Cover OZU Yasujirō - Critiques & Annotations
Liste de 8 films créée il y a environ 6 ans · modifiée il y a environ 1 an
Combats amicaux à la japonaise
5.9

Combats amicaux à la japonaise (1929)

Wasei Kenka Tomodachi

15 min. Sortie : 5 juillet 1929 (Japon). Comédie, Muet

Court-métrage de Yasujirō Ozu

SimBoth a mis 6/10.

Annotation :

Long-métrage en partie perdu, une dizaine de minutes a été retrouvée, créant ainsi un court-métrage au cachet expéditif. Néanmoins, ce petit film reste intéressant car, c'est un reflet de la période d'avant-guerre d'Ozu, dont le ton léger et humoristique trace le destin de deux amis qui s'affrontent dans un combat d'ego pour une femme. L'amitié est au cœur du sujet et, sous l'engrenage d'une mise en scène plutôt classique, l'esthétique future du cinéaste apparaît avec parcimonie : les plans fixes, la symétrie et l'aspect cloisonné. Ainsi que quelques motifs : les discussions autour d'un verre et d'un repas ou celui du train, symbole du départ et du au-revoir.

Le Galopin
6

Le Galopin (1929)

Tokkan kozō

14 min. Sortie : 24 novembre 1929 (Japon). Comédie, Muet

Court-métrage de Yasujirō Ozu

SimBoth a mis 6/10.

Annotation :

"Le Galopin", film perdu mais dont une dizaine de minutes a été substituées, est un court-métrage dans la veine des comédies que Yasujirō Ozu a réalisées dans les années 1920, comme "Combats amicaux à la japonaise". Inspiré par les comédies burlesques américaines, ce court film réunit quelques thèmes chers à l’auteur, comme l’enfance, la relation paternelle (représentée par un kidnappeur qui devient une espèce d’arroseur arrosé) ou encore l’ironie. Sous les traits d’un enfant espiègle, l'auteur offre un petit moment d’humour et de sympathie malgré ce montage expéditif et une mise en scène encore loin de sa perfection.

Une femme de Tokyo
6.8

Une femme de Tokyo (1933)

Tokyo no onna

47 min. Sortie : 9 février 1933 (Japon). Drame, Muet

Film de Yasujirō Ozu

SimBoth a mis 7/10.

Annotation :

Trois ans avant son premier film parlant, Yasujirō Ozu réalise un court-métrage au ton très mizoguchien. En effet, le tragique destin de Ryochi, qui se suicide car la honte s'abat sur lui à cause de sa sœur prostituée, fait l'étalage d'un synopsis fort semblable au style de Mizoguchi. Loin du ton léger, mélancolique et de la douceur de vivre caractérisant l'approche future d'Ozu, "Femme de Tokyo" s'appuie énormément sur le mélodrame et le pathos. La mise en scène évolue pour laisser plus de place à une fluidité du montage, mais aussi à des plans fixes composés et à du huis clos millimétré, dont le metteur en scène sera friand. Aucun jugement sur Chikako : c'est même la beauté de son sacrifice pour son frère que le film recherche, sur la place de la femme japonaise et du sujet tabou de la prostitution et du suicide. Loin encore de l'essence poétique de l'œuvre ultérieure du cinéaste, le court-métrage reste fort pour son fond social, dans un pays où les remords et la crainte du jugement d'autrui sont propices.

Récit d'un propriétaire
7.6

Récit d'un propriétaire (1947)

Nagaya shinshiroku

1 h 12 min. Sortie : 8 juillet 1992 (France). Comédie dramatique

Film de Yasujirō Ozu

SimBoth a mis 7/10.

Annotation :

Premier film post-Seconde Guerre mondiale, "Récit d'un propriétaire" évoque un portrait très touchant de la solitude et de l'abandon à travers une veuve âgée grincheuse qui accueille d'abord à contre-cœur un petit garçon qu'elle pense abandonné. Tendre, humoristique et mélancolique, Ozu dresse une imagerie composant la relation à la fois espiègle et amicale entre Choko et ses voisins, puis entre elle et l'enfant. Avec parcimonie et délicatesse, la relation entre les deux êtres devient tendre, et la vieille dame porte un amour maternel à ce dernier. La direction d'acteurs, encore plus poussée qu'auparavant, est faite de subtilité et de tendresse, à l'instar de Koichi qui, en quelques expressions, expose sa peur d'être seul ou du départ déchirant du petit garçon, fait sous des sentiments stoïques et silencieux. Cela est autant subtil que l'évocation d'Ozu sur son ressenti des conséquences de la guerre, qui passe à travers une esthétique du vide et d'une ville devenue fantomatique. La femme, s'ouvrant au monde après le départ de Koichi, décide d'adopter un orphelin de la guerre, une dernière image symboliquement puissante où errent plusieurs enfants sur une place clé du Japon.

Été précoce
7.8

Été précoce (1951)

Bakushu

2 h 04 min. Sortie : 9 février 1994 (France). Drame

Film de Yasujirō Ozu

SimBoth a mis 8/10.

