget. Elles manquent tant de poésie que de fantaisie.
(Et combien de convaincus à ce livre souffleraient en fait très fort en envoyant les réalisations effectives dans un musée ?)


« 93. Installé dans la campagne, un homme dessine en dirigeant la mine de son crayon vers les endroits d’où viennent des sifflements d'oiseaux. Du début à la fin de la séance, la mine ne décolle pas du papier. Lorsqu'il se dirige vers un son, le trait s’arrête à une distance du centre de la feuille proportionnelle à celle qui sépare l’homme de l'oiseau. Le centre de la feuille correspond, à échelle réduite, à la place qu’il occupe dans le paysage.

98. Seule devant la caméra, une personne raconte une histoire « irracontable », qui finit par être racontée, mais avec tant de difficulté qu'elle reste incompréhensible.

133. Un film est décrit par l’organisation de sa réalisation, dont rendent compte les notes descriptives des feuilles de service adressées quotidiennement aux acteurs et à l’équipe de tournage. Écrites au présent par l’assistant-réalisateur pour planifier les tâches de chacun, elles ne donnent qu’une idée périphérique du contenu du film. Des indices sont donnés, la trame reste à imaginer. »

Houston, Houston, me recevez-vous ?
7.2

Houston, Houston, me recevez-vous ? (1976)

Houston, Houston, Do You Read ?

Sortie : 18 mai 2023 (France). Récit, Science-fiction

livre de James Tiptree, Jr.

Nushku a mis 5/10.

Annotation :

Tiptree pseudonyme d'Alice Bradley Sheldon. Idée forte. Encore une histoire de point de vue. Style tout aussi fort. Brut de décoffrage, direct. Heurté. Caricatural ? Worldbuilding par hoquets. M'a fait penser à P. K. Dick (ils se sont d'ailleurs échangés de nombreuses lettre) dans ce flot qui semble jeté ex nihilo sans regard en arrière, hétérogène, mélangé et qu'importe la ponctuation ou la typographie.

«"Bien sûr que vos inventions nous sont utiles et que nous apprécions votre rôle dans le schéma de l’évolution. Mais vous devez bien voir quel est le problème. Si j’ai bien compris, ce dont vous protégiez les gens, c’était surtout des autres mâles, n’est-ce pas ? »

«"Ce n'est rien..." Tout à l'air d'un rêve à présent, le monde qu'il a perdu et celui qu'il voit clairement. "Nous devons être d'étranges créatures à vos yeux.
- Nous essayons de comprendre, dit-elle. C'est comme l'Histoire, on apprend les événements mais on ne peut pas ressentir ce qu'était la vie pour les gens, comment ils étaient vraiment. Nous espérons que vous nous le direz." »

Journal atrabilaire
5.5

Journal atrabilaire (2006)

Sortie : 2006 (France). Journal & carnet

livre de Jean Clair

Nushku a mis 1/10.

Annotation :

On me dit râleur. Jamais content toujours déçu. Pourtant je ne crois pas être si amer, aussi aigri.

Bréviaire de la lie réac que l'on lit, désormais, partout. Présenter comme une sorte d’élégance ou d’insolence surannée de l’âme ce qui n’est que forteresse de son petit soi ankylosé fier à bras. La vulgarité qui se prend pour Saint-Simon. Tout le marronniers du Figaro et de Causeur (ah mais l’on se dit sans bord) y passent sans la moindre once d’originalité ; la langue (son écriture est pourtant si lourde et gluante) la télé, les téléphones… Clair a immanquablement son mot à dire sur les corps des femmes, vêtements, avortement, on sent le « toutes des ... » toujours prêt à sortir. Sans contredit, comme tous ces vieux intellos snobinards, aveuglés par la panique scientiste mal placée, il faut les repasser dans les brouets psychanalytiques, pseudo-science, arnaque sectaire des esprits clos. Clair est aussi très prompt à tout comparer aux nazis.

Rappelant sans cesse ses origines modestes (rappelant sans cesse ne pas vouloir le faire) et pourtant gardien du temple, Clair ne veut surtout pas ouvrir et offrir la culture à autres que son cénacle parisien. Pas de confiture aux cochons provinciaux en somme. Ironique d'ailleurs quand ses disciples en appellent au « bon » goût populaire pour fustiger (la caricature de) l'art contemporain. A quel point faut-il être égocentré et sans compassion pour croire que si à l'époque les intermittents du spectacle causaient le désordre ce n'était pas par manque d’amour des livres et de l'art mais parce qu'ils aiment aussi pouvoir manger ?

« La mélancolie a quelque chose à voir avec l’excrément, le stercus. Difficulté à digérer, ruminations, hypocondrie, bile noire et recuite. Soleil charbonneux des viscères. Nabokov a raison de penser que le "cafard" est en réalité un scarabée, roulant sa bouse en caparaçon d’or. »

Bref un vieux con fier d’être un vieux con ronchonne.

Astronautes morts
6.4

Astronautes morts (2019)

Dead Astronauts

Sortie : septembre 2023 (France). Roman

livre de Jeff VanderMeer

Nushku a mis 5/10.

Annotation :

Dommage. De la SF post-moderne poétique et singulière, je suis client/friand. Et si je n'ai pas lu Borne, j’ai pourtant eu l’impression d’avoir déjà lu ça. Oui, c'est terriblement Desnos, grandement Leiris, parfois Michaux (il n’y a pas la violence d’un Artaud) cette géométrie non-euclidienne, ces replis labyrinthiques de l'espace-temps, ces animaux totems, colorés, ces souvenirs flottants modelables. Les Surréalistes étaient contemporains des débuts de la mécanique quantique. Un peu Nabokov et sa synesthésie aussi.

Alors je n'ai pas lu Borne qui aurait su me donner du contexte, des éléments, points d'ancrages. C'est trop, tout le temps. Litanie. Certes très visuelle : j’ai aussi pensé aux films de Yuasa, au fins d'animés post-Evangelion quand tout explose au ralenti, se mélange, se transforme en animaux translucides (souvent des baleines cosmiques, mettons celle de la fin de L’enfant et la bête)...

Les critiques positives parlent d'un investissement nécessaire, et si je ne crois pas être un lecteur fragile, vierge d'expérimentation, la lassitude apparaît vite. Pas tant à cause des mystères que du style — phrase courte, aigre, lardée de point, ce n'est pas mon rythme. A-t-on envie de comprendre ? Pas choqué ou déstabilisé donc juste un désintérêt poli, engourdi, face à cette désarticulation aux fils relâchés, allusifs. Avec les Lynch Evangelion Lost je ne me suis jamais senti perdu (j'allais écrire menacé), n’ai jamais ressenti le besoin de tricoter de fausses théories pour conjurer les gouffres.


« Des constellations de cicatrices, illuminées par la douleur. Les profondes et les étroites. Celles qui n'avaient rien coûté. Celles qui avaient coûté presque tout. Et alors qu’elles s’enflammaient, brûlaient, se consumaient, Nocturnalia sortit dans l’horizon et chacune des créatures qui les avaient faites sutura sa forme dans les configurations des étoiles. Un pont. Un tunnel. Un abri en feu. »

Arpèges et Paraboles

Arpèges et Paraboles (2007)

Poèmes

Sortie : 2007 (France). Poésie

livre de Jean Grosjean

Nushku a mis 5/10.

Annotation :

Oui comme un Francis Jammes revenu d'entre les siècles, joli, poli, mignon, doux, tendre, mielleux, sucré, dominical. Oublié. Tout donc sauf

Inattendu :

« Inattendu se montre le matin
à travers les effeuillements des nuits.
Les étourneaux dansent au bord d'un ciel
dont les constellations se sont terrées.
J'entends grincer les grilles d'autrefois.
Ah les jardins désertés par la nuit. »

Cher connard
6.5

Cher connard (2022)

Sortie : 17 août 2022. Roman

livre de Virginie Despentes

Nushku a mis 4/10.

