Cover Le palais d'images - 2020

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539 films

créee il y a environ 3 ans

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modifiée il y a 9 jours

Le Passager du Tassili

Le Passager du Tassili (1987)

1 h 28 min. Sortie : 5 août 1987 (France). Drame

Film de Sarah Maldoror

Azguiaro a mis 5/10.

Annotation :

Je commence cette nouvelle année et cette nouvelle décennie par un film diffusé à la télévision et réalisé par cette figure importante du militantisme décolonial qu'est Sarah Maldoror. Autant dire d'emblée que je m'attendais à mieux, mais aussi je suis assez déconcertée par 'Le Passager du Tassili'. Malheureusement peu de choses à dire sur la mise en scène, ce qui frappe en premier lieu c'est le niveau global des acteurs et des actrices de ce film. Par le biais de quelques personnages, en particulier celui (sur)joué par Smaïn, on atteint presque la comparaison avec certaines productions AB (l'ambiance caractéristique des années 80 et les coupes de cheveux n'aident en rien à se défaire de cette idée), et pourtant il arrive par moment que ces jeux soient tellement relâchés qu'on touche à l'hyperréalisme, créant une atmosphère aussi vieillotte que déstabilisante.
Le racisme, le décolonialisme, l'importance des origines culturelles, tous ces sujets sont au centre de cette croisière - plutôt sympathique, en vérité. Sujets qui semblent parfois traités de manière assez superficielle et idéaliste (le passage sur le banc où les amoureux parlent du racisme est assez révélateur là-dessus), mais à côté je suis mal placée pour avoir à redire là-dessus. Ceci dit, j'admets beaucoup apprécier les allusions à la guerre d'indépendance et aux luttes lancées par le FLN, qui donnent à voir pour le coup des moments vrais. À côté, certains personnages me dérangent, mais leur pluralité ne rend pas la chose si désagréable que ça et offre un panorama assez varié de caractères ; c'est loin d'être parfait mais c'est intéressant.
On comprend l'importance que Maldoror accorde à l'indépendantisme, au droit des peuples à décider de leur sort, chose que je soutiens totalement, après je trouve étranges les premières réactions parfois très dédaigneuses des gens quand ils découvrent que le protagoniste ne connait que peu la langue et la culture algérienne. Mais je me dis qu'à une époque déjà plus proche qu'aujourd'hui de la libération algérienne, il était possible de voir des considérations aussi radicales que celle des deux hôtesses de l'air (et peut-être même aujourd'hui, même si je n'ai encore jamais vu ça).
Pour conclure, le film n'est pas désagréable, il est juste troublant voire boiteux sur certains aspects, mais reste une première approche intéressante du cinéma de Sarah Maldoror.

La Coquille et le Clergyman
6.9

La Coquille et le Clergyman (1928)

35 min. Sortie : 9 février 1928 (France). Drame, Muet, Expérimental

Film de Germaine Dulac

Azguiaro a mis 7/10.

Annotation :

Cette première approche du cinéma de Germaine Dulac est très plaisante, une histoire courte d'amour à conquérir, mais dans un univers totalement surréaliste. Il faut dire que le scénario a été écrit par Antonin Artaud, et qu'étrangement il est intéressant à suivre, malgré l'ambiance surnaturelle constamment présente qui aurait pu le faire passer au second plan, et permet de jouer avec l'image dans d'hypnotisantes déformations, superpositions et cassures visuelles. En fait, pour un film de ce genre, c'est peut-être la première fois que j'ai à ce point l'impression que je me trouve dans un rêve, avec tout ce qu'il faut d'incohérences spatiales, temporelles et dans les comportements humains, avec même certains éléments érotiques qui renforcent de possibles lectures psychanalytiques. Même si ce serait plutôt le rêve d'un autre étant donné que le point de vue de la caméra est extérieur au regard du protagoniste.

Le Meurtrier terriblement lent à l'Arme extrêmement inefficace
7

Le Meurtrier terriblement lent à l'Arme extrêmement inefficace (2008)

The Horribly Slow Murderer with the Extremely Inefficient Weapon

10 min. Sortie : 2008 (France). Comédie, Épouvante-Horreur

Court-métrage de Richard Gale

Azguiaro a mis 3/10.

Annotation :

Franchement, le concept du film est bon, de même que le format bande-annonce, mais ce dernier aurait du faire comprendre à l'auteur qu'il aurait mieux valu raccourcir un peu l'ensemble. Alors oui, en général c'est l'étirement qui provoque le rire et sublime la chute, mais le cas présent c'est tout de même trop, et assez rébarbatif. Mais le court-métrage reste intéressant.

Baisers volés
7.3

Baisers volés (1968)

1 h 31 min. Sortie : 4 septembre 1968. Comédie dramatique, Romance

Film de François Truffaut

Azguiaro a mis 6/10.

Annotation :

Je n'ai jamais caché mon incompréhension sur le fait que Truffaut ait tant voulu faire d'Antoine Doinel un personnage récurrent, le héros d'une saga qui aurait très bien pu se contenter d'un personnage différent à chaque fois. C'est que je ne vois pas ce que ça apporte, à part peut-être une réflexion sur le temps qui place, mais à côté je dois composer avec le fait que le gamin à l'innocence turbulente des 'Quatre cent coups' qui symbolisait le mal-être de l'enfance se transforme peu à peu en espèce de harceleur de femmes, certes un brin lyrique.
Mais alors le film, qu'en est-il ? Eh bien malgré certaines baisses de rythme, il est pourtant bon, parfois touchant malgré son protagoniste souvent énervant (de manière relativement réaliste, il faut le reconnaître). En fait, le propos est traité de manière très intéressante : le regard sur une société où les relations conjugales ne sont qu'affaires, où tout le monde s'épie sans se soucier de la mystique des sentiments, et ce par le biais d'un métier aussi polémique que visiblement toléré par tout le monde, à savoir détective privé. Il s'agit donc pour Antoine d'essayer de se placer dans tous ces conflits, toutes ses histoire d'adultes chevronnés habitués au cynisme de la vie. Les similitudes avec 'Antoine et Colette', opus précédent de la saga Doinel, se font bien ressentir, notamment ces parents plus prompts à accepter un garçon très poussif que leur fille qui ne voit en lui qu'un pote. La réalisation n'est pas fantastique mais a quelques moments de montage très intéressants.
Pour le reste, face à la complexité des liens affectifs humains qu'essaie de dépeindre le film, je retiens cette phrase qui a quelque chose de très vrai : "Après la mort, faire l'amour, c'est une façon de compenser. On a besoin de se prouver qu'on existe".

