Harari, ce visionnaire qui voit des bûchers partout… sauf où ça brûle.

Je ne connaissais Harari que de nom, pour son livre Sapiens, que j’avais hâte de découvrir.
Malheureusement, j’ai commencé par 21 leçons pour le XXIᵉ siècle.
Je suis donc allé vers ce livre sans attentes particulières, et pourtant, je suis quand même sacrément déçu.
La première partie, centrée sur les défis technologiques, est relativement correcte (c’est même la seule qui tienne debout) mais le reste est un désastre à ciel ouvert.

À partir du moment où Harari se lance dans la morale, la religion, la géopolitique, on assiste à une succession de clichés, d’approximations et de comparaisons douteuses, le tout avec une assurance désarmante.
Quand il traite du terrorisme, par exemple, il nous pond un chapitre intitulé « Terrorisme : pas de panique », où il minimise 25 000 morts annuelles et relativise cette violence en la comparant aux accidents de voiture, au diabète ou à la pollution. Parce que, bien sûr, être décapité en place publique, c’est à peu près la même chose que rater un virage en trottinette électrique.
Et comme si ce n’était pas assez absurde, Harari nous explique que nous répondrions mal au terrorisme : selon lui, ce n’est qu’un « théâtre de violence » et nous serions idiots de lui donner tant d’ampleur. La solution ? Combattre les terroristes à couvert, sans faire de bruit, sans surtout s’épancher. Bref, subissez en silence et restez polis! Quelle clairvoyance…

Par contre, quand il s’agit de descendre les religions monothéistes, surtout le christianisme, alors là, c’est l’orgie : inquisition, croisades, bûchers, il ressort tout l’arsenal classique sans aucune nuance, comme s’il avait une checklist Wikipédia à dérouler.
Quant aux autres civilisations polythéistes, celles qui sacrifiaient joyeusement des milliers d’esclaves au sommet des pyramides aztèques dans des torrents de sang, Yuval les traite comme s’il s’agissait de barbecues festifs injustement mal interprétés par des colons grincheux.
L’important, chez Harari, semble être de tout minimiser, sauf quand il s’agit des travers historiques du christianisme. Pourquoi pas?
Lorsqu’il parle de l’Inquisition espagnole, il écrit que les hérétiques étaient brûlés « par charretées », sans jamais mentionner que, sur 350 ans, les historiens sérieux estiment entre 3 000 et 5 000 morts (ça fait moins de 15 par an, Yuval).
On n’attendait pas de lui qu’il minimise l’Inquisition, simplement qu’il fasse preuve d’un minimum de rigueur historique. Surtout quand, quelques chapitres plus tôt, il minimise l’ampleur du terrorisme islamiste actuel, qui tue pourtant chaque année plusieurs dizaines de milliers de personnes dans le monde.
Ce deux poids, deux mesures est l’un des fils rouges les plus pénibles du livre.

Il y a même ce passage assez incroyable où il s’étonne que les croisés de la 7ᵉ croisade sous Saint Louis n’aient pas tous préféré mourir sur le champ de bataille pour aller directement au paradis, plutôt que d’accepter la captivité des musulmans. Harari se pose réellement la question à lui même, en fin de chapitre, comme s’il n’avait jamais saisi que l’idéal chrétien n’est pas un appel au suicide collectif ni un jeu de roulette russe du salut individuel.
Faut-il vraiment lui expliquer que même en temps de guerre, le suicide héroïque n’est pas un acte saint ni un martyre, mais un péché grave dans la tradition chrétienne ?
À ce niveau d’incompréhension, ce n’est même plus une erreur.

Je me suis contenté de reprendre quelques passages emblématiques, mais croyez bien que le livre regorge malheureusement de bêtises autrement plus massives que ses traits d’esprit.
On a parfois l’impression qu’il étale ses connaissances comme on étale le peu de confiture qui reste sur une grande tartine : désespérément mince et tristement fade.
Les sujets sur lesquels il aime le plus s’étendre semblent être ceux qu’il maîtrise malheureusement le moins.
Yuval me fait penser au gamin sous sa couette dans le film Sixième Sens qui voit « des gens qui sont morts partout ».
Lui, au XXIᵉ siècle, voit des inquisiteurs (partout)…
Et malgré toutes ces hérésies intellectuelles, qu’il se rassure : personne n’ira l’attacher à un poteau pour y mettre le feu.

Il faudrait aussi parler de sa grande rêverie mondialiste : il rêve d’un monde sans frontières, d’une grande maison commune où chacun cohabiterait dans l’amour et l’échange de bons procédés. C’est sa solution à lui pour contrer la guerre nucléaire, la crise écologique et la disruption technologique.
Mais Yuval semble oublier qu’il y a des gens qui ne viennent pas dans votre maison pour partager un thé et refaire la peinture, mais pour cracher à la figure, chier sur la table et s’essuyer avec les rideaux.
Même partant d’un bon sentiment, le vivre-ensemble façon Harari tient du conte pour enfants, pas de la réalité humaine.
Yuval ! L’humanité entière n’attend malheureusement pas un signe pour s’asseoir tous ensemble autour d’un feu de camp et chanter Kumbaya.

Et pour couronner le tout, après ce grand tripotage d’idées molles, il termine sur sa « grande leçon »… /!\SPOILER ALERT/!\
la méditation vipassana. /!\Fin du spoiler/!\
Respirez, observez vos pensées passer comme des nuages, et tout ira mieux.
Ok, Yuval…

En résumé, 21 Leçons pour le XXIᵉ siècle est un ramassis d’idées molles et d’arrogance mal placée.
Je lui mets 2 points : 1 parce qu’on ne peut pas lui retirer une certaine aisance dans la vulgarisation, il écrit de façon simple et fluide, ce qui rend ses sottises presque agréables à avaler, comme un poison sucré.
Malheureusement pour lui, ses petites provocations faciles destinées à flatter le lecteur moderne ne marchent pas sur tout le monde.
Et 1 autre point car je reconnais honnêtement n’avoir pas été plus bête en ouvrant ce livre qu’en le refermant (ce qui, à sa façon, est déjà une victoire).
Harari crache sur l’Histoire, la foi, les héros, sans jamais comprendre ce qu’ils ont de plus grand que lui.
Pour lui, la vie n’a pas de sens, les héros sont des idiots morts pour rien, les chrétiens des avortons du judaïsme, et la Bible n’est qu’une vieille fake news à ranger à côté de Harry Potter.
Mais qu’il comprenne bien que sa crise de vide existentiel et le fait de s’asseoir sur des flambys ne fait pas de lui un héros, juste un garçon triste qui prend ses blessures pour des vérités universelles.

Padpeyrac
2
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le 10 mai 2025

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Padpeyrac

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