Annotation :

« C’est toujours comme ça, la vie, on imagine des scènes et quand elles se déroulent ça n’a pas du tout l’esthétique escomptée. C’est pour ça aussi que j’aime écrire des livres. »

Petite suspension nécessaire de la part du lecteur : les premières réponses et non la fin de recevoir totale et normale. Puis les longs monologues trop bien écrits ("Sa prose est beauf, poussive, cabotine, épate-bourgeois au possible."), trop bien structurés. Je m'attendais à du sale, du barbouillé. Dialogue de sourds : bien peu, trop peu d’interactions, chacun se raconte dans son coin : la forme épistolaire n'apporte quasiment rien — autant rester dans le monologue intérieur. Les voix peinent à ce propos à se distinguer et à creuser leur sillon, leur rythme propre. Tous les sépare mais leur mesure est strictement la même.
Sinon, je n'ai jamais eu le culte de la drogue, le fantasme de la défonce, des soirées concerts, je déteste le rock à papa (plutôt les papis fans de rock à papa qui se croient encore rebelles sur les forums). Où est l'irrévérence ? Ces univers ne me parlent pas et si le mec est, comme il se doit, comme chez Zeniter, pathétique, la nana elle m'a, comme chez Zeniter, profondément été antipathique à se prélasser dans ses addictions et sa rébellion puérile.

Au bout de 50 pages j'en avais marre : tout vu. Il en restait 300. En somme, comme Humus juste en-dessous, bordé, cadré, cordé.


« Je n’avais pas imaginé que tout se déliterait aussi facilement. C’est comme si le cadre de ma vie était fait d’un tissu léger et qu’il avait suffi de tirer sur un fil pour que tout s’affaisse, sans un bruit. »

« Quand je dis « c’est insupportable » on me répond « tout allait bien jusqu’à ce que tu l’ouvres ». Tout allait bien tant qu’on pouvait faire entrer mon corps de force dans cette équation du désir, mon corps mais pas ma parole. On a besoin de moi pour la scène, je suis la jeune première que le héros désire. Mais on ne veut pas entendre parler de ce que je ressens. Il n’y a pas que des hommes qui me disent de me taire. Il y a des femmes aussi. Qui m’expliquent que ce que j’ai vécu a toujours existé et qu’elles s’en sont bien arrangées. »

Humus
7

Humus

Sortie : 23 août 2023 (France). Roman

livre de Gaspard Koenig

Nushku a mis 5/10.

Annotation :

LM&lP a comparé ce livre à du Houellebecq. Pourquoi pas ? Du très peu que j'ai lu ses protagonistes restaient et souhaitaient rester passifs. Alors je le comparerais d'avantage à Comme un empire dans un empire et à Un monde de salauds souriants et à leurs chiasmes sociologiques très similaires et, par la facilité éditoriale, au Voyant d'Étampes.

Des romans qui veulent saisir le réel actuel, le goût de l'époque, chacun depuis son mirador à se vouloir panoptique mais qui ne font que cristalliser une caricature ; le reflet d'un reflet. Des sortes d'exposé bien polis. Bien policés. Cet équilibrage calibrage des paramètres de ces romans empêchent toute amplitude, toute bifurcation. Un de ces romans pas du tout mauvais mais si maîtrisés, bordés même dans le style tenu, serré, si bien artisanés, développant leur thèse si clairement dans un terreau solide qu'ils en finissent secs, rigides, sans âme ni surprise. Passée la première page, il paraît même vain de lire la suite tant elle est implacable, prévisible car logique et cohérente. Même le final rocambolesque manque de folie. Une critique nous dit que le livre aurait été écrit en toute sincérité, avec le cœur. Au contraire, je le crois écri... construit avec la cervelle (et les couilles).

« Arthur se retourna péniblement, les couilles vers les étoiles. »

« Alors qu’Arthur, pauvre mâle errant de la génération Z, tout honteux de ses désirs, déployait sans grand succès des stratégies de séduction byzantines pour draguer sans importuner, insister sans harceler, caresser sans brusquer, jouir sans dominer, il suffisait à Kevin de s’asseoir à la table de la cafétaria pour se retrouver entouré d’un aréopage d’étudiantes. Son aimable indolence, renforcée par un incurable manque d’imagination, passait pour de la distinction. »

Les Mers perdues
7.2

Les Mers perdues

Le Cycle des contrées, tome 5

Sortie : août 2010 (France). Récit

livre de François Schuiten et Jacques Abeille / Léo Barthe

Nushku a mis 6/10.

Annotation :

Comme pour les paysages géologiques de Mars dans sa collaboration avec Tesson, il y a une sorte d'évidence, 1:1, pour Schuiten d'illustrer ainsi Abeille (ce qui mine de rien finit par aplatir l'un et l'autre dans un va et vient trop proche.)

Saveurs retrouvées de lire Jules Verne à 12 ans ? mais teintées, peinées et ralenties des défauts similaires trouvés aux Jardins S. : une confusion entre lenteur et répétition des mêmes effets, l'absence de reliefs et de changements de rythme (Gracq avait ses accélérations), enfin évidemment la seule femme dont le mot est toujours accolé de "jeune" ou "jolie", ce pur regard masculin lorsqu'on prétend explorer d'autres contrées me paraît dépareiller, tâcher.


« Tout me porte à croire que la jeune femme qui nous accompagne est de cette race de savants intuitifs qui ne méprisent nullement l’imagination. Il est saisissant d’observer l’accord incessant qui se manifeste entre elle et le dessinateur, en particulier quand chacun décrit ou, pour mieux dire, déchiffre un paysage. Les métaphores de l’artiste s’harmonisent parfaitement avec la définition rigoureuse que nous donne des forces telluriques la géologue, car elle ne parle pas seulement d’énergies mécaniques mais de puissances vivantes, comme si à ses yeux le monde minéral était de chair. »

« Les mers perdues, les voilà, nous sommes en plein milieu, si tant est qu’un tel monde puisse avoir un centre. Il y a bien longtemps – comptez en ères géologiques – il est vrai que s’étendaient où nous nous tenons des régions marines dont on commence à reconstituer la configuration variable au fil des âges. Il est possible que la légende émane d’une mémoire obscure qui aurait franchi l’abîme du temps. Toutefois, une autre hypothèse, non moins vraisemblable, a été avancée récemment, selon laquelle des indiscrétions auraient été commises en ce qui concerne ces recherches et la légende aurait pris corps seulement autour de cette désignation – les mers perdues – qui était en usage dans les laboratoires au début de l’enquête scientifique. »

Aux origines de la vie

Aux origines de la vie

Une nouvelle histoire de l'évolution

Sortie : 9 mars 2016 (France).

livre de Alain R. Meunier, Abderrazak El Albani et Roberto Macchiarelli

Nushku a mis 7/10.

Annotation :

Le sous-titre est quelque peu racoleur. Il ne s'agit nullement de débouter Darwin mais d'affiner les chiffres, de reculer les curseurs suite à la fameuse découverte au Gabon. De plusieurs millions d'années. Et vous me direz, à raison, que c'est déjà pas mal !

Alors on reprend depuis le début ou presque, la formation de la Terre, l'Archéen, l'apparition de la tectonique, les couches, etc. C'est drôle comme les histoires astronomiques me sont familières mais que j'ai toujours un mal fou à comprendre - le terme n'est pas juste pour un lecteur attentif mais amateur - me représenter, embrasser et me visualiser les mouvements des plaques et la formation des roches. Aussi passionnant que frustrant. Malheureusement les livres niveau L1 ont des exercices, des équations, des notions héritées de la terminale S.

Ce livre comme tant d'autres fait certes profession de vulgarisation et s'excuse de ne pas pouvoir rentrer en détail mais trébuche sur certains basiques. Il a donc tendance à décrire plus qu'à expliquer des phénomènes. Il se flagelle également sur son jargon sans pour autant l'expliquer : autant faire confiance à son lecteur et l'expliquer ou bien descendre d'un cran et ne pas l'employer. Ce livre est écrit à trois mains : répétitions et ellipses. Le glossaire est chiche, la bibliographie pas commentée.

Enfin, un livre de vulgarisation aussi accessible se veut-il doit refléter les méthodes, les débats (passés, l'histoire de la discipline) mais surtout actuels voire futurs et ne pas passer sous silence les doutes et les conflits. Le vulgarisateur savoir rester honnête pour ne pas passer sous silence les adverses et ce livre le fait. (c'est en cela que Rovelli m'ennuie : lui nous explique avoir plié le game).