L'Homme qui rétrécit
7.6

L'Homme qui rétrécit (1957)

The Incredible Shrinking Man

1 h 21 min. Sortie : 17 mai 1957 (France). Épouvante-Horreur, Science-fiction

Film de Jack Arnold

Azguiaro a mis 7/10.

Annotation :

Cette histoire commence avec un conflit de boisson : le cliché du mari sexiste qui attend tout de sa femme réclame de la bière. Viendra alors, comme une condamnation divine, un étrange nuage qui provoquera un rétrécissement progressif de sa personne. Et, le film nous le fait bien comprendre, qui dit perdre sa taille dit perdre sa dignité masculine : sa petitesse croissante provoque chez Scott une honte qu'il essaie de compenser par de la désobligeance envers son épouse. L'impuissance le pousse à l'isolement et le rend carrément détestable. C'est donc la dénonciation de la virilité qu'aurait pu héberger 'L'Homme qui rétrécit', ceci dit le film en arrive à un message finalement opposé : face au machisme de canapé, il faut redevenir un homme, un vrai. Scott va passer par un parcours initiatique demandant peut-être plus de force mentale que de capacités physiques, alors que sa taille ne s'est pas arrêtée de diminuer pour autant, et que les dangers et les obstacles sont monnaie courante à cette échelle de l'existence. Ce qui s'apparentait d'abord à un propos féministe vire plutôt dans une idée de réappropriation du courage primal par les hommes, que la société a rendus paresseux. Confronter une grandeur "naturelle" du mâle à un amour-propre préfabriqué par la société est une vision majoritairement conservatrice des choses, même si je pense qu'ici elle devait s'inscrire dans un contexte critique envers un monde moderne qui nous apporte tout sur un plateau. En fait, c'est une vision que je ne peux pas approuver, mais quand on la voit dans ce film, on palpite devant ce trentenaire aisé poussé à une une épopée héroïque pour sa survie, soutenue par des effets spéciaux qui, même s'ils ne peuvent plus cacher leurs ficelles, restent très impressionnants.
Mais c'est surtout l'audace de la fin qui interpelle : un happy end banal à base de retrouvailles heureuses aurait été de mise dans beaucoup d'autres versions du scénario (ce qui n'est pas forcément un mal en soi), mais Matheson et Simmons donnent une teinte existentielle à la dernière scène, où Scott, une fois sa grandeur intérieure retrouvée, se met à atteindre une sagesse nouvelle, et accepte son sort d'être nouveau. Fascinant.

Nejma

Nejma (1984)

16 min. Sortie : 1984 (Algérie). Drame

Court-métrage de Kamal Dehane

Azguiaro a mis 6/10.

Annotation :

Peut-être un peu trop démonstratif sur sa vision de l'oppression culturelle, 'Nejma' est pourtant beau, retranscrivant la persécution française pendant l'occupation en Algérie par le biais d'une histoire de livres qui libèrent momentanément des chaînes autoritaires. Réalisation plutôt basique, si ce n'est lors de ce moment où le protagoniste mime une scène de dialogue émouvante avec un jeu de caméra aussi simple que ludique. La philosophie métaphorique de la fin a quelque chose d'aussi libérateur que profondément pessimiste : que brûle ma culture de mes mains plutôt que de la voir manipulée entre les leurs.

8 femmes 1/2
6.1

8 femmes 1/2 (1999)

8 1/2 Women

2 h. Sortie : 25 août 1999 (France). Comédie dramatique

Film de Peter Greenaway

Azguiaro a mis 8/10.

Annotation :

Au bout d'environ 20 minutes de film, j'arrêtais déjà tant j'étais électrique de plaisir. Pas de doute, j'étais bien devant du Greenaway, dans tout ce qu'il a de plus grandiose. Et comme tout Greenaway, '8 femmes 1/2' ne peut s'expliquer qu'en surface ; le reste est à découvrir comme une séance improbable où il faut s'attendre à se faire tout petit. Pour que vous compreniez : un fils console son père en couchant avec lui à la suite de séquences inconfortables, puis on les voit aller au cinéma par la suite, où le père parlera de ses propres vues sur son propre père et de son gros pénis, et ce devant le 'Huit et demi' de Fellini. On est à un niveau d'audace qui laisse sans voix. Et moi, je me marrais devant, pas tant pour l'humour autour de l'inceste que cette ambiance presque sous pression qui se déroulait alors, et qui se prolongeait plus ou moins intensément tout le long du film.
Si '8 femmes 1/2' est si immoral, ce n'est pas du tout parce que Greenaway l'est mais parce que ses personnages n'écoutent que leur philosophie psychique, qui les dépouille progressivement de toutes limites de décence, et ce jusqu'à l'implosion progressive de leur petit système. Le deuil, la recherche du bonheur, l'analyse du désir sexuel... et autant de thèmes jamais explorés totalement, laissés à moitié dans la flaque du subconscient, puisqu'ils ne servent finalement qu'à une effervescence de mises en scène et d'esthétique, qui se réinventent à chaque scène : encadrements par la lumière, montages alternés entre spectacles et vie réelle, élévation des personnages au rang d’œuvres d'art à part entière, etc. Ce type est une étincelle à profusion, sans arrêt excité intellectuellement, un retardataire de la Nouvelle Vague qui a tout de même décidé de faire la fête tout seul, les portes et les fenêtres grandes ouvertes pour que tout le monde entende. Alors forcément, on en ressort fatigués, étourdis, peut-être parfois énervés, et c'est donc en votre âme et conscience que vous devez essayer le voyage. Peter Greenaway est de ces réalisateurs qui essaient toujours d'aller au bout de leur logique, mais qu'on ne s'y trompe pas : il a une éthique malgré tout, et c'est peut-être grâce à elle que le film tient si bien en équilibre.

