Moderne... pour le meilleur et (surtout ?) pour le pire...

Avis sur Alcools

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Epris de poésie depuis de nombreuses années, je souhaitais parfaire ma culture en m'intéressant vraiment à Apollinaire, poète emblématique du début de la modernité artistique (du symbolisme tardif ?), si j'ose m'exprimer ainsi. Pour cela, quoi de mieux que se pencher sur les vers d'Alcools ?

En quelques mots donc, mon impression : Apollinaire noie quelques étincelles de génie dans un océan de prétention et de médiocrité. Bon, je suis assez tranché, je l'avoue. Mais j'ai été déçu par les poèmes apollinariens que j'approchais pourtant en toute neutralité, sans a priori.

On me dira, avec raison, qu'un poète s'accommode difficilement de modestie, et qu'il faut toujours un tantinet de démesure, de provocation, donc de prétention pour faire un bon poète. Seulement, ça ne suffit pas... Il faut avoir les moyens d'être prétentieux. Et pour moi, Apollinaire ne les a pas.

La poésie, c'est ce qui touche au coeur. Pourquoi Voltaire est-il un poète minable ? Parce qu'il ne met que de l'esprit dans ses vers, pas de coeur. De même, très rares sont les vers d'Apollinaire qui m'émeuvent, qui me choquent au sens positif du terme, qui remuent tout ce qui est à l'intérieur de moi et me transportent dans des steppes imaginaires inouïes...

Je sais qu'on aime bien habituellement tancer le lyrisme des Chénier, des Lamartine, des Musset etc.... qu'on les trouve grandiloquents et pompeux etc etc..., mais j'ai envie de dire une fois pour toutes : eux, dans leurs vers, ils sont GRANDS ! Ils transportent l'âme, l'élèvent, la font frissonner.

Alors pourquoi est-ce qu'Apollinaire n'entre pas dans la catégorie des GRANDS ? Parce que j'ai l'impression de lire des morceaux dysharmonieux de descriptions de scènes d'une banalité et parfois d'une trivialité blasantes.
Ok, notre Guillaume fait joujou avec les rimes, les rythmes, la ponctuation, les figures de style etc etc, histoire de montrer à quel point il est moderne et à quel point ceux qui respectent les règles sont des ringards... je me fiche éperdument de savoir si c'est bien ou mal de briser les règles, tant qu'au bout d'un moment, ça finit par produire quelque chose de BEAU. Après tout, des siècles de poésie se sont effectués avec des révolutions stylistiques qui ont toujours abouti à quelque chose de puissant... Le baroque avait ses vertus (que j'apprécie grandement) ; le classicisme avait ses vertus (que j'apprécie un poil moins) ; le romantisme et le symbolisme idem.... mais l'apollinarisme signe pour moi le début de la toute-puissante médiocrité artistique qui se réclame moderne en disant qu'elle casse tout. Vous me direz : ça va bien avec l'époque. Certes. La capitulation est unanime, fort bien.

Donc, non, dans leur globalité, les poèmes d'Apollinaire ne me font rien. Ils ne me parlent pas, ils ne me touchent pas au coeur. Ca, c'est une question de goût et de coeur, ça ne s'explique pas. Mais ce qui est plus grave, c'est quand lire des vers commence à m'agacer parce que ça n'a ni queue ni tête, et que le rythme est bâtardisé (rien ne m'horripile plus qu'un dodécasyllabe : comprenez par "dodécasyllabe" le terme méprisant par lequel je désigne les alexandrins ratés). Pour reprendre ce qu'Audiard moquait si justement dans les Tontons Flingueurs, on a l'impression d'assister à la quête absconse de "l'anti-accord absolu" !

Bref, mes lecteurs auront peut-être l'impression que je m'énerve et que je taille un costume à Apollinaire. En fait, je profite surtout de cette tribune pour clamer avec passion une partie de ma conception de la poésie et de ce qui se prétend poésie moderne. Manque de bol, ça tombe sur Apollinaire, qui en prend pour son grade.

Comme je ne voue pas de haine stupide à mon cher Guillaume, je vais tâcher à présent de lister ce que j'apprécie en lui, ce qui aurait pu à mes yeux faire son génie (hélas trop caché par ses caprices modernistes) :

Tout d'abord, il existe encore quelques poèmes, trop rares, qui résonnent vraiment en moi, et qui se caractérisent par un style encore aux frontières de l'académique (comprenez : qui ne part pas dans les délires anarchiques du vers totalement libre). Le plus emblématique n'est même pas dans Alcools, mais mérite que je cite son titre, car il fait partie incontestablement de mes préférés toutes époques confondues : le "Poème à Lou". Ne me parlez pas par contre de l'insipide et pourtant célèbre "Pont Mirabeau", ou encore de "Zone".

Ensuite, Apollinaire a tout de même le talent visionnaire de trouver des images nouvelles et rafraîchissantes qu'il dissémine dans ses poèmes, formant un kaléidoscope revigorant, fort appréciable. C'est ce qui explique que je parlais au début de ma critique "d'étincelles de génie". Mais les étincelles n'ont jamais allumé un véritable brasier.

Apollinaire, irrémédiablement loin du soleil apollinien.

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