Curiosités cartographiques

Curiosités cartographiques (2022)

Cartes (pas si) absurdes et (un peu) bizarres

Sortie : 11 mai 2022. Essai, Politique & économie

livre de Jean Leveugle

Nushku a mis 4/10.

Annotation :

Géographe et bédéiste ? combo étonnant. Combo détonnant, Combo gagnant ?...

L'intention n'est pas nouvelle mais toujours aussi louable et même carrément nécessaire : pointer les biais plus ou moins conscients que les conventions, occidentales bien entendu, peuvent introduire et induire dans la lecture des cartes. Défékator a publié quelques vidéos pratiques sur ces thématiques. Il y avait aussi Pourquoi le nord est-il en haut ? de Mick Ashworth plus classique. L'exemple le plus parlant reste la projection Mercator qui laisse croire que le Groenland est gigantesque. Ou même la Russie, les pays Scandinaves en fait riquiquis.

Sauf que l'humour est d'une telle lourdeur... et si fier de lui-même. Chaque parenthèse sonne comme un coup de coude dans les côtes du lecteur. (ah ha regardez je suis drôle). En fin de compte, ce manque de finesse et d'originalité dans l'humour ruine tout le reste. Surtout que les explications restent des plus minces et donc superficielles. Comme le dit une critique Leveugle s'est sûrement bien amusé, pas le lecteur.

Les Opéras de l'espace
6.7

Les Opéras de l'espace (1999)

Sortie : 31 mars 2014 (France). Roman

livre de Laurent Genefort

Nushku a mis 5/10.

Annotation :

Il est clair que Genefort aime construire des mondes, des mondes étranges mais cohérents. Et leurs habitants, différents mais crédibles, donc vivants. J'imagine son bureau crouler sous les cahiers remplis de cartes, structures, aliens, faunes, flores, architectures [im]possibles. Omale, La fin de l'hiver... il aime les Dyson & variations. Il n'a pas participé au livre sur Comment construire un alien pour rien.

Sauf que là, l'auteur n'a pas poussé le bouchon assez loin dans son façonnage. Des béances demeurent. Il ne le décrit que trop peu. Mais d'où vient donc la gravité ? Et vers quoi pointe-t-elle ? Je n'ai jamais su dire si tout le sol les attirait comme dans une attraction de fête foraine, pouvant faire le tour — et passer un sas serait comme tomber... ou s'il y avait un bas absolu et que le "plafond" des bulbes était inatteignable. Idem pour le recyclage de l'air, le jour et la nuit, la présence de vitrages, suggérée au détour d'une phrase, et les cycles chaotiques qui devraient en découler entre chaque bulbe... le cycle de l'eau ? etc. Genefort parle d'axe sans jamais en reparler, du jour, des nuages tout ça reste flou et m'a gêné : je venais après tout pour ça.
Bref, ce monde intriguant — des airs de Verne et de Horde se tire une balle dans le pied.

Quant à la partie purement romanesque, malgré l'aventure lancée à toute berzingue sur des nacelles, je décroche. Je ne retrouve pas dans son écriture ou dans ses personnages la folie ni l'altérité de ses mondes.

+ Rapprochement incongru : Vision aveugle, autre nef des fous aux franges de la conscience.



« La saison froide s’achevait. Satori-S1 avait basculé sous un invisible horizon. Le soleil illuminait les vitrages célestes, vaporisant les orages inversés, moirant les impuretés atmosphériques. Sur le sol inaccessible, d’étranges configurations fleurissaient entre les pointes, plus nombreuses de bulbe en bulbe.

Par curiosité, Axelkahn demanda à Keziah pourquoi la redondance entre les bulbes n’était pas parfaite. Le sol laissait transparaître des rainures convergeant vers les jointures, comme des baleines de parapluie ouvert.

"Des heurtevents, précisa Keziah. Quoi d’étrange à ce que les bulbes soient dissemblables ? Qu’est-ce qui est parfait dans le domaine vivant ?"»

Jouissance
5.5

Jouissance (2022)

Sortie : 2022 (France). Roman

livre de Ali Zamir

Nushku a mis 3/10.

Annotation :

Livre creux, livre matador. Ali retient ses coups malgré les vieillottes invectives au lecteur qui font pschttt. Toussapourssa. Agaçant vite. Canis sine dentibus vehementius latrat.

Est-ce le livre ou l'auteur ? mais il baigne dans une sorte de bouillie de clichés un brin misogyne. On nous vend du souffre méta pour raconter une vieille histoire glauque que l'on voit venir de loin et à la sagesse bien bien courte. Pour résumer derrière la fausse langue de feu, c'est du Foekinos.

« … si vous aimez votre pauvre petite vie de lecteur satisfait de lui-même et de tout ce qu'il a lu jusqu'ici, arrêtez votre lecture dès maintenant, inutile de vous crever les yeux… […] car vous n'avez rien lu encore, je suis un verbe en gerbe de bave et d'écume...  » Mais pas du tout mon pauvre, bedaine satisfaite, justement. C'est une rage affectée, un manteau de pacotille, perlimpinpin, à l'image de sa couverture par Giglio, empesé, rigidifié, les relents klimtiens d'autre siècles caduques. Exercice de style venteux, fort en tête, fort en bouche, mou en lecture. Tout ce cliquetis et rien.

La Chute de Babylone

La Chute de Babylone (2022)

12 octobre 539 avant J.-C.

Sortie : 31 mars 2022. Histoire

livre de Francis Joannès

Nushku a mis 7/10.

Annotation :

Ah Babylone, tour de Babel et (pas là) jardins suspendus, ville de tous les rêves et de tous les fantasmes, des cauchemars également, merci la Bible (et les animés il y a toujours un dieu babylonien, une tour au nom dérivé de Babel). Pourtant sa réalité historique et archéologique restent mal connues dans l'imaginaire collectif. Et même là, l'histoire babylonienne est peu ou prou arrogée par Hammurabi, son code, sa stèle, quitte à en oublier ses prédécesseurs et ses successeurs. Souvent des histoires de migrations d'intégration plus que de conquêtes. Après Nabonide : les Achéménides.

Joannès n'est pas le premier venu. Assyriologue depuis des décennies, il a eu et a encore la main direct dans le cambouis des tablettes, des petits clous, des traductions. C'est donc un ouvrage le plus proche possible des récentes découvertes, de première main, non la synthèse journalistique de seconde main.

Le projet de l'historien est clairement présenté et, à mon sens, réussi : « la transformation d’un projet initial d’écriture "sur Nabonide" en un ouvrage permettant d’accéder concrètement aux sources historiques tout en gardant le rythme d’un récit construit. Ce livre s’appuie, en effet, sur une documentation textuelle abondante mais qui n’est pas toujours d’un abord facile. L’une des gageures du projet était ainsi de dépasser le cercle des lecteurs érudits pour proposer une histoire la plus claire possible de ces événements d’octobre 539 et des années précédentes, sans en dissimuler pour autant les lacunes ni les complexités. » [suite en commentaire *]

En bon historien Joannes colle donc aux sources primaires tout en restant critique (pamphlet, postérieure, lointaine... grecque - z'ont tout déformé ces sagouins).

[Il faudrait sans doute écrire, publier, éditer une nouvelle histoire de la Mésopotamie, dense, longue, mise à jour. J'ai le Belin à lire, pour voir.]

« Ce nom signifie : « (le dieu) Nabu a décrété sa vie » et il est assez courant dans l’onomastique babylonienne de cette époque. Curieusement, des briques inscrites découvertes à Harran, donnent une autre version pour le nom du père de Nabonide : Nusku-balassu-iqbi, « (le dieu) Nusku a décrété sa vie », plus en rapport avec le contexte religieux de Harran et la prééminence qu’y exerce le dieu Sîn, puisque Nusku est le « vizir » divin de Sîn, tandis que Nabu est le fils de Marduk, le roi des dieux. Mais il peut s’agir d’une simple forme de syncrétisme entre Nabu et Nusku. »

J'ai ce que j'ai donné
6.3

J'ai ce que j'ai donné (2008)

Lettres intimes

Sortie : mars 2008. Correspondance

livre de Jean Giono

Nushku a mis 6/10.