Lili Marleen
7.1

Lili Marleen (1981)

2 h. Sortie : 15 avril 1981 (France). Drame, Romance, Guerre

Film de Rainer Werner Fassbinder

Azguiaro a mis 8/10.

Annotation :

Fassbinder aura fixé son cinéma sur deux pôles : le matérialisme politique et le mélodrame. Et si ici c'est le second point qui semble diriger l'histoire, avec cette relation amoureuse vouée au cynisme, c'est le premier qui s'établit sous le (magnifique) vernis du film. Preuve que le patriarcat est bel et bien un problème majeur de société, les deux amants sont chacun amenés à résister au nazisme sur des terrains qui leur sont prédestinés : le domaine politique actif pour l'homme, la scène où la beauté est marchande pour la femme. Comme si les plus nobles intentions ne pouvaient pas échapper elles non plus à toutes les oppressions et les injonctions sociales. Reste un drame de guerre marqué par l'ironie, quand la chanson 'Lili Marleen', devenue hymne de tous les soldats par lequel ils seront pourtant démotivés, encouragera aussi la perte des militaires allemands, dont notamment le mari avec lequel la protagoniste avait dû se fiancer.
La réalisation atteint des sommets de performance et d'élégance, par la disposition des personnages dans les cadres, par les nombreux jeux de miroirs (pour avoir revu 'L'Année des treize lunes' récemment, je crois que Fassbinder est le plus grand cinéaste dans l'utilisation des miroirs), ou encore une photographie d'une rare somptuosité, presque vaporeuse par moment.

Agent secret
6.6

Agent secret (1936)

Sabotage

1 h 16 min. Sortie : 8 janvier 1937 (France). Thriller, Drame

Film de Alfred Hitchcock

Azguiaro a mis 7/10.

Annotation :

Ce film de la période britannique de Hitchcock est très sympathique, et d'une grande noirceur. Le jeu d'acteur n'est pas forcément très correct, et il y a quelques facilités, ceci dit le tout reste stable et 'Agent secret' fait l'effet d'un terrain d'expérimentations de mises en scène pour un cinéaste qui ne cessera par la suite de peaufiner le suspens, déjà très présent ici. Car si la course contre-la-montre a tendance a être un peu trop appuyée par le rappel de l'heure, elle est malgré tout très prenante, et sa finalité est aussi terrible que radicale. L'utilisation du court-métrage Disney 'Qui a tué le rouge-gorge' a quelque chose d'aussi significativement astucieux que terrible.

Jeune et innocent
6.8

Jeune et innocent (1937)

Young and Innocent

1 h 20 min. Sortie : 26 juin 1978 (France). Policier, Thriller, Romance

Film de Alfred Hitchcock

Azguiaro a mis 7/10.

Annotation :

Un film plus maîtrisé que le précédent de son auteur, qui porte un élément scénaristique devenu gimmick de son cinéma aux yeux de tout le monde : l'innocent accusé à tort qui va devoir prouver, ironiquement hors de la loi, qu'il n'est pas coupable. Enfin, "commettre" n'est peut-être pas le meilleur mot, chez Hitchcock le crime est comme une maladie qu'on transmet.
Décidément, ses films de la période anglaise ont quelque chose de très attachant, le cinéaste montre déjà son goût pour l'art populaire avec ses romances, ses escapades et ses enquêtes ; en fait tout est déjà là, et c'est ce qui en premier lieu rend 'Jeune et innocent' très bon. Et cette fois-ci, les jeux d'acteurs et d'actrices sont bons. Même si ce type de situation où les flics sont si peu doués qu'ils veulent absolument que leur suspect soit coupable reste assez énervant, ceci dit, je pense qu'il s'agit ici d'une critique d'un système judiciaire trop complaisant, et qui semble ne rien prendre au sérieux, chose visiblement transmise aux descendances, puisque les enfants du commissaire sont dans la même optique de considérer la traque du fugitif comme un jeu de stratégie. Le travelling arrivant jusqu'au gros plan sur le regard du vrai coupable est le point culminant de la réalisation.

Les Deux Anglaises et le Continent
6.8

Les Deux Anglaises et le Continent (1971)

2 h 10 min. Sortie : 18 novembre 1971 (France). Romance, Drame

Film de François Truffaut

Azguiaro a mis 6/10.

Annotation :

Truffaut aime sans conteste les histoires d'amour beaucoup trop compliquées. C'est sûrement aussi le cas dans la vraie vie, mais chez le cinéaste de la Nouvelle Vague cela ressort encore plus en raison des grandes phrases de chacun pour essayer d'exprimer son tempérament volatile, qui s'étend pourtant parfois sur des années, mais raconté par des ellipses qui ne laissent que les moments de troubles ou de passions ; c'était le cas pour 'Jules et Jim', c'est aussi le cas pour 'Les Deux Anglaises et le continent'. On notera ici l'usage d'une voix off parfois envahissante, mais pas insupportable.
Il arrive à cette histoire en milieu bourgeois d'être un peu lassante, mais l'auteur remonte tout ça par une réflexion assez intéressante sur l'amour romantique en traitant, paradoxalement pour notre culture, des relations libres et de leur réception auprès de l'individu. Un chant navrant et désespérant sur ces idéaux qui ne fonctionnent jamais complétement.
La plastique de ce film est peut-être la plus belle vue chez Truffaut, avec de belles couleurs et une lumière souvent somptueuse.

Être et avoir
7

Être et avoir (2002)

1 h 44 min. Sortie : 28 août 2002. Société

Documentaire de Nicolas Philibert

Azguiaro a mis 8/10.

