Le mérite de Lagasnerie est bien ici cette aspiration au dehors à laquelle il prétend. 3. Edouard, Didier, et Geoffroy sont amis et leur amitié est telle qu'elle en devient totalisante. Mais tout de même. L'amitié comme mode de vie, et non plus la famille nucléaire. L'hétérogénéité des rencontres, ces rencontres incessantes rendues possibles par l'aspiration au dehors, toujours. Geoffroy de Lagasnerie expose ses expériences, ses discussions, sa vie et en tire une réflexion intellectuelle certes, mais aussi politique. Croire en l'amitié plutôt qu'en l'amour (dans sa définition simple, du couple monogame, hétéronormé) permettrait selon lui de s'écarter d'un ordre social établi, dans une perspective presque révolutionnaire. Emprunt d'une certaine modestie, l'auteur admet qu'il n'est pas ici question de prôner sa relation comme une vérité absolue, au contraire. Mais d'ouvrir le champ. D'exposer une autre possibilité de vie. Que l'amitié, tant dévalorisée dans nos sociétés aux moyens de l'Etat qui ne la valorise guère au profit du couple (allocations, aménagements), et de nos sociabilités se refermant peu à peu, à mesure que les enfants et que la vie de couple prenne de plus en plus de place, et finisse par s'étouffer d'elle-même. Aller vers le dehors, sortir des sentiers battus, aspirer à ailleurs, et en tirer une réflexion intellectuelle sur ce que doit être la vie, et nos relations la construisant.