Annotation :

Drôle de hasard, La Colère & l'Envie se finissait sur une correspondance à vif qui ressemble sur certaines formules de tendresse à celle de Giono.

Forcément biaisée la fille malgré elle, lisse, pour ne pas dire censure, son père. Il suffit de lire ses autres correspondances, deviner ce qui sommeille dans certaines réserves, paraît-il. Multifacettes. Oui c'est touchant, mais incomplet.

La popote familiale, les séjours des invités, les vacances, les trajets à prévoir et la réception des colis avec de la confiture. Ça n'intéressera pas grand monde. Giono ne s'épanche guère sur son écriture, à peine le nombre de pages écrites car il racontait ses histoires, ses pages nouvelles à table, au salon sous la lampe. Celui qui revient le plus souvent est sa pièce Le Voyage en calèche... jouée longtemps oubliée depuis (il y a pourtant du Hussard et de la demi-brigade : cavaliers romantique, brigands dans la forêt, scènes nocturnes aux bougies) Il est encore moins bavard sur ses lectures ; on voit certes passer Greene, Grasset, Gallimard vite fait. Choix éditorial ou manque de lettres à ses amis écrivains ?

C'est en ça complémentaire de sa correspondance avec ses éditeurs.

*

« P.-S. On a beaucoup parlé du Nobel. Pagnol a été extrêmement gentil et véritablement ami actif. » C'est vrai que Giono n'a pas eu le Nobel. Il le méritait à mon sens, pour ses deux périodes (que le lecteur assidu tend à vouloir lisser, fondre mais qui existent bel et bien ne serait-ce qu'avec l'interdiction de publication qui marque.)

« Ma Linou,

Je serai à Nice samedi soir comme la dernière fois. C'est un voyage en supplément. J'irai visiter la villa et d'autres si possible. Ne te dérange pas. J'espère qu'il ne pleuvra pas cette fois. Je ne resterai que deux jours car ici, "Angelo" me réclame. J'ai changé le titre. Ça s'appelle :

'Le hussard piémontais'

et ça marche. »

La Colère et l'Envie
7.1

La Colère et l'Envie (2023)

Sortie : 24 août 2023. Roman

livre de Alice Renard

Nushku a mis 6/10.

Annotation :

Ce genre de livre est nécessairement risqué. C'est jouer avec le feu ou plutôt le froid du factice et de l’artifice. C'est sur la corde raide, par les échafaudages tourner autour d'un mystère — en l’occurrence non pas meurtre mais la neurodiversité — montrer sans expliquer, expliquer sans expliciter ; en un mot ne pas simplifier ni ne réifier. L'autrice refuse de nommer et par-là de figer. À 20 ans, elle doit se mettre tour à tour dans la tête de parents, d'un vieux en fin de vie. Nous sommes bien loin de Benji à sa clôture. Mièvre ? tendre.

Toutefois, comme souvent dans la littérature contemporaine, l'écriture me semble comme à nue, crue une lumière sans abat-jour, sans recul. Je n'irais pas comme certains râler et bougonner, comme chaque année, sur le Goncourt (car je suis persuadé que si on leur montrait ces livres honni sous la jaquette d'un vieil auteur ensablés ils crieraient au génie), c'est sans doute moi, lecteur, qui ait besoin de ce léger décalage avec la vie.


« L’autre jour, au moment de me réveiller de ma sieste, j’ai eu comme un flash. Je me suis vu non seulement nu mais écorché, marchant bras ouverts dans un paysage de sel. Je n’ai aucun doute sur ce que cette vision signifie. Qu’il faut que je me protège un peu de toute cette affection qui m’envahit. Je ne pardonne pas tout à fait à Isor, malgré ce que j’en pense. Elle ne sait pas ce qu’aimer veut dire, accaparée comme elle l’est par son sentiment, tout neuf. Moi, je sais ce que perdre implique, et je veux ne jamais avoir à le revivre. Jamais. À son âge, on dit merde aux risques, merde aux conséquences. Au mien, on prend toutes les précautions du monde. Dans une vie on n’a qu’un stock limité de patience et d’endurance. Je l’ai dit, je sais qu’il m’en reste très peu, et j’économise. Je ne saurais faire face à une perte de plus. Elle, elle est encore à l’âge où l’on se remet de n’importe quoi, où l’on encaisse les coups. J’ai peur d’une catastrophe – c’est dans ma nature. Il ne faudra plus jamais m’abandonner… (Je crois que je pourrais en pleurer.) Il est vrai, comme le notait Sénèque, que les vieillards sont pareils aux petits enfants, pleins de peurs imaginaires et d’impatience. »

Les Silences des pères
7.7

Les Silences des pères (2023)

Sortie : 18 août 2023. Roman

livre de Rachid Benzine

Nushku a mis 5/10.

Annotation :

Un narrateur qui, après la mort d'un parent, revient, découvre... des livres comme ça il y en a 60 à chaque rentrée littéraire.

« Walter Benjamin écrit que le silence est une réponse au chaos du monde, une sorte de défi lancé aux aventures de la vie. Une panne, dans nos récits. C’est vrai. »

Outre ce topos facile, grand sujet, livre moyen. Oh, ce n'est pas que ce soit mal écrit ou mal construit c'est que c'est sous-écrit et bien trop rapide. Comme par un refus du trop, Benzine reste en sous sous-régime qui confine à la superficialité et à une certaine forme d'affèterie. Les outils littéraires convoqués, la mort, le retour dans la maison familiale, les K7 et les fantômesne sont pas exploités à la hauteur des thématiques abordées que sont les chibanis taiseux, l'héritage, le travail dans les mines et ses conséquences dramatiques sur la santé des ouvriers, la langue à apprendre, le gap générationnel, social, culturel. Les Silences des pères manque de texture, d’arête. Hop le narrateur trouve des K7 sans s'étonner, part à la recherche de gens du passé, retrouve ses vieux camarades sans souci, gobe tout et n'en retire pas grand chose. Son père, quant à lui, malgré l'enquête ne dépasse pas une sorte de cliché parfait sous sa chape de défauts. Ça va vite, très vite... Pas de profondeur réelle sur la béance ouverte entre les deux.


«  Mon père, lui, n'a jamais quitté les coulisses. Il se tient là, sans dire un mot. Si je m'efforce de l'entendre, de faire résonner sa voix dans ma mémoire, aucun son, aucune intonation. (...). Ma mère était sa voix. Elle parlait pour lui, lisait au travers de ses non-dits, comprenait ses soupirs. On dit que c'est ça, l'amour. Je crois plutôt que c'était de la lâcheté. Une amputation volontaire, un choix- celui d'être assisté. »

Figures qui bougent un peu et autres poèmes
6.8

Figures qui bougent un peu et autres poèmes

Sortie : 31 janvier 2016 (France). Poésie

livre de James Sacré

Nushku a mis 5/10.

Annotation :

[Les préfaces Gallimard Poésie sont toujours un tantinet pénible à lire. Déjà avec leur italique gras.
Elles se ressemblent toutes au demeurant, qu'importe le poète : lui n'est pas dans l'abstraction, il reste ancré dans le monde réel (aka les fleurs, les arbres, le ciel bleu) ; pas dogmatique, surtout pas académique ! et si peu dans la posture des poètes qui savent, non lui c'est la vie quotidienne, l'émotion sincère et tout le bataclan. Bref, on construit un homme-poète de paille baroque, cultivé, engoncé dans son fauteuil en cuir pour y opposer des poètes qui se ressemblent tous. En bref, on dirait du Guillevic, du Le Roy, du Jaccottet (sans la densité), etc.

"la tentative
de parler au ras d’autres choses qu’on a aimée"

Évidemment comme tout poète entre 6X et 1X ça parle de pré, de ciel, d'oiseaux et d'arbres en hiver — les quelques passages dans le XIVe ou les USA ne sont qu'escapades. Il faudrait donc avoir une maison de campagne pour être poète. Les mêmes motifs reviennent : Les pierres comme un sourire sans cesse le ciel bleu le pré vert les pommes et les joues et le cœur rouge.