Annotation :

Le cinéma vérité est une mouvance aussi évidente que complexe, en théorie comme en pratique. Capter l'essence de la vraie vie a quelque chose d'infiniment beau, mais en même temps il faut réussir à trouver les bonnes approches, la bonne distance avec les sujets, sans cynisme aucun. Philibert s'impose comme l'un des grands maîtres de l'état français dans ce genre si merveilleux, avec ce documentaire proprement magnifique.
Pendant une année, le réalisateur va suivre une classes d'enfants de tout âge d'élèves en école primaire, dirigée par un professeur ayant voué sa vie à son métier, dans une commune de l'Auvergne, dans mon pays de cœur (pas la France, mais l'Occitanie)(saletés d'impérialistes). On suivra par la même occasion un peu de la vie de certains élèves en-dehors du cadre scolaire, oh, juste un peu, pour que les citadins dans l'âme puissent voir ce qu'est le quotidien à la campagne. Difficile de ne pas contenir mes larmes, certaines scènes je les ai vécues, de ces devoirs de mathématiques résolus familialement aux discussions sur la difficulté de communiquer, elles touchent à une époque révolue pour beaucoup d'anciens gosses, notamment ruraux, à laquelle la nostalgie a donné des couleurs crépusculaires. Les complications sont ainsi évoquées comme le reste, au fil des mois où l'instituteur doit composer avec les problèmes de chacun, rappelant que les fonctions sociales sont bel et bien des professions comme les autres, qui demandent un important ressort pédagogique. Philibert sait se placer là où il faut, n'intervient que dans un seul passage et le reste du temps laisse juste s'agiter ce microcosme devant lui pour en ressortir toute l'insondable et pourtant encore répandue tendresse.

Sambizanga
6.4

Sambizanga (1972)

1 h 42 min. Sortie : 26 avril 1973 (France). Drame

Film de Sarah Maldoror

Azguiaro a mis 7/10.

Annotation :

Un film qui doit sentir bon le vécu pour quelques membres de la production, à commencer par la mari de Maldoror qui a lui-même été un résistant contre la colonisation dans son pays, l'Angola. Et sachant 'Sambizanga' certainement très inspiré d'histoires vraies, la colère et la révolte qu'il provoque est ainsi multipliée, quand on voit la toute-puissance des colons qui écrasent un pays puis ses habitants en jouissant de ne craindre aucun véritable retour de bâton. L'histoire prend parfois le point de vue du mari prisonnier, mais aussi du point de vue de sa femme qui fait tout pour le retrouver, et même du point de vue général de la vie du pays, plus paisible. Par tradition, le chant est très présent, dans l'exégèse comme dans la diégèse, jusqu'à cette cérémonie funéraire improvisée par les prisonniers politiques qui tord le cœur tout en laissant se diffuser une rage sourdement perceptible.
À partir de là, difficile de ne pas voir l'impact qu'a eu Sarah Maldoror sur l'esprit décolonial chez les populations africaines et antillaises.

La tribu du bois de l'é

La tribu du bois de l'é (1998)

18 min. Sortie : 1998 (Réunion).

Documentaire de Sarah Maldoror

Azguiaro a mis 6/10.

Annotation :

Un documentaire très sympathique où Maldoror s'intéresse cette fois-ci à la Réunion. J'avais peur du côté trop reportage, et parfois il y a effectivement de ça, mais à côté elle filme les gens, qui travaillent le bois ou sur des ordinateurs, les enfants qui jouent de la musique, bref de la vie véritable. C'est simple, assez peu ambitieux, et pourtant attachant, et malgré tout un peu militant. Le travail de l'autrice sur la vision de l'Afrique me semble énorme quand je vois tous les pays auxquels elle s'est intéressée. C'est vraiment une belle découverte.

Caravaggio
6.8

Caravaggio (1987)

1 h 33 min. Sortie : 16 décembre 1987 (France). Biopic, Drame, Historique

Film de Derek Jarman

Azguiaro a mis 8/10.

Annotation :

Première approche de l'oeuvre de Derek Jarman, premier coup de cœur, et je l'espère pas le dernier. L'auteur s'inscrit dans la lignée des cinéastes qui font du biopic un genre qui ne se limite pas à lui-même, par un style très affirmé qu'il est compliqué d'interpréter, même si c'est toujours passionnant d'essayer. Il y a un peu de Greenaway dans cette envie de représenter l'art dans un morceau d'art, comme une mise en abyme de sa capacité auto-reproductrice. Histoire pour le moins contemplative, cloisonnée à des espaces fermés et pourtant très libre, matricielle de par les événements créatifs qui s'y déroulent, brisant la frontière entre l'art et le corps. Car au-delà de la reproduction, il y a la représentation, les tableaux et les modèles mis parfois côte-à-côte dans une optique comparative et en même temps fusionnelle.
Difficile de vraiment s'ennuyer tant tout transpire une beauté prenante et inexplicable. 'Caravaggio' est une merveille formelle et foncière, une méditation obscure mais qui se refuse à l'être pour masquer un manque d'approfondissements.

Wittgenstein
7.3

Wittgenstein (1993)

1 h 15 min. Sortie : 24 janvier 1996 (France). Comédie dramatique, Romance, Historique

Film de Derek Jarman

Azguiaro a mis 8/10.

Annotation :

De ce que je vois pour le moment de Derek Jarman, il est fidèle à sa réputation d'auteur queer dans l'âme qui aime la tension homo-érotique. Le fait d'avoir réalisé la principale de ce genre dans une salle de cinéma au moment d'une projection peut en dire long sur la manière dont il conçoit l'art queer au sein de l'art cinématographique. À côté, 'Wittgenstein' est l'empire de l'imagination sans souci de vraisemblance, un canevas sur fond noir où sont cassés les repères spatiaux et temporels, où l'enfant contemple l'adulte et les personnages de différentes époques se croisent dans une lueur de vie au centre du néant. On atteint un formalisme qui, de ce que je pense avoir compris, semble rejoindre la perception du philosophe sur les mots et les choses.
Même si l'iconoclasme des auteurs ne se rejoint pas exactement toujours, je ne peux qu'à nouveau penser à Peter Greenaway, et en particulier à sa magnifique 'Ronde de nuit' pour cet aspect de scène théâtrale que l'écran endosse, et aussi du fait que les deux cinéastes ont choisi ce genre de mise en scène pour parler d'un personnage historique. C'est une vision très intéressante du biopic qui semble permettre à leurs sujets de développer leur univers si particulier qui les a rendus célèbres. Ceci dit, alors le film de Greenaway développe par moment des trésors d'ingénierie au niveau de la lumière et des décors une fois dans les scènes enfermées, celui de Jarman, en plus d'être du début à la fin dans l'obscurité matricielle, conserve un minimalisme qui renforce encore plus l'idée d'une pièce de théâtre.
Ce deuxième film que je vois du cinéaste parvient à être au moins aussi bien que le premier, émouvant et fascinant regard sur la philosophie et l'existence.

