Voix d'Afriques, un nouveau prix littéraire destiné à faire émerger les jeunes auteurs et auteures de langue française du continent africain, a couronné l'ivoirien Yaya Diomandé pour Abobo Marley. Pour le néo-romancier dont le manuscrit a été refusé par toutes les maisons d'édition de son pays, c'est une douce revanche et une sorte de clin d’œil au personnage principal de son livre qui n'a qu'un rêve, régulièrement battu en brèche, celui de partir à Bengue, comprenez en Europe. Abobo Marley, du nom du quartier le plus dangereux d'Abidjan, conte au galop la destinée de Moussa, un garçon obstiné (euphémisme), en conflit avec son père et en adoration de sa mère, quoiqu'il passe son temps à la décevoir. Cireur de chaussures, apprenti mécanicien, "balanceur" sur un gbaka, chauffeur de taxi, soldat de la rébellion, chef de bande, Moussa fréquente aussi de temps en temps la prison dont il sort souvent par miracle, ou plus exactement à cause des coups d’État successifs. Comparé aux grands auteurs africains francophones (Mabanckou, Bofane, Dongala ...), le style de Diomandé est un poil moins truculent mais l'ironie est bien présente pour éviter le misérabilisme et les péripéties s'enchaînent à un rythme effréné. C'est peut-être là où le bât blesse un peu, notamment dans la deuxième partie du livre, trop rapide (sur la guerre civile, entre autres) où l'auteur a du mal à maîtriser ses folles ellipses. Malgré cela, Abobo Marley est un livre plaisant et plein de vitalité, symbole d'une certaine jeunesse africaine dont la présumée candeur se heurte sans cesse aux réalités de l'existence et de la société, sans que cela soit un frein pour continuer à avancer.