"ça fait que tous ces poèmes répétés c’est un peu
comme des grandes armoires qu’on accumulerait dans un grenier"

Mièvre, fausse naïveté, simplicité qui frise au moins (recherchée certes, travaillé sans nul doute, qu'importe). Surtout avec tous ses "je sais pas", l'absence de négation, la grammaire et la ponctuation oubliés, les peut-être, on dirait plus un enfant lent qui parle. Fragilité pusillanime, relâché,voire carrément lâche ? non un poète fouillant la chose. Je n'ai pas vu la réflexion sur le langage paysan, le patois de ses pères disparaissant après les 30 glorieuses. Quand, plus tard, la grammaire se retend ça ressemble encore plus à n'importe quel autre poème. Nullement touché par la perte de sa fille. Le temps où la poésie pouvait me plaire est-il peut-être révolu.

« que le langage en beau français c’est plein de trous qu’on cache dessous / d’hésitations lentes pétries dans la mièvrerie et souvent la bêtise un peu grandiloquente j’en veux pour preuve / les premiers états exposés de quelques pages de Saint-John Perse au musée Jacquemart-André / j’aime bien quand ça peut résister ces maladresses »

Chroniques italiennes
7.2

Chroniques italiennes

Sortie : 1855 (France). Récit

livre de Stendhal

Nushku a mis 6/10.

Annotation :

Reconstruction posthume d’un livre que Stendhal n'avait jamais sinon envisagé du moins réalisé sous cette forme. Suora Scolastica reste ainsi inachevée. Stendhal y travaillait le jour de sa mort.

« — Mais, de grâce, qui donc pourrait vous plaire ?
— Ce jeune carbonaro qui vient de s’échapper, lui répondit Vanina ; au moins celui-là a fait quelque chose de plus que de se donner la peine de naître. »

Il y a des livres qui nous glissent entre les mains et c'est pas faute d'être de bonne volonté. Une fois dedans pourtant on s'y sent pas si mal. Un rien d'extérieur nous le fait retomber. Des livres qui nous l'impression d'être atteint de trouble de l'attention. J'aurai donc eu une relation très étrange, pour ne pas dire tumultueuse, avec ce livre, tournant autour, le mettant et le sortant de mon papier, le sortant de ma pile à lire, lisant deux pages, le reprenant entre deux autres ouvrages pour ne même pas finir un chapitre, c'est-à-dire une simple histoire. C'est à coup sûr ma faute : désirs de capes et d'épées, de joutes, de peintures, de paysages et pas grand chose de ça, ou alors si vite.

L'Abbesse de Castro ressort, véritable petit roman proto-Chartreuse. Cette Italie rêvée, fantasmée, mythique de Stendhal c'est aussi bien évidemment celle de Giono. Tout le Hussard mais aussi Mort d'un personnage sont déjà là dans ces graines de romans.



« Il marcha au milieu des gens de Marcel Accoramboni ; il avait à ses côtés les seigneurs condottieri, le lieutenant Suardo, d’autres capitaines et gentilshommes de la ville, tous très bien fournis d’armes. Venait ensuite une bonne compagnie d’hommes d’armes et de soldats de la ville. Le prince Louis marchait vêtu de brun, son stylet au côté, et son manteau relevé sous le bras d’un air fort élégant ; il dit avec un sourire rempli de dédain : Si j’avais combattu ! voulant presque faire entendre qu’il l’aurait emporté. Conduit devant les seigneurs, il les salua aussitôt, et dit :

— Messieurs, je suis prisonnier de ce gentilhomme, montrant le seigneur Anselme, et je suis très fâché de ce qui est arrivé et qui n’a pas dépendu de moi.

Le capitaine ayant ordonné qu’on lui enlevât le stylet qu’il avait au côté, il s’appuya à un balcon, et commença à se tailler les ongles avec une paire de petits ciseaux qu’il trouva là.  »

Egon Schiele
8.7

Egon Schiele (2004)

Dessins et aquarelles

Sortie : 29 septembre 2004. Beau livre & artbook, Peinture & sculpture

livre de Jane Kallir et Ivan Vartanian

Nushku a mis 5/10.

Annotation :

Dans la même coll. que les dessins de Rodin, petit gros pavé avec un biais érotisant. Dommage qu'il n'y ait pas plus d'artistes édités ainsi. Turner grand dessinateur érotique. J'attends aussi de nouveaux "Dans le détail", excellente collection.

Egon ne m'a jamais touché ni parlé. La maestria du trait heurté & les corps déformés si caractéristiques, l'ambiance Vienne fin puis début de siècle, ses tableaux — souvent des croûtes épaisses que le public a oublié, tout ça certes mais pas tant en ce qui concerne ma personne. Mes rêves volent ailleurs.

S'il n'est pas cité dans le texte d'Imparfaites, le texte d'Ivan Vartanian reprend, outre le ton paternaliste et "rebelle" ultra agaçant des éditeurs anglo-saxons, de façon insupportable et presque mot à mot, caricaturalement, ce que l'on pouvait dire sur la déviance Balthus : ah mais non hein rien de sexuel ou de douteux chez lui à représenter des gamines, c'est du génie, faut l'savoir ; pour Schiele ce sera la quête spirituelle, la recherche du "sacré". Lol.
Le texte de Jane Kallir n'est pas beaucoup mieux même si elle le mérite d'être une spécialiste de la période, glissant sous le tapis de l'adolescence... comme si c'était le lot de tout ado... Tout du long elle psychologise (et juge : psycholojuge).


« Ce hiatus s'explique par ses obligations militaires, mais aussi par le besoin de s'adapter, affectivement et esthétiquement, aux changements qui marquent sa vie depuis un an. Il passe beaucoup de temps à régler les menus détails de la vie quotidienne et à négocier avec la bureaucratie militaire pour trouver des affectations qui lui permettent de concilier son activité artistique et sa vie conjugale. Quand, en mai, le couple s'installe confortablement près d’une base militaire, dans le hameau de Muhling,Schiele peut enfin passer sa première véritable lune de miel, partageant son temps entre faire l'amour et se promener avec sa femme dans la campagne environnante. Le soir, il joue aux boules ou au billard avec ses camarades de régiment. Les rares œuvres d'art qu'il produit durant cette période ont une qualité très concrète. Loin des allégories grandioses, l'artiste représente les personnes et les lieux qui font partie de son univers quotidien. »

Triste tigre
8.1

Triste tigre (2023)

Sortie : 17 août 2023 (France). Autobiographie & mémoires, Récit

livre de Neige Sinno

Nushku a mis 6/10.

Annotation :

"je ne suis pas sauvée"

Sinno agite son écriture à bout de bras comme une lampe qui voudrait dissiper la brume, déchirer les oripeaux des récits possibles, tout ce qui pourrait faire obstacle, sans illusion aux points aveugles dispersés. Ce n'est pas poli, ce n'est pas lustré, ça remâche, ça divague, ce n'est pas complaisant envers soi-même, envers son lecteur, envers la littérature telle que vue par les prix. La littérature ne peut pas tout. Nu et sans fard, sans voyeurisme surtout, et sans pathos. Il y a dès lors comme une distance, une froideur voulue et entretenue. {Réservé avant son finalisme Goncourt.}


« L’éloge d’une résilience à toute épreuve, la valorisation des surhommes et surfemmes qui s’en remettent me semblent aller dans le sens d’une idéalisation nocive, parce qu’ils condamnent à encore plus de désespoir ceux qui savent qu’ils ne s’en remettent pas. Cependant, de mon côté, j’ai peur, en décrivant des conséquences profondes, d’aller dans le sens de l’ordre puritain, de confirmer le préjugé : un enfant violé est condamné irrémédiablement, sa vie est foutue. »

« Finalement, la fameuse phrase d’Artaud (citée par tout le monde, à toutes les sauces), celle qui dit que nul n’a jamais écrit ou peint, sculpté, modelé, construit, inventé, que pour sortir en fait de l’enfer, est peut-être une scandaleuse méprise. En réalité c’est l’inverse qui se produit, c’est-à-dire que celui qui écrit, dessine, etc. est déjà de fait sorti de l’enfer, c’est justement pour ça qu’il peut écrire. Car quand on est en enfer, on n’écrit pas, on ne raconte rien, on n’invente pas non plus, on est juste trop occupé à être dans l’enfer.