La Fiancée du monstre
4.6

La Fiancée du monstre (1956)

Bride of the Monster

1 h 09 min. Sortie : 30 août 1995 (France). Fantastique, Épouvante-Horreur

Film de Ed Wood

Azguiaro a mis 3/10.

Annotation :

Longtemps que je n'avais pas posé le regard sur un nanar d'Ed Wood. Alors évidemment, il y a pas grand chose à commenter dans cette histoire d'horreur que le réalisateur a pourtant voulu rendre effrayante et même parfois touchante, dans tout les poncifs possibles. C'est du Ed Wood, donc c'est sympathique, après je n'ai pas ri devant, c'est même assez ennuyeux malgré la courte durée.

La Nuit des revenants
3.9

La Nuit des revenants (1959)

Night of the Ghouls

1 h 09 min. Sortie : 1959 (États-Unis). Épouvante-Horreur

Film de Ed Wood

Azguiaro a mis 3/10.

Annotation :

Comme d'habitude, j'ai vraiment du mal à rire des films d'Ed Wood malgré leurs débilités avérées, ceci dit, celui-ci m'a quand même donné quelques moments assez fendards, comme les improbables bruitages des fausses apparitions fantomatiques dans la salle drapée ou encore la femme spectrale qui joue très mal les mannequins en plastique. Globalement rien à dire de plus que pour le précédent film que j'ai vu du réalisateur, c'est toujours aussi sympathique, peut-être même plus ici étant donné tous ces moments où on voit que, même si tout est fauché, Ed Wood s'est plus que jamais démené pour diriger une création horrifique avec une ambiance particulière. J'irais même jusqu'à dire que le dernier plan, montrant la comédienne s'enfoncer dans la brume nocturne de la forêt, s'il avait été dans un autre métrage, aurait été franchement prenant. Dommage que tout soit désamorcé, par les jeux d'acteurs effroyables jusqu'à la réalisation bancale, en passant par la voix off et les énonciations des personnages qui surexpliquent tout. En attendant c'est devenu mon film préféré du roi des ratés magnifiques.

Scary Stories
5.6

Scary Stories (2019)

Scary Stories to Tell in the Dark

1 h 51 min. Sortie : 21 août 2019 (France). Épouvante-Horreur

Film de André Øvredal

Azguiaro a mis 6/10.

Annotation :

Les clichés tirés des teen movies et des films d'horreur des années 80, je m'y attendais en commençant à regarder 'Scary Stories', et au fond je n'en demandais pas plus pour cet après-midi pluvieux. Le groupe de gamins paumés avec une fille dans le tas qui mènent l'enquête, les racailles qui passent leur vie à traumatiser les plus jeunes, la banlieue typique étasunienne... Rien ne semble bien nouveau sous le soleil pour un long-métrage sorti l'année dernière, ça la joue nostalgie à plein régime, et moi, en tant que fan du genre, je dis pourquoi pas, allons-y, montrez-moi cette époque que vous aimez tant, mais en même temps je n'espère plus la transcendance à ce niveau-là, pour ne pas dire que je peine à espérer un très bon film.
Pourtant, alors que l'histoire avance, 'Scary Stories' s'avère être vraiment intéressant, ne serait-ce que par son envie de mêler à une énième partie d'épouvante un contexte politique aussi crucial que dramatique. L'appel de la guerre dont les élections ne changeront pas le résultat plane sur les hommes comme Jamón, poussés au front, et le nationalisme lié à la propagande nécrose le pays. À l'Histoire répondent les histoires : la malédiction du livre qui s'abat sur les jeunes sujets du film en se servant de leurs peurs est à partir de là difficilement visible autrement que comme une métaphore des maux politiques et sociaux qui touchent jusqu'au plus jeunes générations, et leurs espoirs. Fascinant comme l'idée de vérité est de plus en plus persistante quand se rapproche la fin. Mais alors dans l'écho sur le passé réel, la vérité sur quoi ? Sur ce qu'est réellement la guerre par delà les fantasmes patriotiques ? Sur l'histoire des Etats-Unis, une fois dépouillée de ses illusions qui ont occasionné tant de malheurs chez les marginaux ? Voire d'autres hypothèses, qu'il faut trancher en choisissant ce que symbolise Sarah, fantôme empli de haine envers son ascendance. Ou même ce que symbolisent Jamón et Stella, deux authentiques marginaux, l'un à cause de ses origines, l'autre à cause des rumeurs.
Mais la malédiction a surtout cette particularité, qui n'est pas nouvelle dans ce genre de film, de toucher en premier lieu les incroyants, celles et ceux qui n'ont pas pris au sérieux les avertissements. Un choix narratif qu'il serait intéressant d'analyser dans son ensemble. En attendant, le film cherche à dire que tout n'est jamais perdu d'avance, que l'H/histoire peut être modifiée. Un film imparfait que j'apprécie beaucoup.

La Fiancée de la jungle
3.8

La Fiancée de la jungle (1958)

The Bride and the Beast

1 h 18 min. Sortie : 1958 (France). Aventure

Film de Adrian Weiss

Azguiaro a mis 3/10.

Annotation :

Ce scénario sorti tout droit de l'esprit du fabuleux Ed Wood nous promettait une histoire finalement assez glauque sur une femme aux tendances zoophiles, en raison de sa vie antérieure de femelle gorille ; en vérité cet aspect du film ne couvre qu'environ un quart de son ensemble, le reste étant surtout un safari chiant dans la jungle bourré d'images d'archives documentaires. Il faut bien les deux scènes irrésistiblement drôles où le mari se bat avec la gente simiesque pour rehausser le niveau comique de ce film qui est globalement assez ennuyeux. Il faudrait que je trouve des nanars qui me plient de rire, c'est un état d'esprit qui ne m'est pas arrivé depuis bien longtemps au cinéma.

