Nick Corey, le shérif en chef du Canton de Potts, lourdaud et bon vivant est la risée de ses concitoyens. Bonne pâte, il se laisse marcher sur les pieds par tout le monde à commencer par sa femme. Celle-ci pousse le vice jusqu'à installer un autre homme sous son toit, prétendant qu'il est son frère retardé et qu'il a besoin d'elle. Ses collègues du canton adjacent le prennent de haut et le font tourner en bourrique, c'est devenu presque un sport. Les maquereaux du coin ne le respectent pas. Si il a été élu shérif c'est parce qu'il est tellement fainéant que les habitants savent qu'ils pourront commettre leurs petits délits sans être embêtés. Jusque là cette situation lui convenait, mais cette année le nouveau candidat contre lequel il doit se battre pour son poste est un jeune premier, intègre, bosseur, qui semble faire l'unanimité auprès des péquenots de Potts. Il va falloir batailler dur pour garder son petit confort. De plus, sa femme prend de plus en plus de libertés et le castre en public, ça ne peut plus durer. Nick va se remonter les manches et cette fois ils vont voir. Il a un gros avantage, derrière son air nigaud tout le monde le croit inoffensif, avec un coup de main de dame fortune il va entamer une vendetta au village des ploucs.
Il serait réducteur de considérer 1275 âmes comme une livre uniquement burlesque, c'est un roman qui comporte plusieurs dimensions, qu'on peut lire à différents degrés. On peut y voir une critique de la société, notamment états-unienne, et certains le décriront comme désabusé. Je pense que toute l'intelligence de Jim Thompson est dans le fait d'allier ces points de vue. On se délecte des travers de la population de cette petite ville, des adultères, des mesquineries, dévoilées au grand jour. Le héros est comme souvent dans les livres de Thompson, l'exemple parfait du loser, à part son succès auprès de la gent féminine, il n'a pas grand chose pour lui. Au premier abord, il semble un crétin fini, mais au fil des pages on découvre à quel point il est loin de l'être, il possède une connaissance parfaite des vices et des faiblesses de ses semblables, et s'en sert contre eux. Il ne fait que déposer un grain de sable dans les rouages de Potts, mais qui aura des effets dévastateurs. Cependant, lui même n'a pas conscience de son génie machiavélique et c'est ce qui donne encore plus de piment à ce récit. La vengeance de Nick est parfaitement orchestrée, un effet domino avec une vraie gradation dans les péripéties. Un livre parfait pour se changer les idées après une mauvaise journée, frais, drôle et satyrique.
1275 âmes a été adapté, d'une façon plutôt libre, au cinéma sous le titre "Coup de Torchon".