Si on peut en parler, écrit Virginia Woolf, c’est que l’événement est détaché de la souffrance pure, qui se vit sur le mode de l’irréel. Il ne devient réel que quand il est saisi à travers le langage. »

Bain de boue

Bain de boue

Sortie : 18 août 2023 (France). Science-fiction

livre de Ars O’

Nushku a mis 5/10.

Annotation :

Les Jardins délétères. La route. Abeille rencontre Johannin ou, mettons, l'Humpur ? Du muck/sludge-punk ?

Les intentions rendent la critique impossible : c'est monotone, normal c'est la survie, c'est monochrome, normal c'est la boue, c'est allusif, normal c'est du post-apo mystérieux. Pourtant je n'ai pas senti, à la lecture, le froid l'humidité les milles détails de vivre dans la boue et que l'on ne pouvait connaître. (quoique... je suis normand !)

« Les pelleteux qui sont pas nés là, des fois, ils parlaient du ciel bleu. “Bleu ciel !” ils disaient, et le Puterel n’avait pas compris qu’il y avait des couleurs qu’on ne trouvait pas dans le refuge jusqu’à ce qu’un rajoute : “Même bleu marine, des fois !” »

C'est donc un peu évident tant dans la forme que dans le fond et surtout la réunion des deux : gouaille pour gadoue.

"C’est un noir qui parle. Un noir de vie."

Laborieux, labourieux , répétitif et lancinant, présent et phrases courtes. On se fiche pas mal de ce que ça raconte car ça reste du post-apo et le style, bien que sans honte, n'a pas la hauteur ou la profondeur pour creuser la métaphore, pour faire tenir cet édifice de boue séchée sur plus de 200 pages. Le récit manque donc couleurs ; il y aurait pourtant des nuances dans l'ocre et les bruns, le sang séché, le vert des muqueuses, le jaune de la gangrène... il manque les métaphores, les comparaisons, les termes scientifiques ou les néologismes ou un mélange pour saisir la typologie de la boue, des boues, l'humide, la séchée, la piquante, la mélangée, la granulée, que sais-je ? et comment ces gens ont survécu, les cabanons, les planches mal clouées, les charrettes, les poulies, les ruines réutilisées, le recyclage. Certes, oui me direz-vous : les intentions : vous pourriez me faire remarquer que ce n'est pas la Horde de la contreboue mais tout de même le bain n'est pas très profond.


« Elle a raison, Lana, Rigal pense. On se croirait dans une série télé.
Il tousse.
Et en vrai, bon, dans une série télé, ça aurait été plus spectaculaire. Déjà, ça aurait été la scène finale, et Rigal espère que ce sera pas le cas. Ensuite, y aurait eu du suspense, pas juste les puterels qui arrivent dans le bled, la Môme qui leur balance des gros cailloux depuis la grue où elle est perchée, qui se retrouve à court de stock, et qui, du coup, est coincée là-haut et ne sert plus à rien, mais a tout de même réussi à disperser les six enfoirés.
C’est vrai qu’ils sont nuls en stratégie. »

Imparfaites

Imparfaites (2022)

Représenter la "femme" dans l'art occidental : entre fantasmes et domination masculine

Sortie : 1 octobre 2022. Essai, Peinture & sculpture

livre de Ludivine Gaillard

Nushku a mis 6/10.

Annotation :

Je ne suis pas là cible de ce livre. Non pas en raison du propos évidemment mais de la forme très YT (je, vous, "au max", "la fâame") et de son aspect vulgarisateur. Gaillard repose les bases, réexplique le b.a-ba que sont les mythes, la hiérarchie des genres, les salons et l'on ne vas pas si loin. C'est pourtant néanmoins ce genre de livre qui peut donner une vocation si lue au collège ou au lycée.

C'est toujours rageant quand des pseudo-spécialistes du Figaro ou de pas si vieux historiens de l'art nous expliquent que si si tout va bien dans le meilleur des mondes, que les féministes exagèrent hein et qu'ils faut séparer l'homme de l'artiste (et d'ailleurs il avait bien raison de faire ça, c'était l'époque, etc. il faut lire leurs arguments surréalistes...), que si les femmes sont absentes ce n'est que par manque de talent, suffisait d'en avoir, et non car tout le système, carrément la société les empêchaient. Va devenir une génie si tu ne peux même pas entrer dans un atelier d'un maître pour faire un peu de dessin ou si tu es interdite d'Académie... c'est qu'il faut avoir accès à des toiles, des couleurs, des modèles, du temps.

Le contrepoids alourdi autant que possible est nécessaire. Je ne suis néanmoins pas forcément convaincu par l'idée que la peinture serait un substitut coquin en attendant Pornhub, je crois qu'il y a surtout pas mal d'inertie, d'habitude (et d'habitus).

Il s'agit donc dans cet ouvrage verbaliser — Il y a de la gouaille assurément et pas mal d'ironie —, montrer, cerner factuellement ce que (j'ose espérer) tout amateur d'expositions ou arpenteur de parquets de musées voit et sait, a pris conscience, bien que cela infuse tellement l'iconographie classique, tant nous sommes habitués à Salomé, Suzanne, les Sabines, gamines, qu'il est facile de l'oublier et de le glisser derrière la cimaise. Oh c'est Biblique ! Mythologique ! Peindre ça, encore et encore, était bel et bien un choix, inconscient peut-être mais pas inconséquent. Regarder du Rubens ou du Boucher c'est souvent comme entrer dans une boucherie. Il ne s'agit pas de brûler mais contextualiser, d'offrir en musée de la médiation.

Si les pages roses présentant des artistes femmes (pas si) oubliées que ça sont trop peu nombreuses. Je ne connaissais pas Elisabetta Sirani.

Comme un empire dans un empire
6.3

Comme un empire dans un empire (2020)

Sortie : 19 août 2020. Roman

livre de Alice Zeniter

Nushku a mis 5/10.

Annotation :

Comme Un monde de salauds..., où l'auteur nous parlait d'un incel rageux et d'une thésarde sans le sou, j’ai l'impression d'une volonté néo-zolacienne de condenser et de synthétiser l'époque, de jouer avec des condensats contemporains. Seule la surface scannée, : carapaces qui sonnent creux.

Oh Zeniter s'est documentée, les mots sont vrais mais sonnent faux. Certes elle saisit un truc des débuts mainstream du net, l'or des 56K qu'il faut avoir vécu mais la chose reste lisse, attendue comme un téléfilm France 2 voulant parler d’aujourd’hui.

Les passages avec Antoine ressemblent d’ailleurs à la BD Palais Bourbon : ils ont dû avoir la même visite et ce croisement doit pointer, à minima une certaine vérité. Quelque chose qui manque : l'urgence et la nécessité. Pas caricatural mais justement en-deçà de la réalité. Elle fait du dedans, de /b/, un truc de hackers idéalistes n’insistant pas assez sur le côté profondément toxique de ce coin qui donnera QAnon.

« toute cette tiédeur de la viande, tous ces frémissements, un excès de vivant qui lui donnait la nausée, »

Le style est d’ailleurs, à ma grande surprise, ferme et bien troussé, ciselé, avec quelques belles trouvailles, des détails qui touchent, des formulations qui font mouche. Elle reste pourtant au sol, trop sage et très gentillette. Même si c’est voulue l’absence d’accélération et de conclusion fait pschtt. À la fin le fantasme des Zaz en ZAD, petite escapade nature-goût-des-bonnes choses, tous beaux, merci Damasio, là caricatural (encore faut-il avoir ce fantasme de la roulée dégueu au coin du bec et de la 8,6).

Dans un genre similaire Feu de Pourchet m'avait paru plus intéressant, plus crado certes dans son écriture, un peu plus urgent, maladroit mais plus honnête.

Le grand roman 4Chan/Anon reste à écrire. Par qui ? un-e anglo-saxonn-e dans leur tradition romanesquo-journaliste ? par un Bellanger pour un roman-dossier post-H ? Il n’y aura donc pas eu de Balzac de l’Internet pour compter au fil de l’évolution et ddes mutations selon tous les points de vue (le geek puceau, l'autre geek puceau, barbu puis glabre, le Neel, le Gates, Facebook, Insta, ChatGpt, sa naissance obscure, le 56K à aujourd’hui, puis le futur. = le genre ne sera que rétrospectif, aussi faux que le western.