007 ½ : Rien n'est impossible
3.8

007 ½ : Rien n'est impossible (1982)

The Impossible Kid

1 h 22 min. Sortie : 14 septembre 1983 (France). Drame, Action

Film de Eddie Nicart

Azguiaro a mis 3/10.

Annotation :

J'ai empilé les nanars aujourd'hui, et c'était plaisant. Je termine par ce film culte du style, une perle de nullité à l'action hilarante et au montage hasardeux dont la réputation m'avait atteinte bien avant ce jour. Pour tout dire, cette tentative d'exploitation de la franchise James Bond n'aurait rien d'intéressant si le plagiat de l'agent secret en question n'était pas un nain philippin, parfois plus gêné par son sex appel improbable que par des méchants parfaitement incapables. Mais en même temps, on se demande tout du long si le vrai problème est la stupidité de l'ennemi ou bien le fait que ce héros semble souvent imbattable, alors qu'il est plus frêle qu'un enfant de sa taille. Cela donne des scènes réellement fascinantes, comme le moment où il étale six personnes expertes en arts martiaux sur le tatami, ou celui où il se jette du haut d'un immeuble pour empêcher un transsexuel d'assassiner le sosie officiel de Maurice Pialat (pas de questions, s'il-vous-plait).
Sinon, le scénario froid ne sauve rien, la mise en scène est portée disparue, c'est un nanar à l'ancienne qui est assez drôle par moment, et qui transmet même une certaine joie communicative par ce qu'on suppose du tournage, qui n'a pas forcément dû être agréable pour tout le monde, mais qui l'a certainement été pour un Weng Weng l'air de rien très investi (maladroitement, certes), en témoigne le rattrapage de nain dans la piscine, où il sort son plus beau sourire de contentement au milieu de figurants tout aussi amusés.

Les Funérailles des roses
7.5

Les Funérailles des roses (1969)

Bara no sōretsu

1 h 47 min. Sortie : 20 février 2019 (France). Drame

Film de Toshio Matsumoto

Azguiaro a mis 8/10.

Annotation :

De la rêverie érotique aux décisions macabres, dans un milieu queer japonais trop peu représenté et qui pourtant me semble d'une familiarité sans bornes, Matsumoto déploie une imagerie formidable dans sa mise en scène dans le but de jouer l'iconoclasme sur les écrans nippons (et désormais mondiaux). Une profusion de plans qui impriment la rétine, d'idées de montage singulières et de panneaux textuels intempestifs défilent tout le long de la pellicule dans un seul but : casser le classicisme et superposer l'insoumission cinématographique sur l'insoumission du genre ; l'enfant de Godard et de Terayama au pays des drag queens en somme, pour un résultat merveilleux et ludique. Beaucoup de choses passent dans l'expérimentation, du métafilm au mélange de la fiction avec certaines scènes documentaires bien réelles.
Représenter le mal-être en montrant autant de moments qui désacralisent l'émotion, il fallait oser, et 'Les Funérailles des roses' s'en sort très bien, accélérant les scènes d'escarmouches au quotidien, jouant même à les trafiquer, à faire du filmage et du montage des terrain d'expérimentations qui me rappellent d'autres films appartenant aussi à des renouveaux de leur cinéma local, comme 'Les Petites marguerites'. Et ce qui est frappant, c'est que ces essais rebelles sont presque toujours liés à des thèmes politiques très portés à gauche, de la culture queer au féminisme en passant par les révoltes étudiantes, montrant une nouvelle fois comment les idéologies révolutionnaires ont façonné le monde en ce tournant des années 60-70.
La fin référence assez évidemment le mythe œdipien, mais surtout le met en parallèle au protagoniste qui doit littéralement sortir de son milieu voir le monde extérieur, devant se crever les yeux pour ne pas crever de honte devant le triste commun des mortels, pour avoir perpétré sans l'avoir voulu cette idée homophobe qui lie l'homosexualité aux déviances comme la pédophilie ou l'inceste.

Les dieux de la peste
5.7

Les dieux de la peste (1970)

Gotter der Pest

1 h 31 min. Sortie : 24 juillet 1970 (France). Drame

Film de Rainer Werner Fassbinder

Azguiaro a mis 6/10.

Annotation :

En raison de sa langueur à toute épreuve et de son personnage principal neurasthénique, 'Les Dieux de la peste' aura facilement raison des moins téméraires en ce qui concerne le refus de l'aspect spectaculaire à l'écran. Pourtant, même s'il a effectivement des baisses de rythme notables, ne serait-ce que parce que c'est l'un des premiers longs-métrages du maître allemand, on reconnaît pourtant les touches artistiques, si tôt tout est déjà là : l'obsession balzacienne de la description sociale, l'exploitation des sentiments, les miroirs, ou encore les inspirations trouvées dans l'Hollywood classique, ici plus visibles que jamais. Fassbinder disait cependant : "Je ne fais pas de films de gangsters, mais des films sur des gens qui en ont regardé beaucoup", et c'est quelque chose qui se perçoit dans cette histoire de gars sorti de taule devant s'allier au "Gorille" pour fuir une vie sans saveur, mais qui, dans le banditisme, n'a jamais touché et ne touchera jamais la gloire.
Difficile de trop s'étaler car je n'ai pas tant de place pour ça, et finalement si je coupe court j'ai peur de ne pas faire honneur à un auteur que j'aime, sur lequel je travaille et que je commence à bien connaître. Ceci dit, je peux tout de même souligner la photographie, car c'est le premier Fassbinder en noir et blanc que je visionne, et c'est esthétiquement très beau.

Les Ailes de la renommée
7.3

Les Ailes de la renommée (1990)

Wings of Fame

1 h 45 min. Sortie : 12 juin 1991 (France). Comédie dramatique, Fantastique

Film de Otakar Votocek

Azguiaro a mis 10/10.