Annotation :

Alors que "Printemps tardif" se terminait sur l'image d'une plage printanière, "Été précoce" s'ouvre sur un plan d'une mer paisible et estivale. Forme de prolongement suivant les différentes saisons de l'écoulement de nos vies, Ozu offre une variation de ses thèmes dans cette œuvre questionnant la position des familles japonaises d'après-guerre. Noriko vit avec ses parents et n'arrive pas à quitter le foyer familial. La famille s'impatiente que Noriko se marie, mais elle refuse, préférant rester seule. Comme le film précédent, "Été précoce" expose les débats houleux de cette mésentente dans un ton sobre, juste et méditatif. Les motifs et thématiques ozuiens sont multiples et riches : la vieillesse, la peur de la solitude, le regret du départ, le nouveau mode de consommation du Japon, le deuil et l'influence familiale ; chaque élément est capturé avec une beauté ataraxique. Les rares mouvements de caméra influencent une pensée réflexive sur ces sujets et offrent une pointe de poésie sobre, comme cette scène où Noriko et sa belle-sœur marchent sur la plage, jusqu'au final, exposant la solitude des parents qui discutent de leur bonheur passé, une forme d'ouverture au grand "Voyage à Tokyo".

Le Goût du riz au thé vert
7.5

Le Goût du riz au thé vert (1952)

Ochazuke no aji

1 h 55 min. Sortie : 19 janvier 1994 (France). Comédie dramatique

Film de Yasujirō Ozu

SimBoth a mis 8/10.

Annotation :

Après avoir traité des jeunes femmes qui ne voulaient pas quitter le foyer familial, Yasujirō Ozu parle des conséquences d'un couple issu d'un mariage arrangé. Taeko déteste son mari et le critique sévèrement, presque cruellement, mais avec un rien, le cinéaste humanise rapidement le personnage. L'empathie pour Mokichi naît vite, mais l'homme est loin d'être parfait aussi, car il est très oisif, se complaît dans son travail et ses jeux d'argent. L'auteur sculpte avec grâce cette crise de couple à travers sa mise en scène habituelle, notamment des travellings lents qui filment les pièces vides de ce foyer en crise, puis à travers des rôles secondaires qui galvanisent les motifs profonds du récit. L'amour se développe finalement entre les conjoints après le faux départ de Mokichi, créant des regrets chez la femme. Ainsi, le couple apprend à se connaître réellement dans une grande simplicité, comme le reflète cette scène où ils se font à manger. Les grands silences et les sourires pudiques nous font comprendre le lien solide qui se forge enfin entre les deux. Remplis d'amour, d'espoir, de sincérité et d'humanité, "Le Goût du riz au thé vert" prolonge le grand roman cinématographique d'Ozu.

Voyage à Tokyo
8

Voyage à Tokyo (1953)

Tokyo Monogatari

2 h 16 min. Sortie : 8 février 1978 (France). Drame

Film de Yasujirō Ozu

SimBoth a mis 10/10.

Annotation :

Avec une rigueur absolue, une parfaite combinaison entre le rythme limpide et la mise en scène à l'immobilité ultra composée d'Ozu, le film suit le point de vue de deux parents âgés qui viennent rendre visite à leurs enfants. En traitant de l'évolution des valeurs familiales et du quotidien tokyoïte, le film offre le portrait bouleversant de ces deux personnes opposées à leurs enfants ; ces derniers ne peuvent s'empêcher de se débarrasser d'eux par des petitesses ou en les passant à Noriko (la veuve d'un des enfants, mort à la guerre). Avec un brin d'humour et sans miséricorde, les parents acceptent cette situation mais voient en Noriko une autre filiation plus parfaite de la relation parent-enfant. Elle s'occupe d'eux comme si elle était vraiment leur fille, procurant ainsi une force sublime jusqu'au drame de cette œuvre, la mort de la mère qui forme son dernier voyage. Les regrets, les remords et l'atmosphère silencieuse traversent la dernière partie dans un calme absolu et dans un dernier dialogue émouvant entre Noriko et le père, lui faisant comprendre qu'elle doit avancer. Ainsi, c'est l'héritage de l'acceptation du deuil et du temps qui passe que capte l'auteur. Si la beauté se cache dans les détails, "Voyage à Tokyo" en est la quintessence.

Dernier caprice
7.5

Dernier caprice (1961)

Kohayagawa-ke no aki

1 h 43 min. Sortie : 27 janvier 1982 (France). Comédie dramatique

Film de Yasujirō Ozu

SimBoth a mis 8/10.

Annotation :

Autour d’un grand-père folklorique qui s’évade sans cesse de chez lui pour retrouver un amour de jeunesse, Yasujirō Ozu propose une nouvelle comédie pleine de gaité mais jamais loin d’un brisement fatal. Maibei vit sa vieillesse comme une seconde enfance, loin des tracas de la vie, au contraire de ses plusieurs enfants, plus stricts sur la bienséance et le savoir-vivre. Le cinéaste offre le reflet d’une époque sur une famille évoluant vers le déclin, à l'arbre généalogique compliqué et essayant de respecter les normes archaïques. Mais certains préfèrent leur liberté individuelle ou une relation plus stimulante. Loin de l’architecture kyotoïte, la campagne est le théâtre d’une réconciliation des générations jusqu’à la première attaque cardiaque du patriarche. La seconde, qui lui est fatidique, montre un visage plus funèbre de la mort, plutôt rare chez Ozu. Par son symbolisme et sa musique, l’enterrement final devient presque morbide ; ainsi, ce basculement progressif entre la comédie et le tragique catalyse une représentation plus triste de la finitude des liens familiaux et de la vie dans cette avant-dernière œuvre du réalisateur japonais.

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