Shy
7.2

Shy (2023)

Sortie : 18 août 2023 (France). Roman

livre de Max Porter

Nushku a mis 7/10.

Annotation :

L'été des charognes, Shy dans la nuit. Grand cri malade. Nous avons Simon Johannin, les Anglais ont Max Porter. Sauf que ce dernier n'a pas la vingtaine encore fraiche et furieuse mais la quarantaine passée. Porter a pourtant réussi à aller puiser (ou pas du tout, écriture de composition ?), cette violence, cette haine aveugle qui déborde, sans trop savoir pourquoi, qui ronge aussi et qui, peut-être, ne se calme jamais vraiment. Bon, il est à la fois facile et stérile de gloser sur ce genre de texte cherchant le bruit et la fureur, les mêmes mots, expressions ou comparaisons reviendront. Shy a toutefois sa petite patte (cassée, de chien galeux). Certes il y a cette forme un peu gratuite et un peu inutile des changements de typo, des pleines pages (et celles qui sont sur des feuillets opposés, était-ce voulu ou une scorie de la traduction ? Très bonne traduction soit dit en passant) Par contre en 1995, pas encore de Buffy.

« Il l’entend nettement dans sa tête, exactement comme le break de batterie originel qui déferle à la manière d’une vague, se réinsère sans cesse en lui-même et se loge dans le cœur de Shy, ce truc qu’il adore quand le tempo chute de moitié, s’avachit, bombe le torse, dégaine ses armes et tout à coup bondit, explose net et charnu, perfection mathématique, décollage vers les étoiles, pur produit des boîtes à rythme et des samples et en même temps invention divine.

Dieu est bouillant et il veut faire danser toute sa création. Syncope. Âme et technologie. Allez-allez-alléluia qu’est-ce qu’il aime ces percussions.

Vas-y, balance le déluge.

Naturellement il ne dit jamais rien de tout ça à Shaun ni à Benny, il se contente de dire Hardcore. Mortel. Ouais. J’adore ce morceau, putain.

Il se contente de sourire en hochant la tête. »

L'Usure d'un monde
7.4

L'Usure d'un monde (2023)

Une traversée de l'Iran

Sortie : 4 mai 2023. Récit

livre de François-Henri Désérable

Nushku a mis 5/10.

Annotation :

F.-H. pourra-t-il un jour écrire par lui-même ? Tu montreras... était un pastiche éhonté de Michon ; Un certain... un pèlerinage chez Gary* ; là nous sommes sous la houlette de Bouvier. Désérable ne décrit pas ci, ne redit pas ça : d'autres l'ont déjà fait, il nous l'avoue. À quoi bon ?

Mes lectures de ses livres sont toujours un mélange de sympathie et d'agacement. Je sens une tension entre la volonté d'atteindre la belle écriture de ses maîtres et une vivacité plus familière, parlée, pour ne pas dire relâchée, et pourquoi pas après tout, l'écriture vient des contrastes. Sauf que plus que des frictions, cela mène à des maladresses, des bouts de phrases comme des épis dans le corps du texte, des ruptures de ton — entre Bouvier et le reportage Konbini — heurtées et sûrement peu voulues.

Est-ce la proximité de lecture de Mars ou simplement la thématique du voyage, les aphorismes secs, les généralisations à l'emporte-pièce, les métaphores impromptues, le champ saturé d'auteurs et de citations recommandables, L'usure d'un monde m'a fait penser à du Tesson. Un peu également le même ton fier de lui-même, sous la fausse humilité. Si ce n'est pas encore la leçon de morale perchée d'on ne sait où, nous n'en sommes pas loin.
Comme Tesson et comme un livre sur deux depuis 2010, on n'échappe pas au petit laïus automatique contre les méchants algorithmes. Et là Deserable de ne même pas en profiter pour rappeler l'origine, non pas faussement évidemment grecque, mais persane du mot. Et Wikipédia alors que son érudition, sur le souverain Achéménide ou Zoroastre, fleurent bon le Wikipédia plus que le Pierre Briant. « j’ai du mal à m’imaginer Sartre ou Deleuze ou Foucault se vanter d’avoir cinquante mille followers sur Facebook » Au collège on en avait tous un dans notre classe qui se croyait au-dessus de la mêlée et méprisait les passions du moment. Si si j'imagine parfaitement Sartre acheter de faux abonnés et chercher à faire buzzer des # tout le temps. Antinomie quand, à côté, ces réseaux sont l'un des maigres espaces de liberté des iraniens. (Cette petite homélie prédécoupée sur Tinder & cie est d'ores et déjà en train d'être remplacée par la palabre sur l'I.A et ChatGpt, on n'y coupera pas.)
Bref, Jean-Eudes en goguette.

* Et c'est par son goût pour la fausse vie de Gary que je ne crois pas à l'épisode final de ce récit.

Mars
6.6

Mars (2021)

Sortie : 28 octobre 2021. Beau livre & artbook, Science-fiction

livre de François Schuiten et Sylvain Tesson

Nushku a mis 5/10.

Annotation :

Damn it, je l'ai pris à la bibliothèque en reconnaissant le dessin de Schuiten sur la couverture sans voir vu que c'était aussi du Sylvain Tesson. Naturellement même en parlant de Mars sur moins de 50 pages Tesson parvient 1. à truffer son texte de citations avec et sans guillemets 2. Nous parler de petits villages bourguignons ou normands avec leur si jolie église au milieu.

Le dessin de Schuiten est aussi fidèle à lui-même. Mars lui va si bien ! avec ses strates géologiques, ses sédiments indérangés, ses ocres et ses terre de Sienne, ses volcans éteints, ses dômes néo-futuristes à venir. Sous ses airs affables, la technique ne semble pourtant pas si simple : acrylique, crayons, huile pour un résultat tout en caresses sans jamais être indécis ou mollasson.

« La splendeur nous consolait de l'infinie monotonie des heures. Sur Terre, nous avions oublié que la promesse de la beauté permet de tout exiger d'un homme. » 


J'aurais donc préféré un album. Puis l'un sur Vénus, sur la Lune, sous les glaces d'Europe, dans les cratères d'Io, dans les nuages de Jupiter et les anneaux de Saturne. Voila ! maintenant je rêve à un gros livre de Schuiten (avec Manchu et Alice) explorant l'exploration du système solaire.


« Nous commencerions par fouiller le sol pour extraire le combustible nécessaire à nos efforts.
Nous serions secondés par les machines. Nous vivions par elles et pour elles, au point que personne ne savait plus si elles étaient nos instruments ou si nous étions leurs serviteurs. »

« La question de la vie sur Mars était une question stupide. Des formes de vie échappaient sans doute à la perception humaine. Là, au fond de ce cratère, se déployaient peut-être des phénomènes que mon spectre sensoriel était incapable de détecter. Que savions-nous des infra-mondes et des au-delàs ? Nous n’avions que cinq sens, réglés sur des fréquences réceptives limitées. »

La Prise de Constantinople

La Prise de Constantinople (1965)

Sortie : 1965 (France). Roman

livre de Jean Ricardou

Nushku a mis 3/10.

Annotation :

ENCORE une fois sur le papier, c'était pour moi. Une épiphanie possible. Je ne crois pas être l'un de ces bourrins qui rejettent avec hilarité goguenarde tout texte un peu baroque, un tant soit peu descriptif ou divaguant dans des tentatives formelles. Il y a ici un jeu de leitmotivs, de répétitions et de variations dont je suis habituellement friand. Les intentions sont là, la tentative, le mérite d’exister.

Sauf que des pages et des pages illisibles répétées, entendre c/c, en boucle avec ce qu'il faut de variation pour ne plus croire à une erreur d'impression... Des pages et des pages sur une femme (une « jeune fille » en fait) qui se déshabille et que l’on déshabille chaque geste décrit… des descriptions si précises, si rapprochées qu’elles en sont pourtant incompréhensibles. Cela ne raconte rien et tente pourtant de nous le dire. D'une femme qui tombe, encore et encore, que l'on brûle (enfin je crois ?). Allez, admettons que l’aliénation de la Borne a des échos de crones à la Damasio.
Pis, le texte pointe, explicite ce jeu formel, tease un centre secret. Un texte stérile, mortifère, clos. Le texte menace même de nous en infliger d’avantage : "Aussi, peut-être, afin de ressaisir le fil conducteur, ne faudrait-il pas hésiter à risquer une étude périlleusement excessive du texte cité." Imaginez Perec répéter à l’envi qu’il enlève telle lettre, qu’il faut lire dans l’autre sens, qu’il y a un un polygraphe caché…

Quoiqu'en pensent quelques esprits chagrins les nouveaux romans sont encore lus (c'est juste A. Robe-Grillet qui est oublié. Duras et Sarraute, Simon continuent d'influencer la jeune génération ; Butor toujours publié notamment en art.