Annotation :

Un film sur la renommée et l'envie qu'elle suscite, réalisé par un inconnu, c'est quand même d'une ironie fabuleuse ; peut-être un peu déchirante, aussi, quand on l'a vu. L'histoire est à elle seule une curiosité créative et riche de sens qui vaut bien un visionnage. Chose que j'ai beaucoup repoussée, par blocage, mais désormais j'ai été confrontée à la créature. Et j'en suis ressortie bouleversée.
Amenés sur une île énigmatique après leur mort, un acteur et son assassin vindicatif sont logés dans un hôtel dont le confort offert varie selon le niveau de popularité gardé sur Terre. Les résidents, ainsi déjà célèbres à leur venue, n'ont en vérité qu'une place plus ou moins éphémère.
Cet incroyable chef-d'oeuvre est un diamant énigmatique, aux règles volontairement vagues et qui n'oublie jamais de faire du cinéma par-delà la technique, transmettant d'innombrables émotions, souvent dans un entre-deux qui nous poursuit bien après le visionnage. Ce complexe étrange semble régi par l'un de ces désirs humains qui tourmentera inutilement encore nombre de personnes, quelque chose qui relève de la psychanalyse, une tare pas tant méprisable mais plutôt risible, sûrement compréhensible : le besoin de reconnaissance par ses pairs. Paradoxalement, une fois habitants de l'hôtel insulaire, les personnalités sont inexorablement seules, rongées par leur égocentrisme qui leur empêche toute réflexion réellement profonde. Les seules personnes montrées qui ne sont pas focalisées sur leur "Moi" sacré sont le héros, la chanteuse amnésique, et, dans une moindre mesure, la chercheuse âgée qui disparaîtra subitement, sans explication. Là est l'un des nombreux points nébuleux du long-métrage qui seront cultivés jusqu'à la fin : au lieu d'en savoir plus, les question s'empilent jusqu'à laisser un doute sur la nature même du lieu, laissant un goût aussi amer que salvateur.
Alors quoi ? Purgatoire ou asile de fous ? Les habitants sont-ils des véritables célébrités ou bien des aliénés qui en ont pris les traits pour être plus facilement manipulables par le personnel ? Les indices laissent supposer les deux hypothèses. Et finalement, c'est peut-être un peu la même chose.
Ce commentaire est trop technique pour ce que je ressens actuellement. Ce film est un conte aussi merveilleux que terrible, hanté par cette chanson qui brûle d'être comprise, sur cette île noyée de brume. Je suis terrassée.

Tekken : The Motion Picture
4.6

Tekken : The Motion Picture (1998)

57 min. Sortie : 14 mars 2003 (France). Animation, Action

Moyen-métrage d'animation de Kunihisa Sugishima

Azguiaro a mis 3/10.

Annotation :

J'ai lancé le visionnage de ce film un peu par hasard, et par "curiosité intellectuelle" (qu'est-ce que je déteste cette expression), sachant que de la saga de jeux vidéo 'Tekken' je ne connais que le nom. Je ne sais pas à quel point les passages dans les autres pays ont souillé le produit de base, mais je ne me fais pas d'illusions quant à sa nullité de base, à commencer par des incohérences et des invraisemblances à la pelle, des trous scénaristiques immenses et des choix narratifs affligeants. Ceci dit, je tends à accuser l'état français d'un nouveau montage qui coupe n'importe comment, et d'une VF catastrophique façon 'Ken le Survivant'. Pour le reste, l'histoire est banale, et la plupart des personnages secondaires sans réelle profondeur. Ce style de dessin très années 90 (quasiment similaire au films animé 'Street Fighter', jusqu'à la femme filmée nue sous la douche) ne sauve rien, déjà parce que, nostalgie à part, il n'a rien d'exceptionnel, et qu'il apporte à son tour son lot de problèmes, dans les dimensions, la perspective et même les dispositions spatiales.
Tout de même un peu divertissant.

Les Chaussons rouges
8.1

Les Chaussons rouges (1948)

The Red Shoes

2 h 15 min. Sortie : 10 juin 1949 (France). Drame, Musique, Romance

Film de Michael Powell et Emeric Pressburger

Azguiaro a mis 8/10.

Annotation :

'Les Chaussons rouges', un grand classique enfin visionné qui me faisait un peu peur, et qui s'avère pourtant à la hauteur de sa réputation pour ma part. Que ce soit pour se rendre compte des grandes prestations d'acteurs et d'actrices ou de la mise en scène virtuose, un visionnage vaut plus que tout ce que j'essaierais de retranscrire avec mes faibles mots. Filmer un ballet d'un quart d'heure était un pari risqué, mais grâce à l'incroyable travail de l'équipe du film apporté sur les décors fantasmagoriques et les chorégraphies gracieuses, tout est merveilleux. Je pourrais conclure par l'observation que l'amour ne parvient pas à triompher du désir de possession, mais je ne peux pas ne pas voir que même l'amant est assujetti à sa jalousie, laissant la jeune femme seule victime bien concrète d'une tyrannie masculine que la mort (commandée par le démon salvateur des chaussons rouges ?) libérera finalement.

Jojo Rabbit
7.1

Jojo Rabbit (2019)

1 h 48 min. Sortie : 29 janvier 2020 (France). Comédie, Drame, Guerre

Film de Taika Waititi

Azguiaro a mis 5/10.

Annotation :

