Le Paris populaire des années 30 : une série de polars instructifs

Un voyage dans le temps (l'entre-deux guerres) sous forme d'intrigue policière, pour réviser l'histoire sociale et politique du Paris populaire des années 30.


Alexandre Courban nous avait déjà expédié en 1934 Passage de l'avenir, pour une chronique sociale, policière et bien documentée du Paris ouvrier des années 30.

Ce fut l'un de nos coups de cœur de l'année 2024 et on ne pouvait donc que poursuivre ce voyage dans le temps avec Rue de l'espérance en 1935.


➔ Courban reprend sa recette - celle d'un écrivain-historien-engagé à gauche - et nous propose une rétrospective des événements politiques et sociaux de l'année 1935.

Et pour dérouler son calendrier, on retrouve comme fil rouge, une petite intrigue policière à suivre au fil des mois de l'année, contée dans un style à la fois coulant et précis.

S'appuyant sur des recherches minutieuses, ce récit nous plonge au cœur d'une époque méconnue, pour nous faire découvrir le Paris populaire des années 30.

➔ 1935, c'est l'année marquée par l'émergence du Front Populaire, alliance des partis de gauche face à la montée du fascisme en Europe. Hitler et Mussolini consolident leur pouvoir, la France, secouée par le Parti Franciste, verra bientôt les gauches, menées par Léon Blum, accéder au pouvoir. C'est aussi une année de renforcement militaire généralisé, de négociations tendues entre Laval, Mussolini et les anglais pour endiguer les ambitions d'Hitler. Et c'est aussi l'année de l'invasion de l'Éthiopie par l'Italie.

Une époque inquiète avec "les récentes vociférations entendues sur les bords du Tibre ou bien le bruit des bottes perçu outre-Rhin" alors que "pas plus tard que l’autre jour, les types du Parti franciste nous ont aboyé que leur francisme passera bien un de ces jours".

Tout cela résonne bien étrangement dans notre contexte d'aujourd'hui ...

➔ 1935 est également une année charnière pour l'aviation : les records se succèdent à un rythme effréné (c'est le sourire de Jean Batten qui illumine la couverture du livre), tandis que les usines rivalisent d'ingéniosité et d'efforts pour perfectionner les moteurs.

Des efforts de guerre puisque le marché est tiré vers le haut par les demandes d'escadrilles de bombardiers et de chasseurs. C'est dans ce contexte aéronautique que s'inscrit l'intrigue policière et c'est d'ailleurs dans ces usines d'aviation que débuteront les grandes grèves de 1936, mais ceci fera l'objet d'une autre histoire on l'espère !

[...] La perspective de battre un record aérien, ou bien d’ouvrir une nouvelle ligne commerciale, donnait lieu à une lutte intense entre les avionneurs, les motoristes et les pilotes; sans oublier les ambitions des différents états-majors ou les appétits des gouvernements.

➔ L'intrigue de cet épisode manque peut-être un peu de sel (le précédent baignait dans le sucre de la raffinerie du Quai de la Gare !!) et c'est surtout le contexte socio-politique qui fait tout l'intérêt de ce roman.


On a bien sûr tout le plaisir de retrouver les acteurs de l'épisode précédent.

Le commissaire Bornec du XIII° arrondissement, "un revenant qui consacrait toute son énergie à résoudre des énigmes ; et ce d’autant plus depuis la mort de sa femme".

Le journaliste Gabriel Funel qui travaille pour L'Humanité, "un drôle de rouge toujours élégant".

Camille Dubois, ancienne ouvrière de la raffinerie sucrière du roman précédent, pour qui "en l'espace de quelques mois, tout était devenu photographie".


Le commissaire Bornec quitte son Quartier de la Gare pour s'aventurer au sud du XIII° arrondissement de Paris, du côté du boulevard Kellermann où se situaient à l'époque les usines Gnome et Rhône, un motoriste aéronautique.

André Legendre, l'un des dessinateurs industriels, est retrouvé assassiné dans un wagon du métro.

Bien vite, on soupçonne le secrétaire du syndicat, l'italien Luigi Balzola, de faire dans l'espionnage industriel.

L'enquête piétine tandis que la rumeur enfle autour d'un "tueur de l’Ovra que les antifascistes italiens appelaient le Sarde". [L'Ovra était la police politique de Mussolini]

Heureusement le journaliste Funel est à l'écoute des ouvriers de l'usine.

[...] Luigi Balzola entra dans la salle du café. Le secrétaire du syndicat des métaux de Gnome et Rhône avait rendez-vous avec le responsable de la rubrique sociale de L’Humanité pour évoquer les conditions de travail à l’usine du boulevard Kellermann.

Et c'est peut-être l'un des clichés de la photographe Camille qui pourra fournir la clé de l'énigme.

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BMR
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le 22 févr. 2025

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Bruno Menetrier

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