C'est donc en un mot du Perec sans humour, sans humilité, sans rigueur. C’est le post-modernisme à venir sans le ludisme. Ou pour reprendre l’exemple pratique d’Audiberti, ce dernier sans la couleur, les parfums.

Idée de titre : "dans un fauve espace qui flamboie"

Oh et et sans surprise la page Wikipédia, pas si vieille, est à l’avenant : insupportable de prétention, illisible et clairement écrite par une seule personne très fière d’elle-même. Tout ce qu’il ne faut pas y faire. "Ricardou apparaît aujourd'hui d'une importance cruciale" [cruciale est en italique] cruciale pour quoi ? Pour qui ?

« Tenir ici, encore, cependant. Accréditer ces jeux, ces personnages. Tracer des raccourcis dans le texte et s’y risquer. Reconstruire ainsi le décor en son ensemble et, par lui contenu, cet improbable espace où peut-ê

Tout l'art d'Assassin's Creed IV : Black Flag
7.8

Tout l'art d'Assassin's Creed IV : Black Flag

The Art of Assassin's Creed IV: Black Flag

Sortie : 31 octobre 2013 (France). Beau livre, Jeu vidéo

livre de Paul Davies

Nushku a mis 5/10.

Annotation :

Je sais bien qu'ACIV:BF est le chouchou de tout une frange de joueurs. Ah les pirates ! les batailles navales ! Le bateau ! C'est pourtant l'un de ceux que j'aime le moins, je n'ai rien ressenti de tout ça ; occasion manquée, scénario mollasson, personnages au mieux transparents, au pire pénibles et surtout l'impression comme Brotherhood d'un gros add-on glorifié, car ils ont aimé les bateaux. Avec le ricochet Roque... Edward n'a aucune personnalité (suffit pas de le rendre rugueux pour en faire quelqu'un d'intéressant).
Contrairement à d'autres opus, le jeu n'est à mon avis pas à la hauteur de ses concepts-arts.

Toujours cette langue de bois sur les intentions parfaites, réussies ; le joueur ressent ci et ça. Sur moi ça n'avait donc pas marché.

Farah Atassi

Farah Atassi (2022)

Exposition, Paris, Musée national Pablo Picasso, du 13 septembre 2022 au 29 janvier 2023

Sortie : 7 octobre 2022. Beau livre & artbook, Essai, Peinture & sculpture

livre de Farah Atassi et Florence Derieux

Nushku a mis 5/10.

Annotation :

Trop proche de Matisse et de Picasso pour moi : ça ne titille pas ma rétine et je ne vois guère l'actualité revendiquée d'un tel dialogue (si peu critique). Son style, traits et couleurs, me fait surtout penser à ce style vectoriel Illustrator en vogues dans les articles de magazines et de pubs des années 1999-2006 qui s'inspirait du style publicitaire du début du XXe siècle.


« FA : J'ai mis en place un protocole de travail qui est le même depuis des années. Je dessine un espace qui est très creusé. Ensuite, je pose mon motif sur toute la surface de la toile en all-over. Ce all-over vient complètement casser les lignes de perspective parce que le motif les recouvre et les nie. J'aime cette contradiction qui consiste à creuser l'espace pour ensuite l'aplanir. Ça crée des ambiguïtés, des effets de distorsion. Et puis j'aime bien la radicalité de n'avoir qu'un seul motif qui recouvre toute la surface de la toile. C'est sans doute ce qui caractérise le plus mon travail. J'ai poussé ce concept du motif, du pattern en all-over, à l'extrême. C'est un protocole qui m'accompagne ou-delà de tout ce que je décide de peindre et au travers de toutes les séries, quel que soit ce qui va ensuite venir habiter l'espace. »

*

« Oui, c'est rarissime que la toile soit vierge parce que je commence normalement par un à-plat. Ensuite, je pose les scotchs pour créer un motif qui suit la ligne de perspective, le pattern suit donc la ligne de l'espace. Depuis à peu près un an, je mets en scène mes modèles, et je peins dans chaque tableau un rideau qui cache une partie de la composition. J'aime bien cette idée qu'il faille imaginer ce qui est couvert. C'est un jeu de recouvrements et de dévoilements des éléments de la composition. Ensuite, je déploie mon pattern et, quand l'espace est terminé, je place mes personnages. Récemment, c'étaient des danseuses et, en ce moment, ce sont des baigneuses. Ensuite, j'introduis des objets qui vont entourer la figure et compléter la narration. Souvent, c'est l'atelier qui est mis en scène. Je figure des toiles vierges, des toiles retournées, et même des toiles peintes qui constituent des espaces parallèles fonctionnant comme un métalangage. J'ajoute parfois des éléments organiques ou ornementaux, qui constituent la ponctuation du tableau, par exemple des oranges où, dans les tableaux de spectacles, des balles de jonglage. »

La Forêt sombre
8

La Forêt sombre (2008)

Le Problème à trois corps 2

Hēi'àn sēnlín

Sortie : 4 octobre 2017 (France). Science-fiction, Roman

livre de Liu Cixin

Nushku a mis 5/10.

Annotation :

Si absolument tout le monde semble préférer ce 2, je ne suis guère convaincu. Je l'ai trouvé plus laborieux, plus longuet, pour ne pas dire carrément brouillon. Le 1er — si non gâché par Actes Sud — maintenait l’intérêt par la distillation lente de ses mystères (bien que les explications fussent décevantes) et avait l'heur d’un fond historique original ; ce second tome, décongestionné par ce mystère peine tout en s'éparpillant.

Oh c’est pourtant intéressant dans les intentions : non pas gagner la guerre mais la préparer avec si peu de visibilité qu’elle n’est qu’une ombre à l’horizon comme une épée de Damoclès abstraite. Comment échafauder des stratégies quand le si pratique deus ex machina sait tout ? Et bien sûr cette forêt sombre.

Cixin croit-il en ces longs discours sur l'honneur et l'âme de l'armée ? Au "vrai sens du devoir ou de la mission" ? Étant données ses déclarations ou le synopsis de ses autres livrées on peut raisonnablement se poser la question et se demander si le Poinçonnage n’est pas un projet à réaliser dans son esprit. Hop les Ouxx au poinçonnage pour mieux bosser.

Comme le 1er, il y a bien l'odeur de hard SF mais guère la saveur. Je n'arrive pas à y croire. À l'inverse d'autres papes, je questionne, je me méfie et il manque cette ouverture vers la curiosité purement scientifique qu'ils peuvent brasser. Je peux me tromper mais j'ai l'impression que Cixin imagine des idées farfelues puis cherche dans un second temps seulement comment les justifier avec un vague vernis scientifique. Partant, il y a toujours des trous, des micro-incohérences ou des facilités. J'ai trouvé son futur vieillot, déjà daté, comme ceux de Hamilton.

Comme dans le 1er, seuls un ou deux personnages survolent, les autres se fondant dans une masse anonyme utilitariste. On a le suicide facile chez Liu ! Si Ye Wenjie était au centre du Pà3c les femmes sont ici quasiment absentes, présentes seulement en tant qu'épouses, bien entendu silencieuses mais toutes si belles..

C'est un style aussi que je dirais fébrile : prêt à rompre, semble-t-il, comme si chaque phrase réchappait à mille complications, prête à basculer cul par-dessus. Je ne visualise absolument pas ses descriptions (qui virent vite au gimmick une fois dans l'espace). Peut-être est-ce la traduction qui donne cet effet ? Il y a encore plus de passages lyriques franchement ridicules. Argl ! les romances ! mais peut-être là encore un mirage de la traduction et que ce sont des métaphores banales en Chin

Nushku

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