Que ça peut paraître parfois bien naïf sur le nazisme, 'Jojo Rabbit', idéaliste quand à la manière dont les gens pourraient se convaincre de la nocivité de l'idéologie. Pourtant, à côté de ça, l'audace est bien présente, et Taika Waititi a eu une idée assez incroyable en faisant de l'image de Hitler un ami imaginaire du protagoniste Johannes, symbolisant plus globalement le conditionnement de la jeunesse hitlérienne qui en vient à aimer aveuglément son despote et les choses qu'il préconise.
Voilà un film qui a de quoi faire parler de lui en raison de cette idée narrative qui n'est pourtant qu'une partie d'un ensemble qui traite donc du lavage de cerveau des gosses enrôlés, mais également, et plus globalement, de l'enfance giflée cruellement par les guerres et la tyrannie du monde des adultes. L'essence est là : repenser les enfants comme un seul groupe victime de ce qui le dépasse en tout point. D'abord la jeune juive traquée, mais aussi les gamins soldats exploités puis sacrifiés au nom d'une cause qu'ils ne comprennent même pas. Et c'est l'horreur de cette humanité qui rapprochera inévitablement deux jeunes gens qui avait pourtant tout pour être séparés. Leur relation est douce, plutôt belle, et même si on peut arguer -probablement à juste titre- que leur condition de base est très différente, c'est bien l'idée de cette exécution maternelle qui donnera à Johannes le moyen de créer de forts liens d'empathie. Quant à l'aspect comique qui peut être effectivement considéré comme très malvenu, il est cependant bien souvent joué avant des ruptures de ton qui amènent le film sur la réalité sombre et même frontalement choquante du nazisme.
L'antisémitisme est un sujet complexe et sensible, et ce encore aujourd'hui, parce qu'encore très ancré et voué à être mal compris, mal combattu. On manque cruellement d'analyses cinématographiques matérialistes de la situation, et ce film qui parait très idéaliste, jouant même le jeu du bon nazi dans une organisation (c'est bien le seul, mais ça peut être gênant), ne change en rien la donne. Mais pour sa vision de l'enfance pendant la guerre, et son espoir qui lui n'est jamais malvenu, il est une comédie dramatique appréciable et brûlante d'envie de changer les choses.

Le Visiteur
7.2

Le Visiteur (1991)

Agantuk

2 h. Sortie : 26 août 1992 (France). Drame

Film de Satyajit Ray

Azguiaro a mis 9/10.

Annotation :

Le dernier film de Satyajit Ray -l'un des plus grands réalisateurs au monde, s'il fallait ce coup de grâce pour ne plus en douter- parvient à être un véritable tour de force cinématographique, dont la sobriété n'a d'égal que la grandeur avec laquelle il nous prend. La seule vue du pitch me faisait penser à 'Elisa, mon amour' de Carlos Saura, avec cette femme devant renouer avec une partie de son passé, mais les deux films jouent finalement sur deux terrains bien distincts, tout simplement parce que dans 'Le Visiteur', ce lien familial est remis en question, ce qui amène au nœud de l'intrigue. L'arrivée d'un soi-disant oncle disparu installe le doute chez sa nièce et son mari, ce dernier pensant qu'il s'agit peut-être d'une sorte de "parasite", pour reprendre l'un des nominatifs, qui chercherait à vivre à leurs dépend et même à s'approprier le capital économique du foyer. Le long-métrage est presque dans son intégralité construit comme un procès confidentiel avec différents accusateurs qui cherchent à démasquer cet étranger si singulier. S'enchaînent alors les oratoires dans l'intimité des salons indiens, où se apparaissent différentes dualités, comme l'Orient et l'Occident, la "barbarie" et la "civilisation", au travers des récits de l'oncle potentiel.
Mais surtout, ce qui se dessine progressivement, c'est un fossé terrible entre les traditions collectives de l'Inde et le libéralisme qui pourrit les mentalités. Une bonne partie des bons films sociaux depuis toujours ne parlent que de ça, sous différentes formes et différents degrés d'alarmisme, et la méfiance appuyée de la famille en est ici le symbole. L'homme accueilli, qui par ailleurs offre une prestation d'acteur fabuleuse, fait ressortir toute cette gangrène basée sur l'individualisme et la peur de l'autre. Il y a comme un sentiment de supériorité raillé ouvertement plusieurs fois (qui est le plus barbare entre le cannibale ou le déclencheur de la bombe atomique ?), et attribué, comme d'autres points, de manière sous-entendue, à l'occidentalisme. Il est déjà intéressant de remarquer déjà l'influence immense de l'ancien colonialisme britannique, dans les langages jusque dans la mentalité, retranscrite dans presque tous les films indiens de cette époque. Mais on peut aussi voir l'album de Tintin 'Les Cigares du pharaon', autre vue orientaliste, montrant que les ex-colonisés ont gardé leur complexe d'infériorité à voir par l’œil des colons et à les mimer.

Mossane

Mossane (1998)

1 h 45 min. Sortie : 8 avril 1998 (France). Drame

Film de Safi Faye

Azguiaro a mis 7/10.

Annotation :

Je crois que ce qui fait que j'aime tant ce film est qu'il compense une mise en scène certes bien présente mais un peu en retrait par une approche à la fois tragique et documentaire d'un microcosme subsaharien. 'Mossane', c'est cette sempiternelle mais toujours pertinente histoire des relations humaines ruinées par la recherche du profit personnel (et si là c'est plus pour un ménage, ça revient foncièrement au même). En voyant la dureté des traditions de villages, je pense à d'autres films du même acabit comme l'excellent 'Molaadé' d'Ousmane Sembène, qui font aussi état du conditionnement de la vie des femmes dès leur naissance, femmes qui deviennent alors des produits marchands. Ce conditionnement existe partout, sous différentes formes, et celle présentées là en est une très ancienne, basée sur des sociétés religieuses très conservatrices et patriarcales, quand bien même la spécificité du type montré à l'écran est un certain pouvoir de décision donné aux femmes les plus anciennes.
Inspiré d'une légende locale sur la beauté qu'on prive de liberté, 'Mossane' ne peut que mal finir, et la fin est même proprement déchirante par la puissance des cris dans la barque au clair de lune d'une fille encore très jeune désespérée par son impuissance, puis de ceux d'une communauté qui réalise encore une fois les conséquences désastreuses des chaînes conjugales attachées de force.

Tesito

Tesito (1989)

30 min. Sortie : 1989 (Sénégal).

Documentaire de Safi Faye

Azguiaro a mis 5/10.

Annotation :

Arf... L'idée est bonne, mais le documentaire qui en résulte est décevant, un peu au-dessus de certains reportages filmiques télévisés sans rien apporter de très intéressant. Pourtant, comme c'est Safi Faye qui filme, ça donne un "bel" aperçu de la vie quotidienne menée par le labeur, en particulier celui des femmes, mais le tout manque de souffle, et puis la scène de remerciement du "Blanc" fait quand même très propagande. Le "tesito", ou le fait de travailler de toute la force des ses bras pour subvenir aux besoins de sa famille, se fait tout de même bien ressentir.